Michel Neyret évoque ses relations avec ses indics et admet avoir été un "peu jobard"

Justice
EXPLICATIONS - Michel Neyret a accordé une interview au Parisien dans laquelle il se confie sur ses relations avec ses indics. A la veille de la sortie de son livre "Flic", l'ancien fonctionnaire de la police judiciaire de Lyon revient sur les erreurs de parcours qui lui ont valu huit mois de prison ferme.

Longtemps adulé, finalement révoqué, puis condamné le 5 juillet à une peine aménageable de 30 mois de prison, Michel Neyret traine désormais la réputation d'un flic corrompu. L’ex-numéro 2 de la police judiciaire de Lyon, décoré en 2004 de la Légion d’honneur et respecté de tous pour avoir résolu de "belles affaires", sortira le 1er octobre Flic (éditions Plon). Un ouvrage dans lequel il retrace son parcours professionnel et dénonce "l’acharnement" dont il estime être victime. 


Dans un entretien accordé au Parisien, l’ex super flic se confie sur ses relations avec ceux qu’il appelait ses "amigos", ses indics. "Nous étions très proches, parce que c’est inévitable. Quand vous rencontrez ces gens toutes les semaines, tous les mois, pendant des années, un lien humain et personnel s’établit", explique-t-il pour justifier cette proximité qui l’a poussé à accepter des voyages, des cadeaux ou encore, des bijoux de luxe en échange de services. "Il faut cultiver une vraie complicité qui passe par de petites choses : Comment va ta femme ?, faire un cadeau à la naissance d’un enfant, etc". En outre, bien plus que des indicateurs, les "amigos" de Michel Neyret étaient bien des amis. Des amis qui lui donnaient des informations, et qui au fil du temps, l’ont couvert de cadeaux hors de prix en échange de son silence. 

J’ai été un peu jobardMichel Neyret au Parisien

Car si un indic peut vouloir collaborer avec les autorités pour l’aspect financier ou "se venger d’un clan adverse", il arrive également qu’il cherche à "faire plaisir à un policier parce qu’il sait que si, demain, il a un problème judiciaire, le policier fera tout pour obtenir du magistrat un traitement bienveillant (…) J’avais des relations très fortes avec les magistrats, et je ne les ai jamais floués". Mais jusqu’où peut aller un policier pour obtenir des informations ? "Le meilleur moyen de combattre la drogue ou le terrorisme, c’est l’infiltration, estime l’ancien policier. Moi, ça ne me choquait pas de donner deux ballots (un ballot contient une vingtaine de kilos et vaut entre 20 000 et 40 000 euros, précise le quotidien) de cannabis à un trafiquant pour qu’il m’apporte de l’information". 


S’il considère qu’aucun bon flic ne peut se passer d’indics, Neyret reconnait néanmoins qu’il a fini par "flirter avec les limites". "C’est la première fois que je me faisais payer un voyage par un informateur, que je roulais dans une voiture de luxe, que j’allais manger dans de grands restaurants. J’ai été un peu jobard, j’aurais dû sentir que j’étais manipulé. Mais avec mon statut, un sentiment de toute-puissance… Ma méfiance s’est estompée avec le temps. J’ai dérivé, j’ai été sanctionné". A 60 ans, cinq ans après avoir été "cueilli" par les autorités à son domicile, Michel Neyret estime tout de même que sa carrière a fait "du bien à la société", même si "les six derniers mois" ont été moins "honorables". 

VIDEO - Michel Neyret écope de 2,5 ans de prison, mais n'ira pas en détention

En vidéo

L'ex-superflic Michel Neyret écope de 2,5 ans ferme mais n'ira pas en prison

Lire aussi

Sur le même sujet

Plus d'articles

Lire et commenter