Levothyrox : "C’est une audience d’action collective qui va réunir à terme au moins 2.500 personnes"

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JUSTICE – L’action collective engagée contre le laboratoire Merck dans l'affaire du Levothyrox compte près de 8.000 inscrits et plus de 500 dossiers ont déjà été transmis à la justice. Une première audience, technique, a lieu mardi devant le tribunal d'instance de Lyon. Un moment attendu par les milliers de patients qui se disent victimes des pratiques du laboratoire.

Une avancée ce mardi dans le dossier Levothyrox ? Un pas de plus en tout cas pour les nombreux plaignants… Une première audience, technique, est prévue  ce mardi 19 décembre à 9 heures devant le tribunal d'instance de Lyon. Dite de "mise en état" et par nature très brève, celle-ci doit fixer le calendrier de cette procédure civile qui se distingue de l'enquête pénale instruite par le pôle santé du TGI de Marseille, où d'autres plaintes ont été déposées. 


Le 24 octobre, Me Christophe Lèguevaques, avocat toulousain qui représente de nombreux plaignants, avait assigné Merck à Lyon, où le groupe allemand a son siège français, en déposant les 108 premiers dossiers de cette action collective. A la veille de l’audience prévue ce mardi 19 décembre, il revient sur cette affaire. 

LCI : L’affaire dite Levothyrox n’est pas simple. Comment l’expliqueriez-vous au grand public ?

Me Christophe Lèguevaques : Le Levothyrox est un médicament. Et il est important de rappeler qu'il n’est pas un médicament de confort mais est un médicament vital pour les malades de la thyroïde. Ces personnes sont obligées de prendre ce médicament tous les matins, à jeun, et ce, pendant toute leur vie. Le Levothyrox, en terme scientifique s’appelle un médicament à marche thérapeutique étroite, cela veut dire que si vous dépassez de quelques microgrammes le traitement qui est bénéfique pour vous, cela devient un problème et cela peut vous mettre tout le corps en vrac. 

Toute modification de la composition du médicament, aussi infime soit-elle, peut entraîner dans 3 à 10% des cas des problèmes pour les personnes qui le prennent.  Je rappelle que 3 à 10% de 3 millions, cela peut faire jusqu’à 300.000 personnes concernées. 

En mars dernier, Merck a souhaité modifier les excipients. Là où il y avait depuis 30 ans du lactose sans qu’il y ait le moindre problème , on a décidé manu militari de remplacer le lactose par du mannitol. Cette modification a été plutôt bien supportée par la grande majorité des malades… Mais pour 10% d’entre eux, cela a entraîné de très graves conséquences médicales allant des crampes aux maux de tête, en passant par une fatigue intense, des vertiges ou encore des pertes de cheveux…Certaines personnes  ont même été hospitalisées pour des problèmes cardiaques graves. 

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Le Levothyrox provoque-t-il de nouveaux effets secondaires ?

LCI : L’audience de demain est une audience technique. Qu'en attendez-vous ?

C’est une audience d’action collective qui va réunir à terme au moins 2.500 personnes, peut-être beaucoup plus avec la mobilisation qui est en marche. Mardi, nous allons savoir à quelle date nous plaiderons le dossier. Cela va permettre de vérifier si la justice sait répondre rapidement aux attentes des plaignants. 

Sachant que les personnes concernées sont nombreuses, sachant que le dossier nécessite une importante analyse de la part du laboratoire Merck et un travail conséquent pour les avocats et pour le tribunal, je ne pense pas que les plaidoiries pourront avoir lieu avant septembre 2018. 

LCI : Aujourd'hui plus de 500 assignations ont été déposées au tribunal. La date limite de dépôt, fixée au 1er décembre, a été repoussée au 15 février. Peut-il y en avoir beaucoup plus ?

