Christophe Dettinger condamné à un an ferme : "Quand je me vois taper ce gendarme au sol, j'ai honte de moi"

Justice
COMPTE RENDU - L'ancien boxeur Christophe Dettinger a été condamné ce mercredi à un an de prison ferme, aménageable en semi-liberté. Le prévenu était jugé pour avoir porté des coups sur des gendarmes le 5 janvier dernier au cours d'une manifestation des Gilets Jaunes, à Paris.

Gilet gris, chemise blanche, cheveux ras, petite moustache et léger bouc, Christophe Dettinger est apparu calme ce mercredi dans le box des prévenus. L'ancien boxeur était jugé ce 13 février pour "violences volontaires en réunion sur personnes dépositaires de l'autorité publique", délit passible de sept ans d'emprisonnement. 


Le tribunal l'a condamné à un an de prison ferme, aménageable en semi-liberté, et 18 mois de sursis avec mise à l'épreuve pour avoir violemment frappé deux gendarmes le 5 janvier lors de l'acte 8 des Gilets jaunes. Le tribunal l'a également condamné à une interdiction de séjour à Paris pendant six mois, et à indemniser ses victimes, respectivement à hauteur de 2.000 et 3.000 euros.


"Monsieur Dettinger, cela veut dire que ce soir vous dormez en prison. D'ici cinq jours, vous passerez devant le juge d'application des peines d'Evry, qui va mettre en place un régime de semi-liberté : vous dormirez en prison, mais vous pourrez continuer à travailler", a expliqué la présidente au prévenu. 

"Parqués" sur la passerelle

Un peu plus tôt, à l'audience Christophe Dettinger a répété s'être retrouvé sur la passerelle le 5 janvier avec les autres Gilets jaunes, "parqués" par les forces de l'ordre, "gazés". Puis il dit avoir vu cette femme au sol, Gwenaëlle A. la femme aux cheveux roses venue témoigner en sa faveur ce jour. "Là, je vois des matraques, des coups de matraques de gendarmes donnés à des gilets jaunes, bam bam bam, des coups de matraque. Matraquage matraquage, matraquage. Je vois une dame au sol, une matraque levée, là c'est parti, j'interviens, là, sur ce gendarme", a-t-il déclaré depuis le box.  "J'ai voulu empêcher une injustice et j'en ai créé une autre", a-t-il indiqué un peu avant regrettant une "erreur". 


Sa disparition pendant plus de 40 heures entre le samedi 5 et le lundi 7 janvier, il a expliqué au tribunal s'être" mis à l'abri" sans vouloir donner plus d'indications sur l'endroit où il se trouvait. "Ma maison, les policiers l'ont saccagée, je n'imagine même pas si j'avais été dedans", a-t-il insisté avant de déclarer : "Mais ma garde à vue s'est très bien passée. Maintenant avec les forces de l'ordre, tout se passe très bien".

"Je ne suis pas un casseur, un bagarreur"

Les faits, il les "reconnaît tous. "Ce que je veux, c'est retrouver ma famille. Qu'on me montre du doigt à ce propos, non, c'est pas la bonne personne. Je suis grand, je suis costaud. Je n'ai pas un physique facile mais je suis quelqu'un de bien, a poursuivi l'ancien boxeur. Toute ma vie depuis que je suis gamin, j'essaie d'être quelqu'un de bien : un bon père, un bon ami, un bon mari, un bon employé. si je peux donner un coup de main je le fais, combien de fois je me suis arrêté pour aider quelqu'un à changer sa roue. C'est sûr, toutes les vidéos sur les médias elles sont très choquantes (...). Quand je me vois taper ce gendarme au sol, j'ai honte de moi".


Avant que le tribunal ne se retire pour délibérer, Christophe Dettinger s'était adressé au seul gendarme sur les deux blessés présent dans la salle : "Monsieur le gendarme, je suis coupable de tous les coups que j'ai pu vous porter. Je suis conscient que ça ait pu vous toucher physiquement et psychologiquement. La violence n'est pas mon état d'esprit. J'ai été boxeur. Je ne suis pas un casseur, un bagarreur."

"Nous redoutions que ce soit pire"

La défense, emmenée par Laurence Léger, Hugues Vigier et Henri Leclerc, avait demandé une "peine juste", et "pas exemplaire", pour un homme "irréprochable pendant 37 ans".  "Dans un délai de 5 jours, en principe, il sort. C'était le but" s'est réjouie Me Laurence Léger à l'issue de l'audience avant d'être acclamée par les soutiens de l'ancien boxeurs présents. 


"Christophe Dettinger va reprendre son travail, sa vie de famille, a commenté Me Vigier. Mais le procès est exemplaire du coup, la peine peut-être envisagée comme un exemple. C'est une peine lourde. Nous avons l'air d'être satisfaits parce qu'on se dit que Christophe va sortir dans les jours qui viennent mais il faut mesurer les choses, c'est une peine très lourde même si nous sommes soulagés car nous redoutions que ce soit pire." 


Le procureur avait requis un peu plus tôt trois ans de prison dont un an avec sursis et mise à l'épreuve contre l'ex-boxeur ainsi que son "maintien en détention". Le représentant du ministère public avait également demandé à ce que soit imposée au prévenu, dans le cadre de son sursis, une "obligation d'indemniser les victimes", deux gendarmes, dont l'un s'est vu prescrire 2 jours d'ITT et l'autre 15 jours. Ce dernier n'a toujours pas repris le travail son arrêt ayant été prolongé jusqu'au 17 février au moins

Aucun commentaire côté parties civiles

Le ministre de l'Intérieur n'a pas tardé à réagir non plus.  "Justice a été rendue. Nul ne peut violer la loi et attaquer impunément ceux qui risquent leur vie pour protéger la nôtre. Chaque insulte, chaque coup porté contre eux est un parjure du serment républicain qui unit notre Nation, a ainsi twitté quelques minutes après la décision  Christophe Castaner. 

Le syndicat de police Alliance s'est toutefois étonné de la peine prononcée : "Boxeur de gendarme : 1 an ferme aménageable en semi liberté, la justice vient de conforter le sentiment d'impunité des casseurs de flics ?", a réagi  le  syndicat dans un tweet.

Les avocats de la partie civile, eux, n'ont fait aucun commentaire sur la peine prononcée.  Au cours des débats, Me de Montbrial, un des avocats des gendarmes blessés, avait déclaré au sujet de Christophe Dettinger qu'il avait "un comportement violent constant pendant quasiment 5 minute", qu'il avait "une violence déterminée et une agressivité réitérée". "Monsieur Dettinger, malgré lui, est devenu un symbole, quand on voit les soutiens dont il a bénéficié sur les réseaux sociaux. J'appelle chacun à la responsabilité. Il faut que chacun se reprenne sinon nous allons avoir un drame. Nous sommes sur une affaire qui a déclenché des passions. Reprenez-vous sinon dans les jours qui viennent il y a quelqu'un qui va mourir et là ça va basculer" avait plaidé Me de Montbrial.

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