INFO TF1/LCI - Redoine Faïd : "Ma dignité, c’est tout ce qui me reste"

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Fin de cavale pour Redoine Faïd après une incroyable évasion

INCARCÉRATION - Le "roi de l’évasion" garde le silence sur sa spectaculaire évasion en hélicoptère de l’été 2018. Mais face aux juges, dans des documents que nous avons pu consulter, il s’est longuement plaint de ses conditions d’incarcération.

Il est arrivé sous très haute surveillance, entouré d’agents cagoulés et armés jusqu’aux dents. Ce 11 janvier 2019, Redoine Faïd est convoqué au Tribunal de grande instance de Paris. Le juge d’instruction Jean-Michel Gentil, chargé de l’enquête sur l’évasion de l’ancien braqueur en juillet 2018 de la prison de Réau (Seine-et-Marne), a de nombreuses questions à lui poser. 

Depuis la fin de sa cavale en octobre, l’ex-figure de Creil, placé à l’isolement dans la prison de Vendin-le-Vieil, n’a pas eu l’occasion de livrer sa version des faits. Et ce premier interrogatoire – récemment versé au dossier, TF1 a pu le consulter - ne va clairement pas changer la donne. Après avoir échangé quelques banalités avec le juge sur sa fratrie, Redoine Faïd l’interrompt subitement : " Me permettez-vous de faire une remarque ?". La "remarque" sera finalement un long et solennel monologue, destiné à expliquer pourquoi il compte rester mutique face aux questions de la justice. "Je souffre au-delà de la limite du raisonnable" confie Faïd, évoquant tour à tour "l’indécence" de ses conditions d’incarcération, "les abus de pouvoir intolérables" et "les actes hors la loi", à ses yeux, de l’administration pénitentiaire. 

"Je vis dans un caveau, une pièce sombre où la lumière ne pénètre pas (….) Mon quotidien se résume à ouvrir les yeux, respirer et fermer les yeux" développe le voyou devant le juge qui l’écoute du début à la fin sans jamais broncher.  "On me fait subir une punition hors norme ne visant qu’à me démolir" raconte le détenu de 47 ans. Mais il veut le rassurer, et jure qu’il ne se suicidera pas – "c’est pour les faibles (…) ma propre vie est cruciale donc je ne leur ferai jamais plaisir" - et promet qu’il se battra – "Ma dignité c’est tout ce qu’il me reste dans cet endroit, je ne la céderai pas jusqu’à mon dernier souffle", citant même alors Nelson Mandela dans le texte, le héros de la lutte contre l’apartheid en Afrique du Sud. Car Redoine Faïd ne le dit pas mais le sait pertinemment : sa libération ne devrait pas, sur le papier, se faire avant 2035.

"Il m’as pris pour un bidon"

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Cela ne l’empêche pas de faire part d’un certain sens de l’humour. Comme lorsque le juge Gentil tente le tout pour le tout en lui demandant la composition du commando venu le libérer : "Si je suis amené un jour à m’expliquer sur ces faits, vous pensez bien que j’aurais d’énormes réticences à répondre à cette question" élude poliment Faïd, fidèle à sa réputation de "beau voyou" qui ne trahit pas ses complices. 

Du bout des lèvres, Redoine Faïd fera tout de même un timide et énigmatique aveu. Le magistrat instructeur lui lit lors de l’interrogatoire les propos tenus par son propre frère, Brahim, venu le voir au parloir de la prison le matin de l’échappée belle. "Je comprends aujourd’hui que Redoine s’est joué de moi, expliquait-il en juillet 2018 lors de sa garde-à-vue. Il m’a pris pour un bidon… ". 

Son frère aîné, toujours aussi peu bavard, ne fera qu’un commentaire, court mais loin d’être anodin : "Il dit probablement vrai… ".

Des suspects muets

Le malfaiteur savait-il ce jour-là que l’un de ses frères se trouvait à quelques mètres seulement de lui ? Car ce 11 janvier dernier, dans le bureau voisin du second juge chargé du dossier, Rachid Faïd est lui aussi interrogé. Soupçonné par les policiers d’avoir joué un rôle actif au sein du commando armé, l’homme de 61 ans répète à son tour tout le mal qu’il pense de ses conditions d’incarcération.  " C’est un mouroir, raconte le père de famille, qui précise être enfermé 22 heures sur 24 dans une cellule de 9 mètres carrés. Je suis rabaissé. Je ne me sens plus personne".

Il n’aidera pas lui non plus les autorités à mieux comprendre la genèse de cette évasion par les airs, mais va tout de même confier ce qui l’a poussé à prendre les armes pour permettre à son frère Redoine de s’échapper : "La raison, c’est l’accumulation des peines (…) Je ne me voyais pas lui dire qu’il allait passer 50 ans en prison, je ne pouvais pas lui dire de s’accrocher (…) Il faudrait qu’il vive jusqu’à 100 ans pour faire ses peines (…) Si c’est pour mourir, il a mieux à faire". 

" Prince" le chien

Lui comme ses deux neveux mis en examen n’en diront pas plus. Ce qui n’empêche pas pourtant parfois certains échanges surprenants. Comme celle d’Ishaac Herizi, l’un des neveux du "Doc" - un des surnoms de Redoine Faïd – le 18 décembre dernier. Face au juge Gentil, il ne consent qu’à confirmer des informations déjà connues de tous ou presque. Sa vie familiale, ses études, son parcours professionnel… tout y passe. Y compris les animaux de compagnie. Le suspect confirme qu’il a bien un chien. " Il s’appelle Prince " précise même Herizi, qui ne semble alors se douter de rien. 

Le juge passe pourtant rapidement à un sujet bien plus embarrassant pour le mis en examen : la découverte faite dans une forêt de l’Oise par un chasseur quelques jours après l’évasion de plusieurs sacs, remplis de fusils mitrailleurs, de munitions et de cagoules. Le chasseur, face aux policiers, avait été formel : il avait ce jour-là reconnu un homme qu’il avait l’habitude de croiser dans son quartier du Moulin, au nord de Paris. Un homme qui promenait souvent son chien, un animal à quatre pattes prénommé… Prince. 

Contactés par TF1, maîtres Raphaël Chiche, Hugues Vigier et Jennifer Dalvin, chargés de la défense de Redoine et Rachid Faïd ainsi que d’Isaac Herizi, étaient injoignables dans l’immédiat.

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