Nous avons en effet 500 assignations déposées et 2.000 autres sont en attente de l'être. A terme, il y aura très certainement entre 3.000 et 5.000 patients en procédure. Mardi, le tribunal va arrêter une bonne fois pour toute un calendrier impératif entre les parties. Nous devrons respecter ce calendrier et pour ma part, j’aurai l’obligation de communiquer tous les dossiers qui me seront parvenus avant le 15 février. Il sera bien sûr encore possible de saisir le juge après cette date mais cela décalera d’autant les audiences. 


LCI : Il existe aujourd’hui cinq médicaments alternatifs au Levothyrox, comme le Thyrofix, du laboratoire suisse Unifarma, déjà commercialisé en Grèce et aux Pays-Bas, et disponible en France depuis le 6 décembre… Pourquoi ne pas y avoir systématiquement recours ? 

Il existe certes des alternatives. Mais on oublie de nous préciser qu’à chaque fois qu’un patient change de médicaments, et donc de fabricants, il doit faire une analyse de la tsh (thyréostimuline, hormone de contrôle) ce, pendant plusieurs mois. Le traitement est complètement déréglé et il faut ensuite le réguler sur plusieurs semaines voire plusieurs mois. Avec à chaque fois bien sûr des conséquences sur la santé, une fatigue très importante, une impossibilité parfois de travailler… Pourquoi contraindre des milliers de personnes, à qui un médicament convenait parfaitement, qu’il prenait depuis parfois trente ans, en l’occurrence le Levothyrox, à tout cela et sans les prévenir ? Faut-il les obliger à passer par cette phase critique pendant plusieurs mois alors que l’on peut l’éviter ?

LCI : Quelles sont les réponses concrètes que vous avez aujourd’hui ? 

Face à nous, nous avons deux interlocuteurs sourds, le ministère de la Santé qui nous dit que nous avons des alternatives. Certes mais qui posent des problèmes.... Et de l’autre, un laboratoire qui refuse de continuer à fabriquer un médicament dans sa formule traditionnelle… Il existe en France, à Bourgoin-Jallieu, une usine qui fabrique du Levothyrox pour le marché italien. Pourquoi ne pas accroître la production de cette usine pour rendre service à ces 100.000, 200.000 ou 300.000 personnes qui le demandent. J’ai posé la question au ministre il y a deux mois et je n’ai toujours pas de réponse. Je ne comprends pas que l’on ne prenne pas le temps de nous expliquer pourquoi. 


LCI : Comment se soignent aujourd’hui ces 100.000 à 300.000 personnes ? 

Elles jonglent un peu avec tout. Il y en a beaucoup qui vont se fournir malheureusement à l’étranger dans des conditions plus ou moins sûres. On a pu constater avec beaucoup d’effroi qu’il y avait de ventes de produits sur Internet. C’est fou. On cherche aujourd’hui à assurer la santé publique, pas à assurer l’enrichissement des passeurs . Et tout cela parce qu’il y a eu un défaut d’information et un défaut de dialogue à la fois de Merck et des pouvoirs publics. 

LCI : L’intervention publique d’Anny Duperey, atteinte depuis douze ans de troubles de la thyroïde, vous a-t-elle aidé ? 

Son intervention a permis de cristalliser une situation et de donner un visage avenant et connu à une situation qui était vécue par des dizaines de milliers de personnes. Anny Duperey a apporté son poids médiatique pour faire avancer les choses et permettre très certainement de les accélérer. 

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Levothyrox : Anny Duperey, son coup de gueule contre Merck

LCI : Vous réclamez  une indemnité forfaitaire de 10.000 euros pour la réparation des préjudices moraux. Comment cette somme a-t-elle été calculée ? 

Nous avons considéré que de mars 2017 à octobre 2017, les personnes qui n’ont pas reçu d’information ont eu un double préjudice : soit 5.000 euros pour le défaut d'information et 5.000 euros pour le préjudice d'angoisse. Nous avons volontairement pour le moment limité les demandes au préjudice moral. Pour les malades qui ont été le plus gravement atteints, qui ont été hospitalisés, qui ont dû arrêter de travailler, il y aura une procédure distincte où seront demandés des préjudices corporels. 

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