Garde à vue suspendue pendant la nuit : Nicolas Sarkozy a-t-il bénéficié d'un traitement de faveur ?

Justice
DÉCRYPTAGE - Placé en garde à vue le mardi 20 mars au matin dans le dossier du financement libyen, l'ancien président Nicolas Sarkozy a été autorisé à rentrer dormir chez lui dans la nuit de mardi à mercredi. A-t-il alors bénéficié d'un traitement de faveur ? La réalité est un peu plus complexe que cela. Explications.

Il y a la justice des puissants et celle des autres. C'est en tout cas ce que pourrait laisser paraître la conduite de la garde à vue de Nicolas Sarkozy, depuis mardi matin, dans le cadre de l'affaire du financement libyen de la campagne de 2007. Alors que cette garde à vue peut durer jusqu'à 48 heures non-stop, l'ancien chef de l'Etat a été autorisé, à la fin de la première journée, à passer la nuit chez lui, dans son appartement du 16e arrondissement de Paris, au lieu de dormir sous les néons d'une cellule de la police judiciaire de Nanterre, où se trouve l'Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales (OCLCIFF) qui l'interroge.


Est-on face à l'illustration la plus parfaite d'une "justice de classe" ? Nicolas Sarkozy est-il un justificiable pas tout-à-fait comme les autres, qui aurait bénéficié d'un traitement de faveur ? D'abord, un rappel : cette pratique de suspension de la garde à vue, bien que rare, n'a rien d'illégal. 

Un dossier "prêt, figé"

"Ce n'est pas courant, mais c'est possible" nous explique Eric Morain, avocat au barreau de Paris. "Moi-même, j'ai déjà travaillé sur des dossiers où le gardé à vue a pu rentrer dormir chez lui. C'est le procureur ou le juge d'instruction, et non pas les officiers de police judiciaire, qui prennent cette décision. Ils le font en pleine conscience du dossier et de sa stratégie. Ils apprécient le risque de fuite, de destruction de preuves, de coups de fil passés au témoin."


Et c'est bien là qu'intervient le régime un peu spécial appliqué à Nicolas Sarkozy. Car le dossier du financement libyen "est sur la place publique depuis cinq années. Il est prêt, figé. Les écoutes et les perquisitions ont été réalisées et on peut imaginer que Nicolas Sarkozy figure parmi les derniers entendus d'importance." Conclusion, dans le cas d'un personnage public et dans le cadre d'un dossier où toutes les pièces sont d'ores et déjà connues, il n'y a rien d'étonnant à ce que le suspect puisse rentrer chez lui prendre une douche et dormir quelques heures.

Une suspension pour gagner des heures d'audition

Sans compter que les enquêteurs peuvent aussi y trouver leur compte. C'est ce qu'explique un magistrat à LCI : "Il y a plusieurs raisons pour lesquelles on peut suspendre une garde à vue. Parfois, cela permet de terminer des investigations, de rentrer des analyses ADN à temps. Et puis aussi, la suspension d'une garde à vue permet de gagner du temps. Le temps passé en cellule, même la nuit, est décompté du temps de garde à vue. Et c'est du temps inutile pour les enquêteurs." Et notre source d'ajouter : "Sur 48 heures de garde à vue (si toutefois celle de Nicolas Sarkozy allait jusqu'à ce maximum, ndlr), deux fois huit heures de bonus, ce n'est pas rien."


Difficile donc de savoir si les magistrats ont véritablement souhaité rendre la vie plus agréable à Nicolas Sarkozy en raison de son statut d'ancien locataire de l'Elysée. Mais cette pratique, justement, des magistrats voudraient la voir se généraliser... aux justiciables lambda. "Il faudrait profiter de ces moments pour montrer l'exemple, créer une jurisprudence, pour que cette exception qu'on accorde à Nicolas Sarkozy, elle soit accessible à d'autres" estime Eric Morain. Et pour inciter d'autres avocats à demander la suspension, à se dire : 'oui, c'est possible'" -par exemple, dans des cas autres que les crimes de sang.


Revenu en garde à vue mercredi 21 mars dans la matinée, Nicolas Sarkozy a finalement été mis en examen et placé sous contrôle judiciaire. 

Tout savoir sur

Tout savoir sur

Affaire libyenne : Sarkozy mis en examen

Sur le même sujet

Plus d'articles

Lire et commenter