INFO TF1/LCI - Braquages de Chanel et Chopard : 10 suspects renvoyés aux assises

Justice

INFO TF1 - Les policiers les présentent comme l’une des plus "belles" équipes de braqueurs de ces dix dernières années. D’après nos informations, dix hommes - soupçonnés notamment d’avoir volé 3 millions d’euros de bijoux en plein jour dans des boutiques parisiennes de ces marques de luxe à l’hiver 2016 - seront prochainement jugés. Tous clament leur innocence.

Pendant de longs mois, durant l’hiver 2016, policiers et magistrats spécialisés dans la lutte contre le grand banditisme avaient fait de leur arrestation une priorité. Une traque qui a mobilisé jour et nuit des dizaines d’enquêteurs, afin de stopper net le parcours criminel de cette équipe devenue à l’époque le pire cauchemar des bijouteries de luxe et des banques parisiennes.

Un peu plus de trois ans maintenant après leurs interpellations par la Brigade de répression du banditisme (BRB) de la PJ parisienne le 27 juin 2016, dix hommes viennent d’être renvoyés devant la Cour d’assises de la capitale. Les magistrats de la chambre de l’instruction près la Cour d’appel de Paris ont rendu leur arrêt le 13 juin dernier. 

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Les suspects, âgés de 26 à 39 ans, sont pour certains des amis d’enfance, originaires du quartier des Courtillières, à Pantin (Seine-Saint-Denis). L’un d’eux est diplômé de deux masters en Relations et échanges internationaux et en Etudes stratégiques, obtenus à l’Université Paris-XIII.

Un culot illimité

Le commando est soupçonné d’avoir multiplié les "casses" spectaculaires entre fin 2015 et le printemps 2016. Chaque fois en plein jour, souvent violemment et en repartant systématiquement avec un butin conséquent. Le tout avec un culot illimité, comme ce 11 décembre 2015, dans la boutique du bijoutier Chopard, rue du Faubourg Saint-Honoré, à quelques encablures seulement du palais de l’Elysée. Un secteur où les policiers sont – littéralement – à tous les coins de rue. Ce jour-là, un homme seul et armé, le visage recouvert d’un masque transparent, braquait les deux employés de l’enseigne. Il prenait ensuite la fuite à pieds avec 87 bijoux, un butin estimé à un million d’euros.

L’équipe, toujours d’après les juges, refaisait parler d’elle six mois plus tard, avec le même succès. Le 19 mai 2016, un premier homme vêtu d’une casquette et de lunettes faisait entrer quatre complices armés et cagoulés pour attaquer la boutique Chanel de l’avenue Montaigne. Après avoir maîtrisé trois vigiles et deux vendeuses, le gang brisait à l’aide d’une masse les vitrines blindées puis prenait la fuite en moto et en voiture, des dizaines de bijoux rangés dans un sac de sport. Le préjudice était évalué à deux millions d’euros. Les bijoux n’ont jamais été retrouvés.

Tupperwares détonants

Mais les enquêteurs sont persuadés que l’équipe a ajouté d’autres cordes à son arc, qui leur ont valu de la part des magistrats tout autant de chefs d’accusation. Certains des suspect se sont ainsi spécialisés durant cette même période dans le vol de luxueux 4x4 Range Rover, l’une des voitures les plus prisées des voyous. Au moins cinq de ces bolides ont ainsi été dérobés, souvent dans des parkings parisiens, entre janvier et mai 2016. Ils étaient revendus dans la foulée, généralement pour 5000 euros, payables uniquement en liquide.

Au mois de mai 2016, la BRB découvrait par ailleurs un arsenal de guerre caché dans le coffre d’une voiture, garée dans un box du Blanc-Mesnil (Seine-Saint-Denis), à l’abri des regards. Deux kilos d’explosif, deux fusils d’assaut type Kalashnikov, une grenade, des détonateurs, des dizaines de munitions stockées dans des tupperwares étaient saisis… L’ADN de deux des malfaiteurs était isolé sur des sacs en plastique retrouvés sur place. 

