Grâce totale de Jacqueline Sauvage : le bonheur des uns, la consternation des autres

REACTIONS - François Hollande vient d'accorder ce mercredi 28 décembre la grâce totale à Jacqueline Sauvage. Les réactions se multiplient parmi ses soutiens, ainsi que dans le monde judiciaire. Et elles ne sont pas toujours sur la même longueur d'ondes.

C'est l'ultime rebondissement d'une affaire aux allures de marathon judiciaire. Ce mercredi 28 décembre, le président de la République annonce accéder à la demande de grâce totale demandée par Jacqueline Sauvage. La sexagénaire, condamnée par deux fois à dix ans de réclusion pour le meurtre aggravé de son époux violent, est donc sortie de prison dans la soirée.


Pour ses soutiens, c'est un séisme. Un aboutissement qu'ils osaient à peine espérer. Karine Plassard, à l'origine des nombreuses pétitions en faveur de la libération de Jacqueline Sauvage et très active dans la demande de grâce totale, s'est fendue, sur Twitter, d'un simple "On a gagné". 

Du côté des politiques, c'est aussi jour de fête. Ils sont nombreux à se réjouir de la décision de François Hollande, à commencer par son ancien Premier ministre Manuel Valls, qui "salue la décision humaine du président". 

Laurence Rossignol, ministre des Droits des femmes, s'est elle aussi fendue d'un tweet demandant à ce que se poursuive "la mobilisation contre les violences faites aux femmes". 

Quant à Benoît Hamon, qui depuis dix jours avait rejoint le comité de soutien et signé la pétition réclamant la libération immédiate de Jacqueline Sauvage, il s'est lui aussi exprimé sur les réseaux sociaux  et s'est dit "heureux d'avoir partagé avec des milliers de français un combat juste". 

"Le président ne respecte pas la justice"

Changement d'ambiance dans le monde judiciaire. Bien que tous se réjouissent de la sortie de prison de Jacqueline Sauvage, avocats, magistrats et autres acteurs de l'institution judiciaire restent sceptiques devant cette grâce totale. Virginie Duval, présidente de l'Union Syndicale des Magistrats (USM), va même plus loin. Sur LCI, elle s'est insurgée d'une décision "consternante et lamentable". Elle poursuit : "Le président ne connaît que ce que les avocates de l'intéressée ont voulu dire. La justice, elle, avait regardé le dossier. Ce sont les médias qui rendent la justice plus que le droit. Le président ne respecte pas la justice. Il s'affranchit totalement des décisions de justice pour faire plaisir à l'opinion publique."


Interrogée par LCI, Delphine Boesel, avocate au barreau de Paris et présidente de l'Observatoire International des Prisons (OIP), "a du mal à comprendre la décision de grâce totale". "Je suis assez contente pour elle", précise-t-elle, "mais je ne vois pas quel message François Hollande cherche à faire passer. Pour moi, c'est une décision politique." Elle l'avocate de penser à ses clients, emprisonnés actuellement, que cette grâce présidentielle va interroger. "Faut-il leur expliquer que seul un engouement médiatique peut leur permettre de sortir ?" demande-t-elle. "Comment va-t-on devoir gérer nos propres dossiers  à l'avenir ? Cette histoire donne raison aux deux avocates de Jacqueline Sauvage dont beaucoup désaprouvaient la stratégie de défense."

Enfin, LCI a pu joindre Frédéric Chevallier, l'avocat général des assises de Blois, qui avait requis dix ans de prison à l'encontre de Jacqueline Sauvage, lors de son procès en appel. Celui-ci nous a affirmé "respecter totalement la décision du président". "Accorder une grâce fait partie des droits du président, inscrits dans la Constitution. Je n'ai pas à commenter une décision de l'Elysée, je m'incline" a-t-il ajouté.

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