Jonathann Daval reconnaît avoir brûlé le corps d'Alexia : "Il n'y a pas eu de préméditation", assurent ses avocats

Justice

AVEUX - Jonathann Daval a livré  lundi des aveux complets lors d'une reconstitution judiciaire de sept heures  sous tension en Haute-Saône, reconnaissant avoir brûlé lui-même le corps d'Alexia et lui avoir porté des coups  mortels d'une extrême violence. La thèse de la complicité est définitivement écartée.

Comment Jonathann Daval a-t-il tué son épouse Alexia, un soir d'octobre 2017 à Gray-la-Ville (Haute-Saône) ? Lundi 17 juin, une reconstitution cruciale a  permis de lever plusieurs zones d'ombres de ce dossier aux multiples rebondissements. Jonathann Daval a en effet reconnu pour la première fois avoir brûlé le corps de sa femme, après "l'avoir battue et étranglée "pendant quatre minutes".  Une nouvelle fois dans cette affaire, l'intervention de la mère et du père  d'Alexia, Isabelle et Jean-Pierre Fouillot, présents -fait exceptionnel- lors  de la reconstitution, aura été décisive, conduisant l'informaticien de 35 ans à  reconnaître les faits.

"Face à la demande pressante de ses beaux-parents, qui l'ont imploré de dire toute la vérité, il a finalement admis qu'il avait non seulement donné la mort mais également procédé à la crémation partielle du corps", a-t-il déclaré devant la presse.

5 à 10 coups de poing au niveau du visage

 "Soulagé", il a reconnu aussi la violence des coups qu'il lui avait portés  lors d'une dispute, qu'il minimisait jusque-là.

 La dispute, a expliqué Etienne Manteaux, a dégénéré dans l'escalier du  pavillon que le couple habitait à Gray-la-Ville où la reconstitution a débuté vers 5h du matin, bourgade d'un millier d'habitants, entre Vesoul et Dijon. Un horaire matinal destiné à reproduire les circonstances du meurtre, commis de nuit dans la maison. Après une empoignade, "il aurait frappé le visage de sa femme contre un mur  en béton dans la descente d'escalier et aurait ensuite, parce qu'elle criait  (...) asséné entre 5 et 10 coups de poing au niveau du visage", a détaillé le  procureur. Puis, a-t-il dit, Jonathann Daval "a remimé le geste qu'il aurait accompli  ce soir-là, en l'étranglant pendant environ 4 minutes de façon continue".  A l'origine du conflit ce soir-là, "un rapport sexuel" réclamé par Alexia,  qui "prenait à cette époque un traitement de stimulation de la fertilité", mais  refusé par son mari, selon  le procureur de la République à Besançon, Etienne Manteaux.

Le convoi judiciaire s'est ensuite transporté au bois d'Esmoulins, à quelques kilomètres : c'est là que, dans la nuit du 27 au 28 octobre 2017, Jonathann a traîné puis dissimulé le corps d'Alexia après l'avoir étranglée, comme il l'a reconnu. Une centaine de gendarmes ont sécurisé la reconstitution. 

"Nous voulions la vérité, nous l'avons eue", a réagi, émue mais digne,  Isabelle Fouillot. La mère d'Alexia avait déjà arraché à Jonathann, dont elle  était très proche, ses seconds aveux en décembre après une période pendant  laquelle l'homme avait invoqué un "complot familial", accusant son beau-frère  Grégory Gay d'être l'auteur du meurtre.

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Mis en examen pour "meurtre sur conjoint" et détenu à Dijon, le trentenaire était déjà revenu en mars à Gray-la-Ville pour des constatations dans le pavillon, placé sous scellés depuis une vingtaine de mois, juste après un cambriolage sans lien avec l'affaire.

"L'assassinat est exclu. Il n'y a pas eu préméditation"

En début d'après-midi, les avocats de Jonathann Daval ont, eux-aussi, pris la parole pour donner leur interprétation sur la reconstitution. "Jonathann va enfin pouvoir être défendu convenablement devant une cour d'assises", ont expliqué Randall Schwerdorffer et Samuel Esteve, ajoutant que leur client était "soulagé" par ses nouveaux aveux et qu'il avait eu une "attitude courageuse" pour affronter la vérité.  

 Quant aux motivations du meurtrier présumé ? "Il n'est pas capable aujourd'hui d'expliquer" son geste expliquent les avocats de Jonathann Daval , ajoutant que, selon eux "l'assassinat est exclu. Il n'y a pas eu préméditation." Lors du procès - qui devrait avoir lieu au 2e semestre 2020 - les deux conseils pourraient même plaider les violences volontaires ayant entrainé la mort sans intention de la donner.   "Il a été pris d'une "rage narcissique, un mobile extrêmement instantané  sans aucune préméditation", capable de provoquer "un déferlement de violences",  a encore affirmé Me Schwerdorffer, esquissant la stratégie de la défense lors du futur procès aux  assises.

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