Meurtre de la policière Aurélie Fouquet : le braqueur Redoine Faïd et ses co-accusés vont-ils briser la loi du silence ?

Meurtre de la policière Aurélie Fouquet : le braqueur Redoine Faïd et ses co-accusés vont-ils briser la loi du silence ?
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PROCÈS – Huit hommes sont de nouveau jugés à partir de mardi devant la cour d'assises de Paris pour le projet avorté d'un braquage, en mai 2010, qui s'était achevé dans le sang avec la mort d'Aurélie Fouquet, une jeune policière municipale de 26 ans. Parmi eux, Redoine Faïd, considéré comme le cerveau de l'opération et le "dénominateur commun" des accusés.

Lors du premier procès fleuve, le silence avait fait loi. A partir de mardi, quelques grands noms du banditisme français vont se retrouver devant la cour d’assises de Paris. Huit hommes poursuivis pour des faits aussi lourds que leurs casiers judiciaires : un projet de braquage avorté, en 2010, qui s'était soldé par la mort d’Aurélie Fouquet, une policière municipale. Trois des prévenus, Rabia Hideur, Baba Daouda et Olivier Tracoulat - qui est présumé mort et jugé en son absence - sont poursuivis pour son meurtre et encourent la réclusion criminelle à perpétuité. Les autres – parmi lesquels le très médiatique Redoine Faïd – sont accusés de plusieurs crimes et délits, dont la tentative de vol en bande organisée et l’association de malfaiteurs.


Le 20 mai 2010, une patrouille de police, intriguée par deux traces d'impacts de balles visibles sur la carrosserie d’un Renault Trafic à Créteil, avait décidé d’en contrôler les occupants. Les forces de l'ordre allaient faire dérailler les plans d'un commando prêt à attaquer un fourgon blindé. "Ils nous tirent dessus ! Urgent !", lanceront quelques minutes plus tard sur les ondes les policiers engagés dans une course-poursuite folle sur l'A4. Après avoir semé les agents, les fuyards cagoulés, surarmés et équipés de gilets pare-balles s'étaient engagés en direction d'un carrefour de Villiers-sur-Marne, où ils avaient percuté une voiture. Alors qu’ils abandonnaient leur véhicule en y mettant le feu pour en braquer un autre, une voiture de la police municipale arrivait sur place. Les balles avaient plu. Pour le coéquipier d’Aurélie Fouquet, cela ne faisait aucun doute : "Ils voulaient tuer du flic. Ils étaient déterminés. Ils nous ont tiré dessus dès qu'on est arrivés". La jeune fonctionnaire de 26 ans sera grièvement blessée à la tête. Elle décèdera quelques heures après son transfert à l'hôpital, laissant derrière elle un petit garçon de 14 mois.

Explications rocambolesques

Chez les suspects arrêtés peu de temps après, des pistolets mitrailleurs, des grenades, des cagoules et des brassards de police seront retrouvés. Dans cette bande de "braqueurs des cités", exaltés par les films de gangsters américains, un seul parlera :  Malek Khider reconnaîtra avoir fait partie de cette équipe qui projetait de braquer un fourgon. L’homme expliquera ne pas avoir participé à la fusillade, prenant place à bord des deux autres véhicules censés escorter le convoi. 


Durant les sept semaines de débats du premier procès en 2016, les accusés s'étaient empêtrés dans des explications rocambolesques : certains avaient dit être tombés de manière fortuite sur une fourgonnette remplie d’armes et d’argent lors d'une sortie VTT dans les bois, l'ancien braqueur Redoine Faïd avait assuré que s'il s'était retrouvé sur des images de vidéosurveillance compromettantes, c'était suite à une "erreur" doublée d'un malencontreux hasard... "On nous prend pour des cons", avait lâché l’avocat des proches d'Aurélie Fouquet, Laurent-Franck Lienard.

"J'ai tiré sur les condés"

La vérité, tant espérée par la famille, n’avait finalement jamais éclaté au grand jour. A défaut, la cour s’était chargée de "dépasser les silences" et de distribuer les rôles. Redoine Faïd, truand multirécidiviste et se déclarant repenti sur les plateaux-télé, avait été présenté comme "le dénominateur commun" des accusés et condamné à 18 ans de prison. Depuis le procès, la quadragénaire a également écopé de 10 ans de réclusion pour sa spectaculaire évasion de la prison de Lille-Séquedin en 2013, et à 18 ans de prison pour l'attaque d'un fourgon blindé dans le Pas-de-Calais en 2011. Il a fait appel des deux condamnations.


Daouda Baba et Olivier Tracoulat avaient eux été reconnus coupables du meurtre d'Aurélie Fouquet et avaient écopé de 20 et 30 ans de prison. Le frère de Redoine Faïd, Fisal, identifié par un témoin mais qui avait pris la fuite en Algérie, avait également été condamné par la justice algérienne à 20 ans pour l'homicide. 

Face à l'émotion de la mère de la victime à la barre, Jean-Claude Bisel, le doyen de la bande, avait promis qu'il parlerait. Mais il avait par la suite simplement raconté que le soir des faits, Olivier Tracoulat lui avait confié : "J'ai tiré sur les condés". Chargeant ainsi le seul homme présumé mort. Les révélations s'étaient arrêtées là et la loi du silence avait repris ses droits. Elle pourrait de nouveau être convoquée à la barre de ce procès en appel, qui se tiendra jusqu'au 13 avril. 

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