Dix ans de prison pour le buraliste du Tarn qui avait tué son cambrioleur

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VERDICT - Cette fois, l'avocat général avait écarté thèse de la légitime défense. Luc Fournié, le buraliste qui avait abattu un jeune cambrioleur en 2009, a été condamné à dix ans de prison vendredi 9 décembre 2016, contre sept ans en première instance. Les jurés sont allés bien au-delà des réquisitions du parquet.

Il avait tué un son jeune cambrioleur d'un coup de fusil. Rejugé depuis le mercredi 7 décembre par la cour d’assises de Toulouse, Luc Fournié, 59 ans, a été condamné à dix ans de prison ce vendredi à Toulouse. Une peine plus lourde que les sept ans prononcés lors du premier procès aux assises, quand le parquet général avait demandé l'acquittement en retenant la qualification de légitime défense. Cette fois, la position du ministère public a été inverse.


"C'est la chronique d'une mort annoncée, tous les indicateurs étaient au rouge pour que cette affaire se termine par un drame, et c'est précisément ce qui est arrivé", a fustigé vendredi l'avocat général, Jean-Marc Chazottes, devant les assises de Haute-Garonne.


Dans la nuit du 14 décembre 2009, le buraliste Luc Fournié avait abattu d'un coup de fusil le cambrioleur de 17 ans qui s’était introduit dans son bureau de tabac de la petite commune de Lavaur (Tarn).

L'accusé avait préparé, anticipé un dispositif d'autodéfense qui n'était ni nécessaire ni proportionnéL'avocat général

Quatre jours avant la nuit du drame, Luc Fournié avait constaté que les barreaux d’une fenêtre de son bar-tabac avaient été sciés. Il était alors allé chercher le fusil de son père, des cartouches, et avait installé un système d'alarme de fortune, après avoir alerté les gendarmes. Il avait aussi décidé de dormir au rez-de-chaussée et de "faire des rondes".


Armé de son fusil, le soir du drame, il ouvre le feu dans l’obscurité. Touché au ventre, Jonathan, lycéen de 17 ans, s’effondre dans la boutique. Son ami Ugo, qui s’est lui aussi introduit dans le local, parvient à prendre la fuite alors que le buraliste tire un deuxième coup dans sa direction, sans l’atteindre. Luc Fournié allume alors la lumière et appelle gendarmes et secours.


"On ne peut pas évoquer la légitime défense préventive", a conclu Jean-Marc Chazottes. "On sait que Luc Fournié avait quatre jours pour penser, réfléchir, se retourner, réagir de façon adéquate", a déclaré l'avocat général, estimant que l'accusé avait "préparé, anticipé un dispositif d'autodéfense qui n'était ni nécessaire ni proportionné".

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Une peine "socialement utile"

Devant la cour de Haute-Garonne, l'avocat général avait toutefois demandé aux jurés de retenir une peine "proportionnée, juste, équitable et socialement utile", sans demander "un exemple au niveau de la peine, parce que la justice ne doit pas se nourrir d'exemples". 


A l'encontre d'un homme au "casier judiciaire vierge de toute condamnation", Jean-Marc Chazottes avait requis "cinq ans d'emprisonnement, en n'excluant pas l'octroi du sursis simple pour une partie, voire pour la totalité de la peine". Car "vous allez juger un homme sept ans après les faits, parfaitement inséré, qu'on peut considérer qu'on ne reverra plus", a prédit l'avocat général. 


Les parties civiles avaient auparavant mis en garde contre la "défiguration" de la légitime défense et plaidé "contre l'autodéfense". "Nous ne plaidons pas contre Luc Fournié", a lancé Me Simon Cohen, avocat des parties civiles. "Nous plaidons pour que la légitime défense soit consacrée telle qu'elle est instituée, pour qu'elle ne dégénère pas. Nous plaidons contre l'autodéfense, parce que nous considérons que c'est à la fois une régression et un danger". "On est très loin d'une situation de légitime défense", a abondé Me Patrick Maisonneuve, autre avocat des parties civiles.

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