Mélenchon-Dupond-Moretti, le duel des orateurs au cœur du premier jour de procès

Justice

DUEL - Jugé avec cinq autres prévenu pour “rébellion” et “acte d’intimidation” lors de la perquisition du siège de LFI le 16 octobre 2018, Jean-Luc Mélenchon a fait du premier jour d’audience une tribune politique. L’occasion d’une joute verbale assez vive avec l’avocat Eric Dupond-Moretti, un autre orateur de talent.

Les deux hommes n’étaient pas censés se connaître. Tout juste a-t-on pu les voir poser ensemble pour une photo prise un jour à Marseille, assure le ténor du barreau. Jean-Luc Mélenchon affirme ne pas s’en souvenir. Mais l’avocat médiatique et le tribun avaient commencé une guerre sourde sur les réseaux sociaux, à la veille du procès.

Autant dire qu’ils étaient tous deux prêts pour cette première confrontation publique. Celle-ci a eu lieu jeudi après-midi, après une longue matinée consacrée à la procédure et au visionnage du film de la perquisition du siège de LFI le 18 octobre 2018, au cœur de ce procès pour “rébellion” et “acte d’intimidation” qui vise Jean-Luc Mélenchon et cinq autres prévenus. Il faut dire que le leader des Insoumis n’avait pas hésité, quelques jours plus tôt, à décrire l’avocat des parties civiles comme “un pion payé par l’État pour défendre les policiers face à nous.” Des propos jugés “injurieux” par Dupond-Moretti, qui avait recommandé à son interlocuteur de prendre “une camomille” à la veille du procès.

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“Soyez offensif, quoi !”

L’échange fut bref mais intense. Alors que Jean-Luc Mélenchon était lancé, face au tribunal, dans une longue démonstration pour justifier son attitude à l’égard des policiers et du procureur lors de la fameuse perquisition immortalisée par Quotidien, l’avocat pose une série de questions relatives au rôle des policiers, que le député accuse d’avoir obéi aux ordres du pouvoir exécutif. Une façon de s’attaquer directement à la théorie du “procès politique” avancée depuis plusieurs semaines par le leader Insoumis.

“Les policiers sont là parce que l’autorité judiciaire leur a demandé de faire leur boulot. Vous le savez, non ?” “Si vous le dites”, a rétorqué Jean-Luc Mélenchon. “Vous soutenez que vous ne saviez pas que c’était des policiers mandatés par l’autorité judiciaire ?” Nouvelle riposte de Jean-Luc Mélenchon pour remettre en cause l’opération de police lors de la perquisition : “Quand un ordre n’est pas conforme à votre code de déontologie, vous devez désobéir…”

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Mélenchon vs "Quotidien" : la guerre des images

Puis l’échange accélère. Le député provoque volontiers, l’avocat se plaît au jeu. “C’est une technique classique, de couper petit morceaux par petit morceaux les questions. Allez droit au but ! Soyez offensif !”, lance Mélenchon, déclenchant le rire dans la salle. “Si c'est un procès politique, alors tout cela c’est un complot ? Et les juges, des complices ?”, attaque alors Eric Dupond-Moretti. “Vous m’avez même mis là-dedans ! Vous avez une preuve ?” Plus tard, l’avocat demandera à Jean-Luc Mélenchon s’il présente “ses excuses” aux policiers présents lors de la perquisition. Ces dernières ne viendront pas. 

Dans la salle d’audience, le public assiste, un peu médusé, à cette joute médiatique qui vampirise les débats durant quelques minutes. Puis, alors que le brouhaha s’installe, le vice-président du tribunal finit par arbitrer : “Vous réglerez vos comptes ailleurs !” 

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