En guerre contre Monsanto depuis 12 ans, l'agriculteur Paul François attend la décision de la justice

Justice
PROCÈS - Paul François, céréalier en procédure contre Monsanto depuis 2004, va savoir jeudi 11 avril s'il remporte une nouvelle bataille contre le géant de l'industrie agro-chimique. Il avait été intoxiqué par le Lasso, un herbicide fabriqué par Monsanto.

Jeudi 11 avril, Paul François saura si, pour la troisième fois, il aura fait plier Monsanto devant la justice. Depuis douze ans, l'agriculteur se bat pour faire reconnaître la responsabilité de la firme américaine dans son intoxication à l'herbicide "Lasso". Intoxiqué depuis avril 2004, date à laquelle il avait inhalé des vapeur de l'herbicide en nettoyant une cuve, le céréalier charentais âgé de 55 ans a remporté par deux fois son procès contre le géant américain, racheté en 2018 par le groupe Bayer. 


Après avoir réussi à faire reconnaître la responsabilité de Monsanto dans son intoxication, en première instance en 2012 puis en appel en 2015, Paul François avait finalement perdu une bataille contre le géant des pesticides, qui s'était pourvu en cassation et avait obtenu en 2017 l'annulation de ces condamnations. La cour de Cassation avait alors estimé que le dossier aurait dû être examiné en se fondant sur "la responsabilité de produit défectueux" plutôt que sur la base du "défaut d'information", comme cela avait été le cas. Le Lasso est interdit en France depuis novembre 2007, mais il fut banni du Canada dès 1985, puis en 1992 en Belgique et au Royaume-Uni.

L'affaire a été de nouveau examinée devant la cour d'appel le 6 février. Jeudi 11 avril, la première chambre civile de la cour d'appel de Lyon doit donc rendre sa décision dans le quatrième procès qui oppose le céréalier à Monsanto. 


"Je reste très prudent, mais je vois mal comment la justice, après deux décisions favorables pourrait revenir en arrière", a déclaré à l'AFP Paul François à la veille de la décision, fustigeant la "stratégie d'épuisement de l'adversaire" adoptée par Monsanto. Dans un portrait que Libération lui a consacré en 2017, l'agriculteur décrivait ses difficultés à se battre "face à une entité invisible, anonyme, qui vous détruit, sans que vous puissiez savoir quand les coups vont arriver". "Leur stratégie, c'est de nier en bloc", expliquait-il. 

"Tous les maux dont s’est plaint Paul François, pendant des mois et des années après l’inhalation sont impossibles, ils ne peuvent pas exister".Eve Duminy, l'une des avocate du groupe Bayer

Aujourd'hui, il réclame "plus d'un million d'euros" d'indemnisation au groupe Bayer, notamment au titre des troubles neurologiques qu'il subit. Depuis les premières inhalations du produit, le céréalier dit vivre un calvaire, entre des amnésies, des vertiges, et des comas à répétition. Eve Duminy, l'une des avocates du groupe Bayer, avait réfuté en bloc ces maux. L'avocate avait déclaré qu'il n'y avait "aucun témoin direct de ce qui s’est passé" et avait ajouté que "tous les maux dont s’est plaint Paul François, pendant des mois et des années après l’inhalation sont impossibles, ils ne peuvent pas exister".


La durée et le coût de son combat contre un tel géant de l'industrie agro-chimique avait contraint Paul François à lancer, il y a deux ans, une collecte de fonds sur Internet. Intitulée "Faire condamner Monsanto c'est possible", l'agriculteur avait ainsi récolté près de 75.500 euros. 

Monsanto pourra se pourvoir une nouvelle fois en cassation

"Juridiquement, le dossier est solide et il n'y a rien de changé du côté de la défense de Monsanto. Ils nient tout en bloc, mais on espère que la juridiction saura passer outre", estime l'avocat du plaignant, Me François Lafforgue. Une victoire de Paul François le 11 avril ne mettrait pas forcément fin à son combat judiciaire, Monsanto ayant encore la possibilité de se pourvoir une nouvelle fois en cassation.


A la suite de son intoxication, Paul François avait décidé de convertir son exploitation de 200 hectares en agriculture biologique", un acte qu'il décrivait comme "la vraie victoire" de son combat contre Monsanto. C'était également le début d'une nouvelle vie, militante, s'engageant pour l'agriculture sans pesticide en formant des jeunes agriculteurs et s'affirmant contre les perturbateurs endocriniens. "Cette affaire m'a amené à ouvrir les yeux et à passer à une autre agriculture. J'ai repris ma liberté d'agriculteur". 

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