Emplois fictifs : jugés coupables, les époux Fillon font appel

Emplois fictifs : jugés coupables, les époux Fillon font appel
Justice

JUSTICE - Reconnus coupables lundi à Paris dans l'affaire des soupçons d'emplois fictifs, François et Penelope Fillon ont été respectivement condamnés à cinq ans de prison dont trois avec sursis et 3 ans de prison avec sursis. Ils ont immédiatement indiqué, par la voix de leur avocat Me Lévy, qu'ils faisaient appel.

Ils sont repartis aussi vite qu'ils étaient arrivés. Ce lundi, peu après 14H20, les époux Fillon ont quitté la salle d'audience sans faire de déclaration, après avoir écouté attentivement et côte à côte à les peines prononcées à leurs encontre. Quelques minutes plus tôt, le tribunal, qui les a reconnus coupables, a prononcé à leur encontre une condamnation que la présidente de la 32e chambre du tribunal correctionnel de Paris, Nathalie Gavarino avait elle-même, avant de la détailler, jugée "sévère". 

L'ancien Premier ministre François Fillon a ainsi été condamné à cinq ans de prison, dont deux ferme, dans l'affaire des emplois fictifs de son épouse Penelope qui avait éclaté au grand jour il y a trois ans, en février 2017 précisément. Le tribunal correctionnel a assorti cette peine - non aménageable - d'une amende de 375.000 euros et de dix ans d'inéligibilité. Les juges n'ont pas prononcé de mandat de dépôt.  Penelope Fillon a elle été condamnée à trois ans de prison avec sursis, 375.000 euros d'amende et deux ans d'inéligibilité. 

"Cette décision, qui n'est pas juste, va être frappée d'appel et il y aura un nouveau procès, a annoncé Me Antonin Lévy, avocat de François Fillon, à la sortie de l'audience. C'est d'autant plus nécessaire que depuis quelques jours, on commence enfin à comprendre ce que nous pressentons depuis 2017. Les conditions ubuesques dans lesquelles cette enquête s'est déclenchée, les conditions scandaleuses dans lesquelles cette instruction a été ouverte et les conditions surprenantes dans lesquelles les investigation se sont ensuite conduites".  Les avocats de la défense avaient en effet demandé au tribunal, le 23 juin dernier, une réouverture des débats suite aux déclarations sur ce dossier d'Eliane Houlette, ancienne cheffe du Parquet nationale financier aujourd'hui à la retraite. 

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Condamnation de François Fillon : la réaction de son avocat Me Antonin Lévy

"Aucune consistance"

Pour le tribunal, les contrats d'assistante parlementaire de Penelope Fillon auprès de son époux, puis de Marc Joulaud, entre 1998 et 2013, n'avaient "aucune consistance" et ne répondaient à "aucun besoin".  François Fillon, qui avait défendu la réalité du travail de son épouse, n'a "pas procédé à une remise en question", a souligné la présidente Nathalie Gavarino, qualifiant le comportement de l'ancien Premier ministre de "manquement non seulement à son devoir de probité mais aussi à celui d'exemplarité" en tant que parlementaire.  

Les époux Fillon ont également été condamnés pour les emplois fictifs, en 2006 et 2007, de leurs deux enfants aînés Marie et Charles, embauchés comme assistants parlementaires de leur père quand il était sénateur.  Le couple Fillon a aussi été reconnu coupable de complicité et de recel d'abus de biens sociaux, pour l'emploi fictif de Penelope Fillon à la Revue des deux mondes, un titre appartenant à Marc Ladreit de Lacharrière, ami de longue date François Fillon, déjà condamné dans cette affaire. L'ancien Premier ministre a en revanche été relaxé pour ne pas avoir déclaré un prêt de 50.000 euros en 2012. 

Marc Joulaud, l'ancien suppléant de François Fillon dans la Sarthe, qui avait également employé frauduleusement Mme Fillon comme assistante parlementaire, a lui été condamné à trois ans de prison avec sursis, 20.000 euros d'amende avec sursis et cinq ans d'inéligibilité. 

Des "éléments" manquants

Pour la défense, le procès en appel est désormais très attendu car il sera l'occasion de prendre en compte de nouveaux éléments qui n'ont jamais été considérés.  "Nous allons nous retrouver en appel face au parquet général qui est peut-être d'ailleurs dans ce dossier depuis le début celui auquel nous aurions dû avoir affaire, celui qui s'intéressait peut-être un peu trop à ce dossier", a commenté Me Antonin Lévy, espérant "avoir un débat complet et serein qui permette enfin à la justice d'être rendue". 

Interrogé après le jugement par la presse, Me Yves Claisse, avocat de la partie civile représentant l'Assemblée nationale, a lui aussi considéré le jugement de "très sévère" "car à la hauteur des réquisitions du parquet". La robe noire faisait ici référence aux peines de prison prononcées. 

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L'affaire Penelope Fillon

Les trois prévenus ont en outre été condamnés à rembourser plus d'un million d'euros à l'Assemblée nationale pour  "détournements de fonds publics". A ce sujet, Me Claisse s'est en revanche réjoui. "Le tribunal a dit que l'Assemblée nationale était fondée à obtenir réparation. Quand le tribunal fait droit à une demande que je formule, je suis toujours satisfait", a dit l'avocat, qui avait demandé précisément le montant de 1 081 219 euros de dommages et intérêts qu'il a obtenu. "Mais avec l'appel, tout va repartir de zéro", a-t-il conclu. 

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