L’affaire Seznec relancée ? Retour sur l’une des sagas les plus emblématiques de la justice française

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PÉRIPÉTIES – Selon nos informations, un nouvel os a été retrouvé dimanche à Morlaix (Finistère), au lendemain d'une première découverte lors de fouilles dans la maison où vivait la famille de Guillaume Seznec, condamné en 1924 pour le meurtre de Pierre Quémeneur alors qu’il se disait innocent. De quoi, peut-être, relancer une nouvelle fois l’une des affaires les plus emblématiques de l’histoire de la justice française.

Près d’un siècle de rebondissements pour une histoire devenue quasiment légendaire. Considérée comme l’une des affaires judiciaires les plus importantes de l’époque moderne, le feuilleton Guillaume Seznec pourrait bien être à nouveau relancé. Et pour cause : selon nos informations, un deuxième os a été retrouvé par la police dimanche à Morlaix (Finistère), au lendemain d'une première découverte similaire, lors de fouilles d'abord privées menées dans l’ancienne maison où vivait la famille de celui qui, alors qu’il a clamé son innocence tout au long de son existence, fut condamné en 1924 pour le meurtre de Pierre Quémeneur un an plus tôt.

L’ossement découvert, une tête de fémur selon le médecin légiste, est-il un reste de Quémeneur, dont le corps n’a jamais pu être retrouvé ? Impossible à dire pour l’instant. Des enquêteurs de la police scientifique ont été envoyés sur place afin de poursuivre ces recherches initialement motivées par la révélation, en 2015, du témoignage inédit de l'un des enfants du couple Seznec, âgé de 11 ans au moment des faits, qui suggérait que sa mère pourrait avoir joué un rôle dans la mort de Pierre Quémeneur. En attendant leurs avancées qui permettraient peut-être de rouvrir cet épais dossier, LCI récapitule tout ce qu’il faut savoir sur l’emblématique affaire Seznec. 

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Affaire Seznec : l'os découvert samedi à Morlaix authentifié comme d'origine humaine

Les faits

Tout débute en 1922. Dans une annonce publiée dans un journal breton, un Parisien dit rechercher des véhicules militaires américains abandonnés à la fin de la Grande Guerre, en 1918. Seznec, négociant en bois à Morlaix, et son ami Pierre Quémeneur, conseiller général du Finistère, y voient l’occasion rêvée de s'enrichir sans trop d’efforts. En cette époque encore troublée, les trafics sont légion. Les deux hommes décident de convoyer cent voitures vers la capitale. Mais les choses sont plus compliquées que prévu : la première Cadillac au volant de laquelle ils partent de Rennes le 23 mai 1923 tombe en panne à plusieurs reprises. Seznec revient seul, affirmant avoir quitté Quémeneur près de Paris. Ce dernier ne donnera plus signe de vie, sinon dans un étrange télégramme envoyé du Havre pour rassurer sa famille : "Ne rentrerai que dans quelques jours. Tout va pour le mieux. Quémeneur."

L’enquête

C’est le début des ennuis pour Seznec. Une expertise lui impute le télégramme havrais, alors qu'il affirme n'avoir jamais mis les pieds dans la cité normande. Des dénégations qui peinent à convaincre. Son cas s'aggrave d’ailleurs lorsqu'un commerçant du Havre déclare lui avoir vendu une machine à écrire que la police finira par retrouver opportunément dans le grenier de la maison morlaisienne du négociant. C'est elle qui aurait servi à taper une convention par laquelle Quémeneur s'engage à vendre à bas prix sa propriété des Côtes-d’Armor à Seznec. 


L’enquête est alors menée par Pierre Bonny, inspecteur aux méthodes controversées – il sera, plus tard, suspecté d’avoir fait introduire la machine à écrire chez Seznec – et futur collaborateur de la Gestapo fusillé à la Libération. L’accusé continue de nier sa culpabilité. Agressif, empêtré dans ses contradictions, il est déclaré coupable d'assassinat malgré l’absence de cadavre ou d’arme du crime. Il est condamné au bagne à perpétuité. 

Ci-dessus, la fameuse machine à écrire retrouvée dans le grenier de la maison de Guillaume Seznec

La peine

Après trois ans passés en prison en métropole, Guillaume Seznec est envoyé de l’autre côté de l’Atlantique au bagne guyanais de Saint-Laurent-du-Maroni. Un enfer où il a passé 20 de ses 23 années de détention et sur lequel il écrira ces mots : "La mort n'est rien pour qui ne peut rien espérer".

"Il n'y a que les coupables qui demandent pardon"Guillaume Seznec lors de son refus de signer une demande de grâce

En 1933, il refuse de signer la demande de grâce qu'on lui présente car, déclare-t-il, "il n'y a que les coupables qui demandent pardon". Finalement gracié par le général de Gaulle pour bonne conduite, Seznec fait son retour sur le Vieux continent le 1er juillet 1947. Moralement cassé et affaibli par sa vie de bagnard, même s’il continue inlassablement de se dire innocent et de plaider pour sa réhabilitation, il finira par être renversé par une camionnette à Paris en novembre 1953. Il mourra trois mois plus tard, le 13 février 1954.

Les recours

À sa mort, le flambeau est repris par sa descendance, et notamment son petit-fils, Denis Le Her- Seznec – né en 1946 – qui reprend le flambeau de sa mère Jeanne. En 1989, celle-ci saisit la commission de révision des condamnations pénales pour réhabiliter Guillaume Seznec. Sept ans plus tard, en juin 1996, la réclamation est rejetée par manque d'élément nouveau. Un événement qui marque la fin des possibilités de recours pour la famille. Mais pas pour la Chancellerie. Comme le lui permet la loi sur les demandes de révision et de réexamen, Marylise Lebranchu, ministre de la Justice, dépose ainsi une deuxième requête en 2001. Quatre ans plus tard, le dossier est transmis de la commission à la cour de révision, qui, en 2006, s’oppose à nouveau à un quelconque changement de verdict. Depuis 1924, quatorze demandes de révision du procès ont été rejetées. 

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