Evasion de Redoine Faïd : trahison de proches, vie d'ermite, dettes... Loin du mythe, la réalité d'une cavale

Justice
EVASION - La fuite spectaculaire du braqueur Redoine Faïd de la prison du Réau (Seine-et-Marne) fait l'objet de toutes les spéculations, de tous les fantasmes. Pourtant, la réalité d'une cavale offre une image nettement moins reluisante que ce que le cinéma en donne à voir. Explications de fins observateurs.

Il y a le mythe. L’image d’un Antonio Ferrara qui inonde de cash les boîtes de nuit de Saint-Raphaël, d’un Gérald Campanella en goguette du côté de Miami à bord de sa Rolls-Royce, Belutti aux pieds. Et puis, il y a la réalité. La réalité d’un malfrat évadé, activement recherché par la police. 


Les multiples cavales du braqueur Redoine Faïd, dont la dernière en date a commencé dimanche 1er juillet après une évasion en hélicoptère de la prison du Réau (Seine-et-Marne), pourraient inspirer un scénario de film d’action. Pourtant, d'après les observateurs avertis, échapper à la police pendant de longues années relève d'un quotidien différent - en tout cas plus nuancé et certainement moins romanesque qu'il n'y paraît. 

Couper tous les liens

Premier commandement du prisonnier évadé : tu te méfieras de tous. "Une cavale, c'est très difficile à faire durer, estime Brendan Kemmet, journaliste indépendant, auteur de "Antonio Ferrara, le roi de la belle", co-écrit avec Matthieu Suc. "D'abord, il faudrait être capable de couper tous les liens avec sa famille et même le milieu du banditisme" explique-t-il à LCI. Les habitations des proches sont en effet les premiers lieux surveillés par la police - on se souvient qu'un mouchard avait même été déposé dans le cartable de la fillette de Gérald Campanella, le parrain marseillais, du temps de sa cavale. 


Quant aux copains du milieu, la chose est à double-tranchant. "Ces relations sont à la fois celles qui permettent de faire des plans, d'obtenir des faux papiers et de l'argent pour survivre, mais elles sont aussi le maillon faible : on remarque que c'est souvent grâce aux indics du milieu que la police met la main sur les fuyards. Et en l'occurrence, l'information de la localisation de Redoine Faïd coûte très cher..." poursuit Brendan Kemmet. Thierry Colombié, auteur des "Héritiers du milieu", résume ainsi auprès de LCI : "Le point faible d'une cavale, c'est l'espèce humaine : on peut être trahi par les siens."

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Évasion de Redoine Faïd : la scène reconstituée en images de synthèse

Le nerf de la guerre

Et l'argent dans tout ça ? Le nerf de la guerre serait-il la condition pour toute cavale prolongée ? Sur ce point, il y a plusieurs écoles. Il est difficile en tout cas de donner ici une estimation du coût d'une survie cachée de tous. Mais il existe bien des impératifs : "Ce qui est sûr, c'est qu'il faut payer une location de maison ou d'appartement, le carburant, les faux papiers et les complices pour faire les courses, porter les messages... À la fin du mois, cela fait une belle somme" estime Brendan Kemmet, selon qui Redoine Faïd pourrait rapidement s'exposer à des problèmes d'argent : "Il va falloir qu'il fasse vivre les personnes autour de lui, il est probable qu'il ait vendu quelque chose en retour de l'aide reçue."


L'analyse diffère légèrement du côté de Thierry Colombié : "L'argent, dans ce milieu, coule à flot. Redoine Faïd n’est pas seulement braqueur, il est impliqué dans de nombreux trafics. Il a un train de vie important auquel il subvient. Et puis il existe une solidarité importante autour de lui : s’il doit mobiliser 100.000, 300.000, 1 million d’euros, ça se fera. Il contractera alors une dette qu'il lui faudra rembourser." Mais ça, c’est une autre histoire.

Le cauchemar des policiers ?

Contreparties obligatoires, dettes et minimum syndical pour survivre : la cavale demande une logistique peut-être aussi précise que l'évasion en elle-même. D'autant qu'il faut être capable de se retirer du monde pour de bon. "Le cauchemar des policiers", selon Brendan Kemmet, "ce n'est pas un profil comme Redoine Faïd. C'est plutôt quelqu'un comme Xavier Dupont de Ligonnès - sur un tout autre registre - qui est presque intraçable parce qu'il est sans connexion. Il faudrait pour faire durer une cavale vivre comme un ermite, à l'image du braqueur Ahmed Otmane, qui s'est évadé en 1993 et n'a jamais refait surface depuis." L'envie de se montrer ou une mission commandée forceront-elles Redoine Faïd à se montrer, avant même que les forces de l'ordre ne le retrouvent ? Affaire à suivre. 

Retrouvez en tête de cet article le témoignage de Jean-Claude Pautot, ancien braqueur repenti, qui raconte sur le plateau de LCI les dessous de sa vie en cavale. 

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