Lafarge accusé de déverser des eaux usées dans la Seine, le parquet de Paris ouvre une enquête

Une usine de béton du cimentier Lafarge rejetterait dans la Seine ses eaux usées, peut-être depuis des années. Rejeter des matériaux polluants dans ce fleuve est pourtant illégal. Le parquet de Paris a ouvert une enquête.
Justice

POLLUTION - Deux plaintes ont été déposées contre le cimentier Lafarge, accusé de déverser volontairement les eaux usées d'une de ses usines de béton directement dans la Seine, à Paris. Le parquet de Paris a ouvert une enquête.

Une usine de béton du cimentier Lafarge, située au bord de la Seine à Paris, rejetterait volontairement dans le fleuve ses eaux usées, peut-être depuis des années. D'après Europe 1, qui a révélé l'affaire, on trouve dans ces eaux aux apparences trompeuses de ruisseau translucide, un mélange de particules de ciment, de liquides de traitement et des microfibres de plastique. Un délit de pollution environnementale, à deux pas du parc de Bercy et du ministère de l'Économie. Le parquet de Paris a ouvert une enquête.

Un trou percé dans la cuve de rétention des eaux usées

Interviewé par la radio, Jacques Lemoine, agent de développement de l'Association agréée de pêche et de protection du milieu aquatique (AAPPMA), précise la gravité des faits : "Dans ces cuves, ce sont toutes les eaux et les restes de béton fabriqués dans la journée qui reviennent dans les camions le soir", explique-t-il. La société est ensuite censée traiter ces déchets, c'est une obligation légale. "Or non seulement elle ne le fait pas, mais elle se permet de les rejeter dans la Seine volontairement", affirme M. Lemoine. Une situation d'autant plus grave puisqu'elle concerne "un grand groupe qui a totalement les moyens de faire autrement" pour gérer ces matières entièrement recyclables, selon l'AAPPMA.

Le reversement clandestin se ferait par un trou, grossièrement percé dans la cuve de rétention des eaux usées de l'usine Lafarge. De ce trou s'échappe en continu le liquide polluant, jusque dans la Seine. Le premier signalement effectué par des pêcheurs remonterait à plusieurs années et sur le quai, une couche de ciment séché fait selon Jacques Lemoine, office de preuve. C'est l'équipe de l'AAPPMA qui a découvert ce scandale et prévenu l'Office français de la biodiversité, qui a porté plainte. Les matières déversées seraient en effet hautement nuisibles pour l'écosystème, étouffant les poissons et les algues. Après des constatations réalisées par la police, l’affaire a été transmise à la justice. Mise au courant de l'affaire, la Ville de Paris a porté plainte à son tour, a-t-elle confirmé à LCI.

"C’est un véritable scandale écologique, alors que nous travaillons avec nos partenaires depuis de nombreuses années pour améliorer la qualité du fleuve", a dénoncé plus tard la maire de Paris, Anne Hidalgo. "La Ville de Paris va saisir le procureur de la République pour ces faits graves qui portent atteinte à notre environnement."

Le parquet de Paris a annoncé mardi l'ouverture d'une enquête pour "déversement de substances nuisibles par personne morale, jet ou abandon par personne morale de substances nuisibles et utilisation de produits phytosanitaires sans respecter les conditions d'utilisation". "La poursuite des investigations a été confiée à l'Office français de la biodiversité (OFB)", précise-t-il.

"Accident tout à fait exceptionnel"

Contacté par Europe 1, Lafarge déplore "un accident tout à fait exceptionnel et indépendant de sa volonté". Le cimentier dénonce même un acte de vandalisme, affirme avoir été "victime d’une détérioration manifestement délibérée d’une plaque d’étanchéité qui a entraîné un écoulement temporaire d’eau recyclée dans la Seine", dit vouloir porter plainte. 

Elisabeth Borne, actuelle ministre du Travail et ancienne ministre de l'Ecologie, a confirmé sur LCI que si les faits étaient avérés, ce serait en infraction totale avec la législation en matière de traitements des eaux usées. "Il y a des règles très exigeantes sur les rejets en milieu naturel (...) des sanctions pénales seront nécessaires si c'est prouvé", a-t-elle affirmé, jugeant le sujet "scandaleux".

Sur le même sujet

Les articles les plus lus

Covid-19 : une deuxième vague "pire que la première" ?

CARTE - Voici la liste des 54 départements désormais sous couvre-feu

Passage à l'heure d'hiver : est-ce vraiment la dernière fois ?

EN DIRECT - Covid-19 : le bilan va "s'alourdir dans les prochains jours et semaines, quoi que nous fassions"

Débat Trump/Biden : "C’est incroyable de voir des visions aussi radicalement opposées s’exprimer aussi calmement"

Lire et commenter

Alertes

Recevez les alertes infos pour les sujets qui vous intéressent