Meurtre de Sarah Halimi : une nouvelle contre-expertise conclut à l'irresponsabilité du suspect

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JUSTICE - Le meurtrier présumé de Sarah Halimi pourrait-il éviter un procès ? Une troisième expertise psychiatrique a conclu à l’irresponsabilité de Kobili Traoré au moment du meurtre de sa voisine, une sexagénaire juive, en avril 2017. La juge d’instruction pourrait ordonner un non-lieu, ce que craignent les parties civiles.

Kobili Traoré était-il responsable de ses actes lorsqu’il a tué Sarah Halimi, sa voisine, dans la nuit du 3 au 4 avril 2017 ? A cette question essentielle pour le dossier, une nouvelle contre-expertise pratiquée sur le suspect répond par la négative, concluant à "l'abolition du discernement" au moment des faits, a appris l’AFP de source proche du dossier lundi 18 mars.


Cela va bientôt faire deux ans que Kobili Traoré s'était introduit chez sa voisine Lucie Attal, sexagénaire juive  - aussi appelée Sarah Halimi - au troisième étage d'une HLM de Belleville. Aux cris d'"Allah Akbar", entrecoupés d'insultes et de versets du coran, ce jeune musulman l'avait rouée de coups avant de la précipiter dans la cour.

Cette troisième expertise affirme que le suspect ne souffre pas de maladie mentale mais qu'il a été pris d'une "bouffée délirante aiguë d'origine exotoxique", selon cette source.    "Je ne suis pas surpris, ça correspond à ce que j'ai toujours dit concernant l'irresponsabilité de mon client. C'est bien que les experts le redisent", a réagi auprès de l'AFP Me Thomas Bidnic, l'avocat de M. Traoré.


Le suspect a été interné après son arrestation. La première expertise psychiatrique concluait que, la nuit du meurtre, il avait été pris d'une "bouffée délirante aiguë", liée à une forte consommation de cannabis, qui avait altéré son discernement sans pour autant l'abolir. Mais une première contre-expertise concluait au contraire à l'irresponsabilité pénale de Kobili Traoré, mis en examen pour meurtre, et la juge avait ordonné une troisième expertise.

La perspective d’un procès compromise

"C'est une conclusion (pour cette troisième expertise, NDLR) très curieuse. On nous dit qu'il n'a aucune maladie mentale et qu'il n'a connu qu'une bouffée délirante qu'au moment des faits", s'est étonnée auprès de l'AFP Me Caroline Toby, avocate des trois enfants de la victime.


Les parties civiles craignent que ces contre-expertises conduisent la juge d'instruction à ordonner un non-lieu. Une éventuelle décision en ce sens de la magistrate pourrait encore faire l'objet d'un recours devant la cour d'appel de Paris.


"Comme les enfants et la famille de Sarah Halimi, nous attendions ce procès pour que justice leur soit rendue et pour que l'antisémitisme qui tue en France aujourd'hui soit aussi sur le banc des accusés", a réagi le Crif (Conseil représentatif des institutions juives de France) dans un communiqué, souhaitant que soit laissée à un "jury populaire" d'assises "la possibilité de trancher le débat d'experts".

Ne pas juger son assassin reviendrait à tuer Sarah Halimi une seconde foisFrancis Kalifat, président du Crif

Le caractère antisémite avait été retenu par la juge d'instruction, à l'issue d'un bras de fer avec le parquet et les parties civiles car les circonstances du meurtre de cette ancienne directrice de crèche confessionnelle, juive orthodoxe de 65 ans, avaient d'abord semblé confuses.

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