Un ancien responsable RH du ministère de la Culture incitant des femmes à uriner devant lui mis en examen

Justice

ENGRENAGE - Pendant presque dix ans, un ancien responsable RH glissait des diurétiques dans les boissons proposées aux candidates qu’il recevait en entretien. Il a été placé sous contrôle judiciaire fin octobre.

C'est une enquête sidérante parue dans Libération qui lève le voile sur une affaire glaçante : les entretiens pervers auxquels se livrait Christian N., un ancien responsable RH, officiant au Ministère de la Culture, lors des entretiens qu'il faisait passer. Le fonctionnaire, qui a officié comme directeur régional adjoint des affaires culturelles de la région Grand Est, avant de rejoindre les ressources humaines de la Rue de Valois, a administré à des candidates des diurétiques avant de les isoler jusqu’à ce qu’elles urinent devant lui. Un rituel humiliant qui a duré pendant presque dix ans.

Les "expériences" de Christian N. étaient consignées dans un fichier Excel depuis 2009 et jusqu'en 2018, date à laquelle il a été visé par un "retrait d'emploi", dans "l'intérêt de son service" avant d'être révoqué. Le suspect révèle près de 200 noms, accompagnés de commentaires, où il relate les réactions des jeunes femmes victimes du diurétique. 

Les témoignages des victimes, récoltés par Libération, évoquent un "traumatisme" : "J’ai uriné par terre, quasiment à ses pieds. J’étais humiliée et honteuse", rapporte une d'elles, se remémorant un entretien d'embauche. "J'ai baissé mon pantalon et ma culotte, et j'ai uriné. Pendant ce temps, il tenait son manteau devant moi pour me cacher et regardait mon visage", relate une autre. L'une d'elles a même été hospitalisée pendant quatre jours, en raison d'une sévère infection urinaire. Une autre assure même à "Libération" avoir écrit deux courriers en 2016 à Fleur Pellerin et Audrey Azoulay, à la tête du ministère cette année-là, afin de dénoncer ses agissements. Sans réponse de leur part. 

Pris en train de photographier les jambes d'une sous-préfète

Une enquête a été ouverte en janvier dernier. Fin mai, "Le Canard enchaîné" rapportait déjà les agissements de Christian N.. L'article incite certaines de ses victimes à aller porter plainte. Le tournant majeur a eu lieu en juin : alors qu'il est en réunion avec la sous-préfète de Moselle, l'homme est surpris par un collègue en train de photographier les jambes d'une sous-préfète sous la table. Le témoin dénonce ses agissements à sa hiérarchie et la justice est saisie. 

L'ancien fonctionnaire, qui a officié au Haut Conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes entre 2013 et 2015, a été mis en examen fin octobre et placé sous contrôle judiciaire. Plusieurs faits lui sont reprochés : "administration de substance nuisible", "agression sexuelle par personne abusant de l'autorité conférée par sa fonction", "atteinte à l'intimité de la vie privée", "infractions à la législation sur les médicaments".

Contacté par Libération, Christian N. assume en partie les faits, mais assure n'avoir intoxiqué "que" "dix ou vingt" jeunes femmes. "C'était compulsif, mais il n'y avait pas chez moi une volonté d'empoisonner ces femmes", clame-t-il.

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