Meurtre de Patricia Bouchon à Bouloc : l'unique suspect sera-t-il libéré ce jeudi ?

Meurtre de Patricia Bouchon à Bouloc : l'unique suspect sera-t-il libéré ce jeudi ?

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JUSTICE – Sept ans après le meurtre de Patricia Bouchon, mère de famille de 49 ans partie le 14 février 2011 faire un jogging à Bouloc (Haute-Garonne)et retrouvée morte un mois et demi après, le seul et unique suspect dans cette affaire pourrait être remis en liberté ce jeudi après que le parquet général a requis un non-lieu le 18 janvier dernier. Mis en examen pour « homicide volontaire », Laurent Dejean est incarcéré depuis février 2014.

La décision de l'avocat général de la chambre d'instruction de la cour d'appel de Toulouse, Pierre Bernard, avait été considérée comme "un coup de massue" pour la famille de la victime et comme un  "véritable soulagement" pour le seul suspect dans cette affaire et sa défense. Sept ans après le meurtre de Patricia Bouchon à Bouloc en Haute-Garonne, le meurtrier présumé mis en examen pour "homicide volontaire" et incarcéré depuis février 2014 alors qu’il avait 34 ans, pourrait être remis en liberté ce jeudi 15 février 2018. 


Le 18 janvier dernier, le parquet général a en effet requis un non-lieu en faveur de Laurent Dejean.  Le parquet général, qui s'était pourtant toujours opposé à la remise en liberté de ce plaquiste présenté comme "psychotique" pendant l'enquête malgré les demandes répétées de ses avocats, est ainsi allé à l'encontre du juge d'instruction qui avait renvoyé le principal suspect aux Assises. 


 "L'arrêt de la chambre d'instruction a été mis en délibéré au 15 février et mon client pourrait sortir dès cette date s’il va dans le sens de l’avocat général qui s’est rallié à notre thèse. A savoir : qu’il n’y a pas suffisamment d’éléments pour accuser Monsieur Dejean", indique Guy Debuisson, avocat de Laurent Dejean contacté mardi par LCI. 

"Un dossier de 47 000 feuillets, pas de preuve"

Secrétaire dans un cabinet d'avocats toulousains, Patricia Bouchon, 49 ans, était partie le 14 février 2011 vers 4H30 du matin faire son jogging autour de Bouloc, à 25 km au nord de Toulouse (Haute-Garonne). Son corps avait été retrouvé un mois et demi après, vertèbres et crâne enfoncés, un gant en latex enfoncé dans la gorge. Son meurtrier avait aussi essayé de l'étrangler mais aucun abus sexuel n'avait pu être mis en évidence.


Dans le cadre des investigations menées, Laurent Dejean avait été gardé à vue à deux reprises avant d'être finalement interpellé le 9 février 2014 puis mis en examen pour "homicide volontaire" et écroué.  Lors de sa mise en examen, le suspect avait été présenté comme "psychotique", ayant déjà subi des hospitalisations d'office et des "traitements très lourds". Il était aussi adepte des "paradis artificiels, alcool et toxiques divers", selon le parquet. Il avait demandé un arrêt de travail, dix jours après le meurtre, pour suivre des soins psychiatriques, et n'avait pas repris son emploi.


"Aujourd’hui, mon client est très optimiste, car il est rare qu’un avocat général prenne cette décision. L’instruction a été très longue. Le dossier fait 47 000 feuillets. Mais les preuves ne sont pas là, poursuit Me Debuisson. D’abord, l'ADN retrouvé sur la victime est celui d'un homme mais pas celui de Monsieur Dejean. Or on sait qu’il y a eu des contacts très violents entre l’agresseur et la victime, des touffes de cheveux ont été retrouvées sur le chemin.... Ensuite, la voiture aperçue sur les lieux était une Clio grise alors que celle de mon client était blanche. Mon client n’a pas ailleurs jamais été reconnu par celui qui avait permis aux enquêteurs de faire le portrait-robot" en 2013. Enfin, des voisins du lieu de l’agression ont entendu des cris le 14 février, en l’occurrence, un homme dire « Excuse-moi, je n’ai pas voulu ça », ça les a réveillés. Aucun des témoins n’a reconnu dans ces hurlements la voix de Monsieur Dejean. Par ailleurs, ces phrases ont été dites avec l’emploi du tutoiement, tutoiement qui n’aurait pas été utilisé entre mon client et Madame Bouchon". 


Selon Me Debuisson, son client pense bien sortir de prison ce jeudi 15 février 2018. Et il est déjà prêt à reprendre ses activités et à profiter à nouveau de la vie. "Il rêve d’une bonne entrecôte et de partir à la pêche et à la chasse comme il le faisait avant", ajoute son avocat.

"Garder confiance en la justice"

Pour la famille de la victime la remise en liberté de Laurent Dejean serait très dure à supporter. En janvier dernier, la fille de la victime, Carlyne Bouchon, s’était dite "surprise" par cette réquisition mais avait précisé vouloir garder "confiance dans le travail de la justice".  " Il est difficile d'imaginer que tout va s'arrêter", avait-t-elle dit à l'AFP, évoquant le travail des enquêteurs. Pour elle, "ce serait surprenant que les juges décident ce non-lieu. C'est même inimaginable".


Dans une interview au Parisien, quelques jours après que le non-lieu a été requis, Christian Bouchon, le mari de Patricia avait déclaré : "un avocat général qui n'est pas au côté des victimes, j'avoue ne pas comprendre ».  Au sujet de Laurent Dejean, il avait ajouté : « Si ce n'est pas ce suspect, il n'était pas bien loin de là où Patricia a été tuée. Il a au moins vu quelque chose. J'ai besoin d'un procès pour qu'il réponde à toutes ces questions. Car il doit s'expliquer".


Enfin, il avait précisé : « Si le non-lieu devait être confirmé, nous irions en cassation. Il me faut des réponses que je n'ai toujours pas. Si le suspect devait être aussi remis en liberté à l'issue, ce serait une décision de la conscience des juges ». 

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