Une mallette et des vitres teintées

Une partie de l’équipe est également soupçonnée d’être derrière le vol, le 3 juin 2016 à Noisy-le-Grand (Seine-Saint-Denis), d’une voiture banalisée de la société de convoyage de fonds Brink’s. Le véhicule avait été discrètement « filoché » par les malfaiteurs, sans doute à l’aise d’une balise posée sous la carrosserie. La voiture n’était pas choisie au hasard : une précieuse mallette se trouvait dans l’habitacle, remplie de 20.500 euros en petites coupures. 

L’examen des caméras de vidéo-surveillance permettait aux policiers de repérer à proximité de cet utilitaire de la Brink’s un véhicule « suiveur ». Comme pour d’autres braquages commis auparavant, ses vitres étaient teintées, rendant impossible toute identification de ses occupants. L’enquête démontrera que l’un des malfaiteurs présumés tenait un garage spécialisé dans… la pose de vitres teintées.

Autre élément embarrassant pour les suspects, la sonorisation d’une de leurs voitures par la BRB permettait de mieux comprendre le scénario écrit à Noisy-le-Grand. Dans le véhicule, quatre jours seulement avant les faits, l’un des suspects décrivait à deux de ses complices présumés le parfait petit manuel du vol de transports de fonds. Tout y passait, de la filature à l’aide d’une balise jusqu’au au chargement de l’argent en passant par l’horaire propice pour passer à l’action ou encore la composition d’un convoi de voitures et de motos afin de suivre à distance la cible. En garde-à-vue, le principal intéressé a nié avoir tenu ces propos.

Le mystère de la chaussette

Le commando avait eu d’ailleurs semble-t-il bien du mal à ouvrir cette mallette sécurisée qui, en cas d’ouverture forcée, allait pulvériser une encore indélébile sur les billets. Plusieurs écoutes téléphoniques montrent que les suspects ont envisagé différentes options, comme stocker la mallette dans un frigidaire. Dans une conversation téléphonique captée le 31 mai 2016, Philippe E., 36 ans, présenté comme le "cerveau" de l’équipe, confie à l’un de ses complices : "Nan mais genre un mec, il a dit mets la dans le frigo 6 mois, tout va geler. Moi j’ai attendu le double et moi je l’ai disquée, ppppfffff, tout a pété (…) Je m’en bats les c*****, je le coupe moi après, pourquoi ça va pas marcher ?" 

D’après la BRB, le gang réussira finalement à ouvrir la mallette, sans doute en l’aspergeant de litres d’huile alimentaire. Une partie du butin était plus tard retrouvé en perquisition au domicile de deux des suspects. Ils n’avaient semble-t-il pas cru bon de se débarrasser des rubans et des bagues en plastique rouges et gris, utilisés par la Trésorerie de Pantin pour composer et assembler les liasses de billets.

Une question intrigue aujourd’hui encore les policiers. Comment l’équipe a-t-elle réussi à dérober la voiture de la Brink’s ? Une partie de la réponse se trouve peut-être… dans une chaussette, saisie au domicile du "chef" présumé du gang. A l’intérieur, les enquêteurs y ont découvert deux ébauches de clefs, capables d’ouvrir en un clin d’œil les véhicules banalisés de l’entreprise. Le mystère de la chaussette ne sera jamais résolu.

Nom de code : "pâtisseries"

Depuis leur arrestation, les dix hommes clament sans relâche leur innocence, contestant un par un tous les éléments gênants à leur encontre, qu’il s’agisse de vidéo-surveillance, de traces génétiques, d’écoutes ou de bornage téléphonique. Beaucoup ont tenté de multiplier les alibis (une des rencontres secrètes entre les braqueurs n’a, d’après l’un d’eux, servi qu’à s’offrir des pâtisseries) mais visiblement sans guère convaincre les juges.

Six des dix malfaiteurs sont en ce moment toujours sous les verrous. Le procès du commando devrait se tenir d’ici l’été prochain. 

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