L'homme suspecté d'avoir envoyé des colis piégés à des anti-Trump plaide coupable

Justice
AUDIENCE - Cesar Sayoc, a plaidé coupable d'avoir envoyé des colis piégés à des personnalités opposées à Trump. Barack Obama, Robert De Niro ou Hillary Clinton avaient été ciblés. Il risque la prison à vie.

Il a plaidé coupable à 65 chefs d'inculpation : un partisan de Donald Trump a reconnu jeudi avoir envoyé 16 colis piégés à des personnalités démocrates, ou opposées au président, pendant la campagne législative américaine en octobre dernier. Par ces aveux il risque la perpétuité.


Aucun des colis n'avait explosé, ni même atteint leur destinataire, mais en visant spécifiquement les démocrates, à dix jours des élections de mi-mandat du 6 novembre, Cesar Sayoc, alias Cesar Altieri, identifié par ses empreintes et son ADN sur les colis, avait contribué à tendre le climat politique américain. 

Bombes artisanales

Parmi les personnalités qu'il avait ciblées figuraient l'ex-secrétaire d'Etat Hillary Clinton, l'ex-président Barack Obama et l'ex-vice-président Joe Biden, l'acteur Robert de Niro, le milliardaire et philanthrope George Soros. Mais aussi des élus démocrates en vue, comme Cory Booker et Kamala Harris. 


L'homme de 57 ans avait été interpellé le 26 octobre après une vaste chasse à l'homme. "J'ai envoyé un total de 16 engins par courrier", a reconnu jeudi à l'audience Cesar Sayoc, en tenue de prisonnier bleu sombre, les cheveux gris tirés en mini-queue de cheval, lisant une déclaration préparée avec ses avocats. "J'ai fabriqué des engins conçus pour ressembler à des bombes artisanales", fabriqués avec "un tuyau en plastique, un réveil numérique et des fils électriques qui lui étaient attachés". Il y avait ajouté "de la poudre pour feux d'artifice" et "des fragments de verre", a-t-il poursuivi. Cet ancien culturiste, étouffant des larmes, a ajouté : "Je sais que mes actions étaient mauvaises et je suis désolé".

Risque la perpétuité

Avec 65 chefs d'accusation, les procureurs fédéraux de Manhattan n'ont pas fait de cadeau à Cesar Sayoc. Il avait été initialement inculpé de 30 chefs d'accusation, qui lui faisaient déjà risquer la prison à vie. En acceptant de plaider coupable, il n'obtient donc pas de garantie de peine plus clémente, même si le juge Jed Rakoff a souligné qu'il ne serait tenu en rien de lui infliger la perpétuité, lors du prononcé de la sentence prévu le 12 septembre prochain.


En attendant de connaître son sort, beaucoup d'informations ont filtré sur son passé. Informations qui, ajoutées à celles ayant émergé ensuite sur Robert Bowers (le tueur de la synagogue de Pittsburgh qui a abattu 11 personnes le 27 octobre), ont alimenté le débat sur la montée de l'extrémisme, la responsabilité des réseaux sociaux, et le rôle de Donald Trump dans l'exacerbation des tensions.  

"Très en colère contre le monde, les Noirs, les juifs, les gays"

En rupture avec sa famille et en faillite financière, Cesar Sayoc, ancien patron d'un club de strip-tease, au casier judiciaire déjà chargé, s'était découvert début 2016 une passion pour Trump, alors en pleine ascension politique. Ses contributions sur les réseaux sociaux s'étaient alors radicalement politisées: casquette rouge au slogan "Make America Great Again", partage d'informations et d'images pro-Trump, et publications d'articles de sites ultra-conservateurs et complotistes.


"Il était très en colère contre le monde, les Noirs, les juifs, les gays", racontait après son arrestation Debra Gureghian, manager d'une pizzeria de Floride où M. Sayoc a travaillé quelques mois.  Cesar Sayoc, qu'un de ses anciens avocats, Ron Lowy, avait jugé en octobre "intellectuellement limité", n'a pas expliqué les raisons de ses actes lors de l'audience de jeudi. Au juge qui lui demandait s'il avait eu l'intention de faire exploser les engins explosifs, il a d'abord répondu "Non, Monsieur". Mais, pressé par le magistrat, il a ensuite ajouté: "J'étais conscient qu'ils pouvaient exploser".

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