Soupçonnés de trahison au profit de la Chine, deux ex-agents secrets aux assises

Deux ex-agents secrets aux assises, soupçonnés de trahison au profit de la Chine
Justice

DOUBLE JEU - Deux hommes comparaissent à partir de lundi devant la cours d'assises spéciales de Paris. Retraités de la DGSE, ils sont suspectés d'avoir agi au profit du renseignement chinois.

Ce sont des affaires particulièrement rares en France : depuis la Guerre Froide, on compte moins d’une dizaine d’inculpations et condamnations de militaires pour espionnage au profit d’une puissance étrangère. Ce lundi s’ouvre pourtant devant la cour d’assises spéciale de Paris, composée de magistrats professionnels, le procès de deux anciens agents secrets suspectés d’avoir été "retournés"  par les services chinois.

"Le retournement d'agent est quelque chose qui se pratique depuis très longtemps par les services secrets de tous les pays, souligne Jean Bévalet, consultant en risques sécuritaires, à TF1/LCI. Vous avez quatre leviers majeurs : l'argent - qui est le premier vecteur sur lequel ça a une importance - puis l'idéologie, la compromission - souvent des affaires de sexe - et puis l’ego - la valorisation, la reconnaissance, l'obtention de médailles, de passe-droits. Parfois, plusieurs de ces leviers sont utilisés en même temps pour retourner un individu."

"Actes de trahison"

Pierre-Marie H. et Henri M. étaient déjà retraités de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) quand ils ont été mis en examen, en décembre 2017. Les deux hommes sont "soupçonnés d'avoir commis des actes susceptibles d'être qualifiés d'actes de trahison [...] et susceptibles de mettre en cause les secrets de la défense nationale", avait déclaré la ministre des Armées Florence Parly en 2018, lorsque l’affaire avait été révélée. 

En 1997, Henri M. était nommé représentant officiel de la DGSE à Pékin, avant d’être rappelé un an plus tard en France. Il avait alors entamé une liaison avec une interprète chinoise de l’ambassade, où il occupait le poste de deuxième secrétaire. Il avait alors pris sa retraite en 2003 et s’était installé sur l’île de Hainan, dans le sud du pays, avec sa désormais épouse. 

Quinze ans de prison encourus

Henri M. et Pierre-Marie H. se sont côtoyés au contre-espionnage à la DGSE. Ce dernier n’a jamais occupé de poste à l’étranger mais était impliqué dans la surveillance des organisations de masse – par exemple, les syndicats. Il s’est fait arrêter à l’aéroport de Zurich en possession d’argent liquide après avoir rencontré un contact chinois sur une île de l'Océan indien.

Les deux hommes encourent quinze ans de prison. Ils comparaissent pour, notamment, "livraison d'information à une puissance étrangère", "atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation" et "intelligence avec une puissance étrangère". La conjointe de Pierre-Marie H., Laurence H., sera également jugée, notamment pour "recel de bien provenant d'intelligence avec une puissance étrangère de nature à porter atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation". Compte tenu du risque d'atteinte au secret-défense, le procès pourrait se tenir à huis clos.

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