Meurtre de Mireille Knoll : le parquet demande un procès pour crime antisémite

Meurtre de Mireille Knoll : le parquet demande un procès pour crime antisémite
Justice

PROCES - Le parquet de Paris a demandé que le meurtre de Mireille Knoll, en 2018, soit requalifié en crime à caractère antisémite.

Le parquet de Paris réclame un procès aux assises pour crime à caractère antisémite contre les deux hommes soupçonnés du meurtre de Mireille Knoll. Le corps de cette femme de 85 ans, atteinte de la maladie de Parkinson, avait été trouvé lardé de 11 coups de couteau et partiellement carbonisé dans son appartement d'une HLM, dans l'est parisien. Deux suspects avaient rapidement été identifiés : Yacine Mihoub, le fils d'une voisine aujourd'hui âgé de 30 ans et qui connaissait l'octogénaire depuis l'enfance, et Alex Carrimbacus, un marginal de 24 ans aux antécédents psychiatriques. Ils s'étaient connus en prison.

Dans son réquisitoire définitif, révélé par Le Parisien, le parquet demande notamment qu'ils comparaissent pour "homicide volontaire sur personne vulnérable et à raison de l'appartenance vraie ou supposée de la victime à une religion", a indiqué ce jeudi le ministère public. Reste à savoir désormais si les juges d'instruction suivront ou non l'analyse du parquet sur le caractère antisémite de cette affaire qui avait suscité une vive indignation, un an après le meurtre à Paris de Sarah Halimi, une sexagénaire juive jetée de son balcon.

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Alex Carrimbacus "conteste fermement le crime"

La circonstance aggravante de l'antisémitisme avait été retenue par le parquet en s'appuyant sur les premières déclarations du plus jeune des suspects. Il y a un an, une confrontation et une reconstitution avaient été organisées sans permettre de faire la lumière sur les faits. "C'est une satisfaction de voir le parquet reconnaître que Mireille Knoll était à la fois une vieille dame et une femme juive et qu'elle a bien été tuée pour ces deux raisons", a réagi Gilles-William Goldnadel, avocat de la famille Knoll. 

Karim Laouafi, conseil d'Alex Carrimbacus, s'est dit "surpris par la teneur des réquisitions qui mettent les deux mis en cause sur le même plan". "L'hypothèse du parquet, c'est qu'ils auraient pu frapper tous les deux la victime mais on ne peut pas raisonner sur de simples hypothèses dans une affaire aussi grave. Mon client reconnaît sa responsabilité sur certains éléments mais il conteste fermement le crime", a-t-il ajouté.

Les avocats de Yacine Mihoub, Fabrice de Korodi et Charles Consigny, ont estimé que le caractère antisémite "n'a toujours tenu qu'aux déclarations changeantes et invraisemblables du deuxième suspect" et que la "seule responsabilité" de leur client "est d'avoir laissé pénétrer Alex Carrimbacus dans l'appartement de Mireille Knoll".

Des versions des faits qui divergent

Selon Alex Carrimbacus, Yacine Mihoub, très alcoolisé, a d'abord porté Mireille Knoll dans sa chambre, pendant que lui restait dans le salon, selon des procès-verbaux. Il raconte qu'elle l'a ensuite appelé et que, lorsqu'il est arrivé dans la pièce, il a vu son camarade la poignarder à plusieurs reprises, notamment à la gorge.

De son côté, Yacine Mihoub affirme qu'il a entendu Mireille Knoll crier le nom de son acolyte et qu'il l'a vu, de l'entrée de la chambre, porter des coups de couteau, également à la gorge. La mère de Yacine Mihoub, notamment soupçonnée d'avoir nettoyé le couteau ayant potentiellement servi au crime, est également sous la menace d'un procès. Le parquet souhaite qu'elle soit jugée pour "altération ou destruction de  preuve". Les versions divergent aussi sur les instants précédant le meurtre. Mihoub affirme avoir invité Carrimbacus chez sa voisine pour "passer un bon  moment" et qu'ils se sont disputés quand le plus jeune a commencé à voler des affaires.

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Alex Carrimbacus soutient, au contraire, que Mihoub l'a appelé pour un "simple cambriolage" mais qu'il a pu vouloir se venger de Mireille Knoll car il la tenait pour responsable d'une précédente condamnation qui l'avait empêché d'assister aux obsèques de sa soeur. Cet homme avait été condamné pour l'agression sexuelle de la fille de l'aide à domicile de Mireille Knoll, âgée de 12 ans. Il était sorti de prison en septembre 2017. A propos d'un éventuel mobile antisémite, Carrimbacus a varié dans ses déclarations et les deux suspects ont minimisé cet aspect face aux juges.

Alex Carrimbacus a néanmoins affirmé lors de la confrontation que Mihoub avait déclaré face à la victime que "les juifs étaient friqués", en ajoutant que cette dernière avait été "étonnée, sans plus".

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