Le procès de son agresseur débute ce mercredi : le professeur juif attaqué à la machette par un ado de 15 ans l'attend "sans rancœur ni colère"

Justice
DirectLCI
JUSTICE – Benjamin Amsellem a subi une tentative d’assassinat en janvier 2016 à Marseille parce qu’il portait une kippa. Son agresseur, un lycéen radicalisé âgé de 15 ans au moment des faits, sera jugé les 1er et 2 mars devant le tribunal pour enfants de Paris.

Son agression avait suscité une vive émotion. Le 11 janvier 2016 à Marseille Benjamin Amsellem était agressé en pleine rue à cause de sa kippa. Professeur de religion, il se rendait au travail quand un individu avait surgi derrière lui et l’avait frappé à coups de machette. Grâce à l'aide de passants Benjamin Amsellem s’en était sorti avec des blessures légères. Interpellé dans la foulée, l’agresseur s’était révélé être un lycéen radicalisé âgé de 15 ans.


Mis en examen pour tentative d’assassinat aggravée en raison de l’appartenance de la victime à une religion déterminée et en relation avec une entreprise terroriste, Yussuf K. sera jugé les 1er et 2 mars prochain. Agé de moins de 16 ans au moment des faits, il échappe à la cour d’assises et répondra de son acte devant le tribunal pour enfants de Paris. Une situation que déplore Fabrice Labi, l'avocat de la victime. 

En vidéo

Attaque à la machette à Marseille : "L'auteur se serait radicalisé via internet" selon le procureur de la République

"Le tribunal pour enfants est le juge naturel des infractions commises par les mineurs. Généralement, il s’agit d’infractions très peu importantes et il prononce des peines d’admonestation. La capacité de sanction du tribunal pour enfants est bien en-deçà de ce qu’une cour d’assises aurait pu prononcer. On ne peut pas aujourd’hui, à plus forte raison dans les circonstances dans lesquelles nous vivons, se permettre de voir ce genre de comportement insuffisamment réprimandé", nous explique Maître Labi, qui regrette également le huis clos. 


Benjamin Amsellem, lui, attend "sereinement" le procès de son agresseur, sans sentiment de vengeance, selon son avocat. "Il est toujours dans le même état d’esprit sans animosité ni rancœur ni colère", assure-t-il. Alors que son attaque a inquiété la communauté juive – le président du consistoire local avait suggéré par sécurité de ne plus porter la kippa dans la rue –, Benjamin Amsellem a toujours appelé à ne pas céder à la peur ou aux amalgames.

Il ne passe pas une seule nuit normale et n’a pas repris le travail.Maître Labi, avocat de Benjamin Amsellem

Un an  après, le professeur n’en reste pas moins traumatisé par cette tentative d’assassinat. "Au procès, il va crier sa douleur parce que c’est un garçon qui est en pleine reconstruction. Il vit encore de manière très compliqué. Il ne passe pas une seule nuit normale et n’a pas repris le travail", raconte Fabrice Labi. 


Et Yusuf K, lui, dans quel état d’esprit est-il aujourd’hui ? Pas de réponse de son avocat, Me Murgulia, qui a opté pour le silence depuis le début de l’affaire. En janvier 2016, les motivations du jeune homme ne faisaient en tout cas aucun doute. L’adolescent turc d’origine kurde, arrivé en France à l’âge de 11 ans, se réclamait alors de l'organisation Etat islamique. Il avait déclaré agir "au nom d'Allah" et vouloir "planter les juifs et les policiers", qualifiés de "mécréants".

En vidéo

Attaque à la machette à Marseille : l'auteur prévoyait aussi de s'en prendre à des policiers

De sa prison, il a depuis exprimé des remords. "Il y a des mots d’apaisement, de regrets, d’amendement. Il dit : 'Je ne sais pas ce qui m’a pris'. Mais cela nous interpelle parce que cela arrive vraiment très peu de temps avant le procès", déclare Maître Labi qui s’interroge sur la sincérité du jeune homme. Ce dernier encourt une peine pouvant aller jusqu'à 20 ans de prison.

Sur le même sujet

Plus d'articles

Lire et commenter