Gilets jaunes : "Je n'ai aucun rôle de meneur dans ce mouvement, je ne suis qu'un relais" affirme Eric Drouet à son procès

Justice

JUSTICE – Le procureur de la République a requis ce vendredi un mois de prison avec sursis et 500 euros d'amende à l'encontre d'Eric Drouet, 34 ans. Le Gilet jaune était jugé pour "organisation d’une manifestation sans déclaration préalable" pour des événements des 22 décembre et 2 janvir dernier.

Jean, baskets, blouson noir et rasé de près, il est arrivé peu après 8 heures ce vendredi matin au tribunal, entouré de son avocat Me Khéops Lara et du Gilet Jaune blessé Jérôme Rodrigues. Eric Drouet était jugé ce vendredi matin devant la 23e chambre du tribunal correctionnel pour "organisation d’une manifestation sans déclaration préalable", faits commis les 22 décembre 2018 et le 2 janvier 2019. 

A l'issue de deux heures d'audience environ, le procureur adjoint Olivier Christen a estimé que le trentenaire était coupable des faits qui lui étaient reprochés. Il a requis à son encontre une peine d'un mois d'emprisonnement avec sursis et 500 euros d'amende. Pour le représentant du ministère public, "Monsieur Drouet a appelé à un rassemblement sur la voie publique, aussi bien le 22 décembre que le 2 janvier. Il n'y a pas d'ambiguïté. Il devait y avoir une déclaration préalable à la préfecture de police de Paris". 

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"Un cadre légal"

Dans son réquisitoire, le procureur a rappelé que la présence de casseurs et la multiplication des pillages en marge des manifestations, pour justifier de la nécessité de déclarer tout événement aux autorités afin que celles-ci puissent être sécurisées. "Evidemment que le mouvement des Gilets jaunes est un mouvement pacifique, évidemment que les revendications sont pacifiques. Les Gilets jaunes n'appellent pas pour l'essentiel de leur mouvement à attaquer qui que ce soit, a souligné Olivier Christen Mais s'inscrire en dehors du cadre légal ne permet pas de mettre en place les conditions qui permettent d'éviter les débordements". 

Le représentant est revenu sur les nombreux messages postés par Eric Drouet sur Facebook en amont des événements, sur les réponses qu'il donnait aux Gilets Jaunes qui le sollicitaient pour savoir où avaient lieu les événements du mouvement. Le procureur a lu plusieurs messages envoyés par Eric Drouet en décembre et janvier: "On dira au dernier moment" le lieu de rassemblement, "Nous irons où nous voulons aller", "Il faut choquer un peu l'opinion publique" "Il y aura les médias"…  

"Un relai des Gilets jaunes"

Pendant l'audience, Eric Drouet a juré lui qu'il n'était "responsable de rien du tout dans les événements qui se sont passés". "J'ai aucun rôle d'organisateur ou de meneur dans ce mouvement. Je suis juste un relai" a-t-il assuré. 

Le 22 décembre, un rassemblement de Gilets Jaunes était annoncé à Versailles. La préfecture a fait signer la déclaration d'Eric Drouet mais les Gilets jaunes ne voulaient plus aller là, car "quand les forces de l'ordre sont présentes, il y a du parcage et ça se passe mal",  a expliqué le prévenu. Les Gilets jaunes ont donc préféré ce jour se rendre à Montmartre à Paris. Eric Drouet a relayé l'information... 

Le 2 janvier, cette fois, Eric Drouet voulait "mettre des bougies en hommage aux blessés et aux morts du mouvement" puis "aller au restaurant sur les Champs-Elysées avec des amis".  Le prévenu dit que lui, comme ses proches, s'attendaient ce jour-là à "un contrôle d'identité mais pas plus". Eric Drouet et d'autres seront finalement interpellés et placés en garde à vue. 

"Un procès politique "

Pour Me Lara, avocat d'Eric Drouet, "ce procès est clairement politique. Vous n'avez aucun appel à manifester. Rien de concret et de sérieux. Sauf que monsieur Drouet est considéré comme une figure pensante du mouvement, un meneur. Ce procès est clairement politique. On vient juger Eric Drouet comme figure pensante et on vous demande de le condamner pour cela. On veut casser le mouvement en silence".

L'avocat a dénoncé le caractère arbitraire des interpellations, dont celle de son client, le 2 janvier près de la plus belle avenue du monde. "On embarque des gens en garde à vue sans aucun motif préalable". "On utilise la police, et le tribunal pour mâter un mouvement social majeur", a critiqué Me Lara.

Eric Drouet a quitté la salle d'audience et n'a fait aucun commentaire, réservant ses premiers mots à ses followers sur Facebook : "C’était juste pour vous dire que ça c’est bien passé. Je pense que ça va aller, ouais. De toute façon cette semaine j’étais plus stressé pour Christophe (Dettinger) que pour moi", a expliqué le chauffeur poids-lourd.  

 Son avocat a précisé qu'il irait participerait certainement aux manifestations ce week-end. 

Eric Drouet encourt jusqu'à 6 mois d'emprisonnement et jusqu'à 7 500 euros d'amende.  Le tribunal rendra sa décision le 29 mars. 

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