Jawad Bendaoud : le procès très attendu du "logeur de terroristes" s'ouvre à Paris

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JUSTICE – Le tribunal correctionnel de Paris juge à partir du mercredi 24 janvier et jusqu'au 14 février, Jawad Bendaoud surnommé "le logeur de terroristes" notamment pour "recel de malfaiteurs terroristes". Deux prévenus comparaissent à ses côtés : Mohamed Soumah, lui aussi en détention provisoire et jugé pour les mêmes faits et Youssef Aït-Boulahcen pour "non-dénonciation de crime terroriste". Un procès très attendu dans lequel plus de 300 personnes et associations se sont constituées parties civiles.

Trois semaines d'audience pour un événement à la fois attendu et redouté. A partir de ce mercredi 24 janvier et jusqu'au 14 février, le premier procès en lien avec les attentats du 13 novembre 2015 survenus à Paris et Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) se tient devant la 16e chambre du tribunal correctionnel de Paris. 

 

A cette occasion, trois hommes seront jugés, dont l'un a fait et refait la une des médias : Jawad Bendaoud, né le 30 août 1986 à Epinay-sur-Seine (Seine-Saint-Denis). Surnommé "le logeur de terroristes", l'homme aujourd'hui âgé de 31 ans, en détention provisoire, comparait pour "recel de malfaiteurs terroristes". Il est accusé  d'avoir fourni l'appartement rue Corbillon à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), où Abdelhamid Abaaoud, cerveau présumé des attentats de l'automne 2015 dans l'Hexagone, et son complice Chakib Akrouh, deux djihadistes, avaient trouvé refuge en novembre 2015 après les attaques. 

 

A ses côtés dans le box : Mohamed Soumah, 28 ans lui aussi en détention provisoire et jugé pour les mêmes faits. Enfin, Youssef Aït-Boulahcen, frère Hasna Aït-Boulahcen, décédée lors de l'assaut policier du 18 novembre 2015 contre l'appartement de Saint-Denis, âgé de 25 ans et sous contrôle judiciaire, qui comparait pour "non-dénonciation de crime terroriste". 

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De la cour d'assises au tribunal correctionnel

Jawad Bendaoud avait été interpellé par les forces de l'ordre le 18 novembre à l'aube à Saint-Denis au cours de l'opération antiterroriste menée par les forces de l'ordre. Son arrestation avait alors été filmée par un journaliste de BFMTV

 

Cheveux gominés, lunettes, barbes et moustaches bien taillées, doudoune noire, "Jawad" déclarait face caméra : "J'ai appris que c'était chez moi. J'étais pas au courant que c'était des terroristes. (…) On m'a demandé de rendre service, j'ai rendu service. On m'a dit d'héberger deux personnes pendant trois jours, j'ai rendu service normalement. Je sais pas d'où ils viennent. On est au courant de rien. SI je savais vous croyez que je les aurais hébergés".  Le jeune homme était ensuite emmené par les policiers au commissariat et placé en garde à vue… Avant de devenir après ces quelques mots la risée du Net. 

 

A l'issue de sa garde à vue, le  suspect avait été mis en examen pour "association de malfaiteurs terroriste criminelle" et devait, de fait, comparaître dans un premier temps devant une cour d'assises. Les faits ont depuis été requalifiés. Les juges d'instruction ont en effet finalement estimé que si Jawada Bendaoud savait qu'il hébergeait certains auteurs des attentats franciliens, il n'avait pas connaissance de leur projet d'attaques futures.  Abdelhamid Abaaoud et son complice Chakib Akrouh comptaient en effet se faire exploser, le 18 ou le 19 novembre, dans le quartier d'affaires de La Défense près de Paris, selon le procureur de la République de Paris, François Molins.

C'est moi, la victime ! Ça fait deux ans que je suis incarcéré pour rien du tout, vous avez fait de moi un coupable, j'étais au courant de rien !Jawad Bendaoud

Un prévenu imprévisible

Que savait précisément Jawad Bendaoud sur ses "hôtes"? Parlera-t-il à l'occasion de ce procès? Les victimes sont dans l'attente de réponse de la part de cet homme. Lui a toujours dit qu'il ignorait qui étaient ceux qu'ils logeaient et quelles étaient leurs intentions.  


Depuis son arrestation, il a comparu à trois reprises devant le tribunal de Bobigny : pour avoir mis le feu à sa cellule, pour trafic de cocaïne et pour avoir insulté et menacé de mort des policiers. Des audiences à chaque fois agitées, souvent suspendues, du fait du caractère imprévisible de ce prévenu et de ses accès de colère. 


