L'ex-actrice X Nikita Bellucci au tribunal face à un cyberharceleur

Justice

HARCÈLEMENT EN LIGNE - Un homme est poursuivi, vendredi 6 juillet, pour des faits de harcèlement et de menaces de viol en ligne sur la personne de Nikita Bellucci, ancienne actrice pornographique. Une affaire qui s'apparente aussi bien à un procès de la violence en ligne, quelques jours après la condamnation des cyberharceleurs de la journaliste Nadia Daam, qu'à celle dont sont victimes les travailleuses du sexe.

Assiste-t-on à un tournant dans le traitement judiciaire des violences en ligne ? Quelques jours après la condamnation à six mois de prison avec sursis et 2000 euros d'amende de deux cyberharceleurs de Nadia Daam, journaliste d'Europe 1 visée par des menaces de mort et de viol par des membres du forum 18-25 du site jeux-videos.com, c'est au tour d'un tourmenteur de l'ancienne actrice X Nikita Bellucci d'avoir rendez-vous avec la justice, vendredi 6 juillet à Nanterre, devant la 16e chambre.

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"T'as été actrice, tu me dois bien des faveurs sexuelles"

Nikita Bellucci poursuit en effet un homme pour menaces de viol et harcèlement en ligne à la suite de nombreux "mails immondes", émaillés de menaces de mort et de viol : "Il a menacé de me violer et de me laisser pour morte sur le bord de la route, raconte à LCI la jeune femme, qui a conservé les captures de l'ensemble des menaces dont elle a fait l'objet. Puis de surtout bien rester cloîtrée chez moi, parce que si je devais porter plainte, il allait me tuer."

Des propos confirmés par l'avocat du prévenu, né en 1983, invalide à 80% et dans l'incapacité de travailler. "Il reconnaît l'ensemble des faits, indique Me Attias à LCI. Il a subi une expertise psychiatrique, qui a conclu à un tableau épileptique, avec des troubles du comportement et un niveau intellectuel très limité. Selon sa version des faits, il est entré dans un jeu avec Nikita Bellucci, après que cette dernière lui avait laissé entendre certaines choses."

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Le suspect, déjà passé en justice en comparution immédiate, est également poursuivi pour outrage à agents pendant sa garde à vue. "Au début, je ne voulais pas aller plus loin que la première audience, ça ne m'intéressait pas, raconte Nikita Bellucci. Mais quand j'entends le discours des proches et de l'accusé, qui semble s'en moquer complètement, ça ne passe pas". Car au-delà du cyberharcèlement dont elle a été victime,la jeune femme entend porter la voix des travailleurs du sexe : "Je vis peut-être chez les Bisounours, mais ce n'est pas parce qu'on a été actrice qu'on mérite d'être harcelée. Je n'en peux plus de ce discours selon lequel, parce que j'ai été dans le X, je devrais m'attendre à ce genre de choses." De la culture du viol dans le texte : "Pour moi, c'est du même tonneau que de dire : 'Elle s'est promenée en mini-jupe et décolleté à Barbès, fallait bien qu'elle s'attende à être violée.'"

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LA CULTURE DU VIOL, C'EST QUOI ?

Sur son ordinateur, des mails et tweets reçus par centaines, des milliers d'injures où les auteurs assoient leurs menaces sur son passé d'actrice : "Ce qui ressortait, se souvient-elle, c'était des exigences du genre : 'De toute façon, tu n'es qu'une grosse pute, t'as été actrice donc tu me dois bien des faveurs sexuelles.' C'est limite si je devais me mettre à genoux." L'ancien métier de Nikita Bellucci sera-t-il mis en avant durant le procès ? "Je le crains surtout pour celui qui en avancerait l'argument, avance son avocat Me Eric Morain. Parce que si on en est encore là en 2018, c'est qu'on n'a rien compris. [...] La question du consentement n'est pas à géométrie variable. Elle dépend de la personne et uniquement d'elle". Aucun risque d'en arriver là du côté de la défense : "On ne va certainement pas jouer cette carte-là, explique Me Attias. Pour nous, c'est très simple : mon client est psychologiquement perturbé et il ne pensait pas du tout que ça irait aussi loin."

"Il faut que ces procès soient des marqueurs"

Après les fortes condamnations prononcées au procès des cyberharceleurs de Nadia Daam, en attendent-ils autant ? "Ce ne sont pas les mêmes dossiers, pose Nikita Bellucci, même s'il y a toujours la notion de harcèlement en ligne. Nadia, la pauvre, ça a pris des proportions incroyables, ils s'en sont même pris à sa fille". Même prudence chez Me Morain : "Les victimes sont différentes, les prévenus, avec leur histoire, leur personnalité, sont différents, les faits sont différents." L'avocat entend toutefois faire de ces procès "un marqueur, qu'il y ait un avant et un après", pour des délits qui, à l'entendre, ne sont pas suffisamment pris au sérieux : "Le jour de la première audience, finalement reportée, des harceleurs de Nadia Daam, elle s'est fait péter la porte de chez elle et cambrioler. Ça n'est pas que virtuel  [...] il faut qu'on arrête de répondre aux victimes qu'elles n'ont qu'à éteindre leur ordinateur ou leur téléphone". 

La notion de cyberharcèlement est au contraire niée par le défenseur du prévenu : "Ça n'a aucun rapport avec mon client. Il n'a jamais été dans un esprit de vengeance. Il prenait ça comme un jeu. De toute façon, physiquement, il en est incapable. Ce n'est pas le genre de personne qui pourrait passer à l'acte".

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Pour Nikita Bellucci, la notion de jeu a été toute relative. Si l'ex-actrice assure avoir remonté la pente, elle doit encore faire face à nombre d'injures et menaces. D'autres plaintes sont en cours de traitement, dont l'une a été classée "au grand étonnement" de Me Morain, et l'activité professionnelle de la jeune femme reste contrainte : "Je fais encore de la webcam, et il arrive qu'on en publie le lien sur des forums, pour qu'on me harcèle. Je ne peux plus faire mon business tranquillement." Mais plus question de laisser passer quoi que ce soit. A la première injure, prévient-elle, "je porte plainte".

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