"J'ai arrêté de respirer" : Lilian, l'otage caché des frères Kouachi, raconte sa "peur" au procès des attentats de 2015

Dessin de la salle d'audience, lors du premier jour du procès de Charlie Hebdo-Hyper Cacher le 2 septembre
Justice

JUSTICE – Au 11e jour du procès attentats de janvier 2015, Lilian, employé de l'imprimerie de Dammartin-en-Goêle où s'étaient réfugiés les frères Kouachi le 9 janvier 2015, est venu raconter ses 8h30 d'enfer, caché dans un placard sous un évier. Il en est sorti sans blessures, mais pas indemne.

Cinq ans après les faits, il demande le droit à l'oubli. Lilian ne veut plus que son nom de famille soit cité, il veut que chaque image de lui soit floutée, même dans les archives. Le 9 janvier 2015, le jeune homme de 27 ans se trouvait avec son employeur Michel Catalano dans l'imprimerie de Dammartin-en-Goële quand les frères Kouachi, munis d'armes de guerre, étaient arrivés pour s'y retrancher. 

Son supérieur a juste le temps de lui dire d'aller se cacher, faisant ensuite croire aux terroristes qu'il est seul ce matin-là dans les locaux. Lilian, graphiste, trouve refuge dans un endroit qu'il avait repéré la veille, "au cas où", sachant que les deux frères, qui venaient d'assassiner 12 personnes à Paris, étaient toujours en cavale.  C'est sous un évier, dans un placard de 1,10 mètre de haute pour 45 cm de profondeur, qu'il restera 8h30 durant, "un siphon dans le dos" et "coincé par des objets et des bouteilles de produits d'entretien".

 A la cour ce jeudi, Lilian, catogan, chemises à carreaux, pantalon et chaussures noires, explique que de ce minuscule endroit, il entendait "des bribes de conversation" entre son employeur et les terroristes, mais aussi " des bruits de pas". "J'ai eu peur, j'ai pensé à mon manteau et ma sacoche sur la chaise. Des indices qui pouvaient me trahir. J'ai entendu les pas vers le réfectoire. J'ai arrêté de respirer, de bouger. De toute façon je ne pouvais pas bouger, le moindre geste aurait ouvert la porte du placard. Puis j'ai entendu la porte se fermer".

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Un portable qui ne cesse de vibrer

Lilian précise qu'il a alors son portable avec lui mais que dans sa position, il ne peut pas l'atteindre. L'appareil ne cesse de vibrer, les proches veulent des nouvelles. Lui est terrorisé par ce son incessant qui pourrait permettre aux Kouachi de le localiser. "Toutes ces vibrations auraient pu me mettre en danger", dit-il. Il se résout à se recroqueviller davantage, pour étouffer le bruit. 

Puis il entend des tirs, comprend qu'un des deux terroristes est blessé, et que Michel Catalano est chargé de le soigner. L'autre se dirige alors dans le réfectoire où se trouve Lilian pour chercher de la nourriture. "Il a ouvert le placard du fond, le frigo. J'ai vu son ombre à travers le petit liseré à travers la porte. Il est venu se laver les mains, j'ai bougé le siphon, j'avais de l'eau qui ruisselait dans mon dos. J'étais tétanisé, se souvient Lilian en larmes. Mon cerveau et mon coeur étaient en pause. C'était irréel. La serviette était pendue sur l'une des portes du placard. Je savais que s'il prenait la serviette sur la porte, elle s'ouvrirait".  Saïd Kouachi ne se sèchera pas les mains ce jour-là.

Contact avec le GIGN

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Finalement, Lilian parvient à attraper son téléphone. Il envoie des messages à ses proches, pour leur dire qu'il est vivant. Puis, un contact est établi avec le GIGN, par l'intermédiaire du portable de sa mère. L'assaut sera donné vers 17 heures, Lilian est sauvé. 

Dehors, Michel Catalano, relâché plus tôt par les frères Kouachi, est "en apnée totale". Jusqu'à ce message radio : "Cibles neutralisées, otage vivant". "Là, j'ai respiré, enfin" confie-t-il à la cour. Plusieurs fois à l'audience ce mercredi, le gérant a répété n'avoir eu qu'un seul objectif ce jour-là, "que Lilian soit vivant". Le jeune homme lui doit tout et le lui répète encore aujourd'hui. "Michel s'est sacrifié pour moi. Michel, c'est mon héros, c'est celui qui m'a sauvé la vie"

Mais aujourd'hui encore, les deux hommes restent traumatisés par ce 9 janvier. Michel Catalano a repris son imprimerie. Lilian, lui, a essayé d'y retravailler, mais n'a pas réussi. Il a quitté la région. Il dit avoir "pratiqué la méditation pour calmer ses angoisses". "Le soir je vérifiais 7 fois si ma porte était fermée. Je ne prends plus les transports en commun, j'ai peur dans les gares, les aérogares. Ca fait 5 ans déjà, c'est toujours là. J'ai beau paraître fort, quand j'en parle...". Ses larmes ponctueront sa phrase.

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