Francis Heaulme, le parcours sanglant d'un "routard du crime"

Justice

PROCES - Seul ou avec des complices de mauvaise fortune rencontrés sur les routes, il a sillonné la France en semant la mort. Le tueur en série Francis Heaulme est à nouveau jugé à partir de ce mardi 25 avril, cette fois pour le double meurtre des enfants Cyril Beining et Alexandre Beckrich en 1986 à Montigny-lès-Metz. LCI revient sur l'itinéraire sanglant de celui que les enquêteurs ont surnommé le "routard du crime". Depuis son arrestation en 1992, il a été condamné pour neuf meurtres.

A partir de ce mardi 25 avril, devant les Assises de la Moselle, le tueur en série Francis Heaulme fera son retour dans le box des accusés. Cette fois, pour les meurtres de Cyril Beining et Alexandre Beckrich, alors âgés de 8 ans, en 1986, à Montigny-lès-Metz. 

Entre 1984 et 1992, l'homme aujourd'hui âgé de 58 ans a sillonné la France, bouteille d'alcool dans une main, Opinel dans l'autre, tuant au hasard de ses rencontres au moins neuf personnes. Des meurtres au mode opératoire variable mais toujours commis pour un mobile futile et avec une violence inouïe. Un parcours macabre qui lui vaut aujourd'hui le terrible surnom de "routard du crime". 

LCI revient sur le parcours criminel de l'un des plus grands "serial killers" français de ces trente dernières années.

6 novembre 1984, Pont-à-Mousson

Quelques semaines après la mort de sa mère, Francis Heaulme, alors âgé de 25 ans, signe son premier crime. Le corps mutilé et dénudé de Lyonnelle Gineste, une adolescente de 17 ans, est retrouvée dans une forêt près de Pont-à-Mousson, en Meurthe-et-Moselle. Après avoir passé la journée avec son petit ami, la jeune femme avait été prise en auto-stop par Francis Heaulme et Joseph Molins alors qu'elle rentrait chez ses parents. En 1999, le premier sera condamné  à 30 ans de réclusion criminelle pour son meurtre par la cour d'assises de Meurthe-et-Moselle, le second à dix ans de prison pour complicité. 

30 décembre 1986, banlieue de Metz

Annick Maurice, 26 ans,  disparaît entre son domicile et le supermarché où elle travaille dans la banlieue de Metz. Son corps est retrouvé 4 mois plus tard, en état de décomposition avancée, dissimulé dans un taillis. En décembre 2001, la cour d'assises de Moselle reconnaît la culpabilité de Heaulme. Il écope de 30 ans de prison. Son co-accusé, Philippe Elivon, un Réunionnais sans emploi, est condamné pour sa part à 15 ans. Ces peines sont confirmées en appel par la cour d'assises de Meurthe-et-Moselle en novembre 2002.

22 juin 1988, Charleville-Mézières

Les corps de Georgette Manesse, 86 ans, et de Ghislaine Ponsard, 61 ans sont retrouvées au domicile de la première, lardés de coups de couteau. Durant son procès, Heaulme reconnaîtra simplement des "ressemblances" entre lui et le meurtrier des deux voisines. "J'ai entendu des cris. J'ai vu les deux grands-mères. J'ai pris peur, je suis parti (...) Mais ce n'est pas moi qui (les) ai tuées", déclarera-t-il. Pour sa défense, le routard du crime jurera même qu'il ne "touche pas aux mamies" parce qu'elles sont "gentilles et fragiles" et qu'elles lui font penser à sa grand-mère. Jugé pour les deux meurtres ainsi que celui de Sylvie Rossi (voir ci-dessous), il sera condamné en 2004 par les Assises de la Marne à 30 ans de prison, assortis d'une période de sûreté de 20 ans. 

