Le PDG du groupe Dessange accusé de harcèlement sexuel par une ex-employée

Le PDG du groupe Dessange accusé de harcèlement sexuel par une ex-employée

Justice
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ENQUÊTE - Benjamin Dessange, PDG du groupe du même nom, est placé depuis le 11 juillet sous le statut de témoin assisté pour "harcèlement sexuel" et "appels téléphoniques malveillants" à la suite d'une plainte de l'une de ses anciennes ex-employées, rapporte "Le Monde". Certaines de ses collègues ont aussi témoigné à son encontre.

Annabel Talon, directrice commerciale export du groupe Dessange, avait vingt ans d’ancienneté de maison et sillonnait le monde pour implanter un peu partout la marque de coiffure lorsqu’elle a tout quitté, brusquement. Non pas lassée de son métier, ni pour une autre proposition plus alléchante chez le concurrent, mais à cause des agissements qu'elle accuse son patron d'avoir eu à son égard durant des années. Apprentie coiffeuse de la banlieue de Lyon devenue l’une des salariées phares du groupe, dit avoir été harcelée sexuellement, tout comme plusieurs de ses collègues, par Benjamin Dessange. Elle a porté plainte en 2014 pour "harcèlement sexuel" et "appels téléphoniques malveillants". Ce dernier a été placé sous le statut  sous le statut de témoin assisté le 11 juillet dernier, rapporte Le Monde.

Jusqu'à cent messages par jour

Les premiers faits, raconte-t-elle au Monde, remontent à janvier 2011. Lors d’un séminaire à New York, Benjamin Dessange insiste pour s’asseoir à côté d’elle, puis danse à côté d’elle. De retour dans sa chambre qu’elle partage avec l’une de ses collègues, sans s’être éternisée à la soirée, elle décroche le téléphone. Son patron lui aurait demandé de le rejoindre, avant de lui dire qu’il est fou d’elle. "Tétanisée", elle raccroche. Le lendemain, au petit-déjeuner, il s’assied à côté d’elle et lui aurait lancé : "Annabel, on ne me refuse jamais. Ce soir,  je te glisserai la carte de ma chambre. On se retrouve".


Des messages insistants et réguliers, dont la jeune femme explique en avoir reçu jusqu'à cent par jour. Elle aurait subi aussi des gestes déplacés de sa part en réunion comme "sa langue contre la joue comme pour mimer une fellation", décrit Le Monde. Fin 2012, Annabel Talon est en arrêt maladie, mais reçoit toujours de nombreux messages de son patron. Elle tente de se suicider mais retourne travailler en janvier. Elle accuse Benjamin Dessange d'une nouvelle agression, qui, dans un ascenseur de Tokyo, lui aurait touché "la cuisse et le bas de la fesse". Un peu plus tard à Shanghaï, il la traite de "pute bas de gamme".

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Des sommes d'argent pour garder le silence

Aujourd’hui, la justice n’est pas en possession de tous les messages évoqués par Annabel Talon. Ils ont tous été supprimés, indique Le Monde, tandis que le téléphone de la plaignante est tombé dans les toilettes et que le groupe Dessange n’a retrouvé ni son Blackberry, ni son ordinateur. Ses accusations restent toutefois étayées par des SMS certifiés par huissier et par les témoignages d'ex-salariées. L'une d'entre elles raconte notamment comment elle a claqué la porte après des menaces pour qu’elle cède "à ses avances".


Annabel Talon, comme d'autres de ses collègues, aurait touché une grosse somme d'argent - 103.000 euros dans son cas - pour garder le silence. Elle l'a rompu lorsque, après que son compagnon de l'époque a ouvert son institut de beauté boulevard Malesherbes à Paris, l’un des responsables de L’Oréal, premier partenaire du groupe Dessange, les a poussés à fermer le commerce car trop proche d’un salon du groupe. Une ancienne directrice générale ainsi que le directeur financier du groupe de cosmétique avaient entendu parler de la situation entre Annabel Talon et son PDG.

Des faits contestés par l'accusé

Contacté par Le Monde, Benjamin Dessange "conteste absolument" tous les dires d’Annabel Talon face à la justice, qualifiant ses dires d'"affabulations", plaidant la relation amoureuse avec son ancienne employée. Pour son avocat, Me Richard Koplewicz, interviewé par Le Monde, "tout ceci s’inscrit dans un contexte extérieur même à la plaignante". Ce à quoi répondent les avocats de la plaignante, Mes Maisonneuve et Paredero : "Mais quel intérêt aurait eu Annabel Talon à déposer une plainte, si ce n’est de risquer de perdre ses 100.000 euros d’indemnités ?" Le groupe Dessange a entamé une procédure aux prud'hommes, suspendue dans l'attente d'une précision pénale, précise Le Monde.

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