Le 26 janvier 2017, à Bobigny, Jawad Bendaoud apparaissait pour la première fois en public, depuis les images télé. Cheveux longs retenus en catogan, avec une quinzaine de kilos en plus, le prévenu, méconnaissable s'en était pris aux policiers assurant son escorte alors qu'il devait être jugé pour trafic de stupéfiants : "Fils de pute, tu crois que je suis un terro, moi ?" avait-il lancé affirmant avoir été frappé par des fonctionnaires qui l'amenaient dans le box. "Ils m'ont mis des coups de matraques. Toi, je vais te niquer. Dehors, quand tu veux, où tu veux", avait poursuivi le prévenu. Et d'enchaîner : "Attends que je sorte, fils de pute. Je suis quoi moi, je suis Salah Abdeslam moi ? Fils de pute ! " L'audience avait repris sans lui. 

 

Le 1er juin 2017, jugé pour ces outrages et menaces proférés contre ces policiers, Jawad Bendaoud avait expliqué qu'il ne supportait plus qu'on se "foute" de sa gueule, qu'en plus des sobriquets sur la toile, les policiers s'y étaient mis aussi.  Il avait répété à l'audience que l'un d'eux lui avait dit six mois plus tôt à Bobigny : "Century21, ferme ta gueule" ou encore "Tu manges bien en prison gros kebab ! ". 

 

Le 30 octobre enfin, il avait été expulsé d'une audience de procédure devant le tribunal de Paris au cours de laquelle ses avocats avaient formulé une demande de huis clos pour le procès de janvier-février 2018. "C'est moi, la victime ! ", a-t-il protesté. "Ca fait deux ans que je suis incarcéré pour rien du tout, vous avez fait de moi un coupable, j'étais au courant de rien !".

Plus de 300 parties civiles et plus de 80 avocats

Aura-t-il le même comportement cette fois? Deux ans et deux mois après les attaques qui ont fait 130 morts et 352 blessés physiques, les victimes, qui attendent beaucoup de ce procès, espèrent qu'il restera dans le box et qu'il parlera. Au total, plus de 300 personnes et associations se sont constituées parties civiles et plus de 80 avocats devraient les représenter. 

 

Parmi les parties civiles, des victimes des attentats du Bataclan, des terrasses ou du Stade de France, des proches de personnes décédées, ou encore des habitants de Seine-Saint-Denis, anciens occupants de l'immeuble pris d'assaut le 18 novembre 2015, rue du Corbillon. 

 

"86 personnes vivaient dans l'immeuble de la rue du Corbillon. Certaines n'ont toujours pas été relogées, une mobilisation des services de l'Etat qui est tout de même relativement faible, et un refus pour l'instant de prendre en compte ces personnes comme des victimes du terrorisme, explique Stéphane Peu, député PCF de Seine-Saint-Denis, conseiller municipal de Saint-Denis et partie civile pour la ville, à LCI. Je suis de nouveau intervenu en novembre 2017 par écrit auprès du Premier ministre, Edouard Philippe, et de la déléguée interministérielle à l'aide aux victimes, Elisabeth Pelsez. Et je n'ai toujours pas de réponse ! Alors forcément, ce procès a de l'importance pour les habitants de la commune. Au moins, certaines choses vont peut-être avancer". 

Trois salles pour un procès

Le procès se tiendra dans l'enceinte de la la 16e chambre du tribunal correctionnel, qui ne compte pourtant qu'une trentaine de places. Douze journalistes plus quatre dessinateurs de presse pourront pénétrer dans la salle où seront également présents les victimes, les avocats, mais aussi le public, l'audience étant ouverte à tous. Au total, plus de 60 journalistes sont accrédités pour le procès…. 

 

Afin de répondre aux attentes du plus grand nombre, et pour faire face à l'affluence certains jours, la présidence du tribunal de grande instance de Paris a mis en place un dispositif bien particulier. En plus des quelques places disponibles dans la salle de la 16e chambre, une quarantaine de places seront disponibles dans salle des Criées où seront retransmis les débats. Les débats pourront également être suivis depuis la salle des Pas Perdus… 

Jusqu'à six ans de détention

Jawad continue de clamer son innocence. A chaque comparution, il semble à bout. Ses avocats Me Xavier Nogueras et Marie-Pompéi Cullin ont répété à plusieurs reprises qu'il ne supportait ni la détention, ni les brimades et surnoms répétés. 

Interrogé sur le procès qui débute ce mercredi, Me Nogueras a fait savoir à LCI qu'il ne prendrait la parole qu'"à l'issue de la première journée d'audience qui sera consacrée à des incidents de procédure", selon lui. 


Jawad Bendaoud, délinquant multirécidiviste, encourt six ans de prison pour "recel de malfaiteurs terroristes". Il a déjà été condamné à treize reprises dans le passé. Il avait notamment été condamné le 5 novembre 2008 d'emprisonnement pour "violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner". 

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