5 avril 1989, Port-Grimaud

Joris Viville, un petit garçon belge de 9 ans, est enlevé dans un camping à Port-Grimaud, près de Saint-Tropez, où il passe ses vacances avec ses parents. Quinze jours plus tard, son corps est retrouvé le long d'une route départementale. Il a été étranglé et frappé de plus de 80 coups de tournevis. Le 24 mai 1997, la cour d'assises du Var le condamne à la perpétuité, assortie d'une peine de sûreté de 22 ans. Le tueur en série était interné dans un établissement d'Antibes (Alpes-Maritimes) quand sa route a croisé celle de sa petite victime. Après le verdict, sa soeur cessera de venir le voir en prison durant deux ans. Selon l'un  de ses codétenus,  s'il n'a pas avoué le double meurtre de Montigny-lès-Metz, c'est par crainte que cette dernière ne vienne plus le voir au parloir. 

14 mai 1989, Le Relecq-Kerhuon, plage du Moulin-Blanc

Aline Pérès, une aide-soignante de 49 ans, est tuée de plusieurs coups de couteau sur une plage de la banlieue de Brest. Le gendarme Jean-François Abgrall est chargé de l'enquête. Il entend Francis Heaulme, un marginal alors âgé de 30 ans qui séjoune dans un foyer Emmaüs, en qualité de témoin. Faute d'aveux et de preuves, il doit le relâcher. 

Mais l'enquêteur a une intuition et il ne pas lâcher cette piste. C'est lui qui fera tomber, à force opiniâtreté et d'investigations, le tueur en série, le 7 janvier 1992. Deux ans plus tard, en janvier 1994, la cour d'assises du Finistère condamne Francis Heaulme à 20 ans de réclusion criminelle pour le meurtre d'Aline Pérès. 

18 juillet 1989, Villers-Allerand

Francis Heaulme fait du stop à la sortie de Reims. La voiture de Sylvie Rossi, une serveuse de bar âgée de 30 ans, s'arrête. "Elle m'a dit 'Montez (...). D'un coup, elle a ralenti et a pris un petit chemin à droite. Elle a commencé à me faire des avances". 'Non Madame, je ne veux pas'", raconte le tueur durant son procès. La jeune femme sera frappée au visage et au corps et tentera d'échapper à son agresseur, parcourant 700 mètres avant de mourir. L'autopsie montrera que son foie a éclaté après un coup de pied d'une extrême violence, technique de karaté que Francis Heaulme aurait apprise de son beau-frère. "J'ai eu une crise, je lui ai tapé dessus sans arrêt. J'avais pas l'intention de la tuer, je voulais lui faire peur, je regrette", dira aussi l'accusé, qui sera condamné à 30 ans de réclusion.

7 mai 1991, banlieue de Metz

Lors d'une fête forraine, Francis Heaulme fait la connaissance de Laurence Guillaume, 14 ans, et de son cousin, Michel Guillaume, 19 ans. Deux jours plus tard, le corps de l'adolescente est découverte par un promeneur dans un champs de maïs. Le cousin l'a violée, Heaulme l'a tuée. Le premier est condamné à 18 ans de prison pour le viol, le second condamné à la réclusion criminelle à perpétuité assortie d'une période de sûreté de 18 ans. 

4/5 janvier 1992, Boulogne-sur-Mer

Le corps sans vie de Jean Rémy, un retraité de 63 ans, est découvert par un promeneur sur les rochers de la plage de Boulogne-sur-Mer. Il est partiellement dévêtu, sa tête est recouverte d'un pull-over, son corps a été lardé de 5 coups de couteau, et son visage présente de multiples plaies. Durant le procès, le tueur a assuré qu'il avait frappé le sexagénaire "parce qu'il avait peur d'être agressé". "Quand je l'ai piqué, il est tombé en arrière. Je ne l'ai pas frappé à la tête. Je ne voulais pas lui faire de mal. Je croyais que c'était quelqu'un d'autre", s'était-il défendu. "La peur peut expliquer un coup de couteau, pas cinq", avait rétorqué l'avocat général. La cour d'assises du Pas-de-Calais l'a condamné à 15 ans de réclusion criminelle. 

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