Licencié pour une sieste, l'éboueur Adama Cissé devra encore attendre pour espérer avoir gain de cause

Licencié pour une sieste, l'éboueur Adama Cissé devra encore attendre pour espérer avoir gain de cause
Justice

JUSTICE - Un agent de propreté a contesté aux prud'hommes de Créteil son limogeage pour une photo postée à son insu sur internet le montrant, en tenue de travail, allongé sur le rebord d'une vitrine parisienne...

En septembre 2018, Adama Cissé, un agent de propreté employé de Polysotis, une filiale de Derichebourg, a fait une pause, prévue dans son contrat, pendant une tournée de collecte des déchets des poubelles de rues à Paris. Son travail depuis 2011. Il a enlevé ses chaussures de sécurité et s'est allongé sur le trottoir parisien, pieds nus, vêtu de sa tenue verte et jaune fluo. Une femme l'a alors pris en photo et a posté le cliché sur Twitter avec ce commentaire acerbe: "Voilà à quoi servent les impôts locaux des Parisiens, à payer les agents de propreté à roupiller." En conséquence de quoi, il a été licencié pour "faute grave".

Il a contesté, en janvier, devant le tribunal des prud'hommes de Créteil, ce limogeage, réclamant son annulation et 31.000 euros à son ex-employeur. Et espérait obtenir gain de cause ce vendredi 19 juin. Mais le dossier n'a pu être tranché ce jour et a été "renvoyé en départage devant un juge professionnel", car sur les quatre conseillers prud'homaux qui ont examiné l'affaire le 14 janvier à Créteil, "deux étaient pour nous, deux contre nous", a indiqué aux médias Me Joachim Scavello, l'avocat du désormais ex-agent de propreté. Une nouvelle audience doit donc être fixée ultérieurement, a-t-il ajouté.

Aujourd’hui, on a des juges à chaque coin de rue avec leur smartphone, prêts à juger n’importe qui.- L'avocat d'Adama Ciséé

"La personne qui a pris la photo n’a pas cherché à comprendre ce qui se passait, elle ne s’est pas préoccupée de ma santé, ça ne se fait pas", a, pour sa part, déclaré Adama Cissé, 37 ans, lors de l'audience de janvier, expliquant qu'il avait retiré ses chaussures (l'un des arguments avancés pour justifier son licenciement) en raison de douleurs récurrentes au pied gauche. Son avocat a, lui, invoqué le "droit à l’image" et objecté que cette photo soit une "preuve acceptable" de la faute grave supposément commise par son client, qualifiant cette affaire de "licenciement du buzz".

Lire aussi

"Aujourd’hui, on a des juges à chaque coin de rue avec leur smartphone, prêts à juger n’importe qui. Ils (l’employeur ndlr) ne se sont pas plaints d’une mauvaise prestation mais d’une mauvaise image", a développé le juriste. Face à lui, Polysotys, par la voix de son avocate Gaëlle Le Breton, a assuré qu'Adama Cissé n'a pas été licencié pour "faire un exemple" ou pour répondre au tweet, bien qu'il soit "clair" dans le règlement intérieur de la société que les employés la représentent lors de leur travail, mais à cause d'une accumulation de fautes, à savoir un avertissement pour non-respect des règles de sécurité et une notification d’absence injustifiée ayant précédé la photo. Deux pièces incluses in extremis dans le dossier.

Sur le même sujet

Et aussi

Lire et commenter

Alertes

Recevez les alertes infos pour les sujets qui vous intéressent