Main d’un Gilet jaune arrachée devant l’Assemblée : le parquet ouvre une information judiciaire

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ENQUÊTE - Une information judiciaire a été ouverte par le parquet de Paris pour "violences volontaires ayant entraîné une mutilation ou une infirmité permanente" et commises par une personne dépositaire de l'ordre public, afin de faire la lumière sur la mutilation d’un Gilet jaune.

C’était durant l’acte XIII. Le 9 février dernier, Sébastien Maillet, plombier de profession, âgé de 30 ans, manifestait parmi les Gilets jaunes devant l’Assemblée nationale. Il y a laissé sa main, arrachée par l’explosion d’une grenade de type Cli-F4 tirée par un gendarme mobile. Neuf mois plus tard, une information judiciaire a été ouverte par le parquet de Paris pour "violences volontaires ayant entraîné une mutilation ou une infirmité permanente" et commises par une personne dépositaire de l'ordre public, afin de déterminer les circonstances exactes de cet événement, révèle L’Express.

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 Car, comme souvent dans ce type d’affaires, les versions divergent. Le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, avait donné celle-ci : "Les gendarmes se sont retrouvés encerclés face à une foule très hostile et ils ont voulu se désencercler. Un manifestant a voulu prendre dans la main cette grenade et elle a explosé." Même son de cloche du côté de son secrétaire d’État, Laurent Nunez, qui avait, en outre, ainsi chargé le manifestant : "Au visionnage des vidéos sur les réseaux sociaux, on voit très clairement que la grenade s'immobilise et il la prend pour la jeter sur les forces de l'ordre."

Sébastien Maillet avait, lui, donné la sienne à l’émission "Quotidien" de TMC, depuis son lit d’hôpital, juste après son opération, une semaine après le drame : "À la base, je ne savais pas que c'était une grenade. Si j'avais su que c'en était une, je me serais écarté même. Sur le moment je ne sais pas pourquoi, je tends le bras. Je suis un peu aveuglé par le lacrymo et je vois juste flou. Je vois un projectile qui arrive vers moi. Ça explose."

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EXCLU - "Je ne savais pas que c'était une grenade", rencontre avec Sébastien Maillet, le manifestant à la main arrachée par une grenade

Une version corroborée par un témoin direct, interrogé juste après les faits par l'AFP, affirmant avoir vu Sébastien Maillet recevoir "une grenade de désencerclement au niveau de son mollet. Il a voulu mettre un coup de main dedans pour ne pas qu'elle explose vers sa jambe et elle a pété quand il l'a touchée". Pour son avocat, Me Arié Alimi, défenseur de plusieurs Gilets jaunes, "l'usage des GLI-F4 (les grenades de désencerclement alors utilisées, ndlr) n'était en tout état de cause ni absolument nécessaire ni proportionné au trouble à faire cesser". Ce que la justice devra précisément déterminer.

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Selon le décompte du journaliste indépendant  David Dufresne, le plombier fait partie des cinq personnes ayant eu la main arrachée dans le cadre du mouvement de contestation. Et le travail des derniers mois de l'Inspection générale de la police nationale (IGPN, ou "police des polices") sur les violences policières fait débat. Ainsi, après qu’elle a classé sans suite une autre affaire de main de Gilet jaune arrachée, celle d’Antoine Boudinet, par l’explosion d’une grenade lacrymogène assourdissante GLI-F4 le 8 décembre à Bordeaux, le parquet général avait, déjà, ouvert une information judiciaire, revenant sur ce classement. L’avocat du plaignant avait alors salué une décision qui "va enfin permettre d'avoir une investigation impartiale".

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