Mort de Clément Méric : Esteban Morillo, un ancien skin repenti à la barre

Justice
JUSTICE - Le procès des trois hommes jugés pour la bagarre mortelle avec Clément Méric, en 2013 à Paris, s’est ouvert ce mardi avec l'examen de la personnalité d'Esteban Morillo. L'ancien skinhead affirme avoir pris ses distances avec le milieu d'extrême droite et ce passé qu'il semble vouloir effacer.

Les cheveux ont poussé, les tatouages ont disparu, le costume noir a remplacé le bomber. Esteban Morillo n’est plus le "crâne rasé, gros blouson, grosses chaussures" qu’il était. C’est en tout cas ce qu’il s’est évertué à montrer à la cour d’assises de Paris ce mardi après-midi. Accusé, aux côtés de Samuel Dufour, d’avoir asséné les coups qui ont entraîné la mort du militant antifasciste Clément Méric, un après-midi de 2013 en plein Paris, le jeune homme de 25 ans, dont la personnalité était examinée en ce premier jour de procès, a voulu faire table rase de son passé sulfureux. 


"Je voudrais souligner à quel point je suis attristé par cette affaire, je suis catastrophé", dit-il d’une voix posée. Trente-cinq kilos en plus et cinq années séparent désormais l’homme qui s’exprime à la barre de cette photo où on le voit tout sourire aux côtés du leader d'extrême droite Serge Ayoub, un drapeau des Jeunesses nationalistes révolutionnaires (JNR) à la main, bras armé du groupuscule Troisième Voie. Depuis sa sortie de détention provisoire, ce fils d’immigré espagnol est revenu vivre dans le coin de Picardie où il a grandi, entouré de sa nouvelle compagne, de ses "chats", ses "rats", et ses "lapins". 


S'il n’a aucun mal à livrer ses souvenirs d’enfance, sa passion pour les animaux ou sa formation de boulanger, il se montre peu disert pour évoquer le volet plus controversé de sa vie. Tout juste admet-il avoir côtoyé "quelque temps Troisième voie" dont il s’est pourtant fait tatouer l'écusson et qu’il définit aujourd’hui comme "un syndicat ni de droite ni de gauche, avec une conviction solidariste". "Ça veut dire quoi solidariste ?" interroge la présidente. "Je ne sais même pas", élude l’intéressé. 

Travail, famille, patrie

"Et pourquoi aviez-vous tatoué Travail, Famille, Patrie sur votre bras ?" insiste la présidente. "Je trouvais que la devise était belle, je ne savais pas à l’époque que c’était en rapport avec [le régime de] Vichy. Je l'ai découvert un mois après", assure-t-il. Avant le début du procès, l'accusé s'est fait recouvrir ses tatouages, faisant appel pour cela à l'ancienne barmaid du Local, le bar de Serge Ayoub. "Personne ne voulait le faire, les autres tatoueurs me disaient que c'étaient des tatouages de fachos et que je méritais de les garder donc j’ai pris contact avec elle", se justifie-t-il. 

"Ça ne m'a apporté que des problèmes. C'est quelque chose qui me collera à la peau jusqu'à la fin de mes jours."Esteban Morillo à propos de ses anciennes fréquentations

 Esteban Morillo qui, à l'entendre, a fréquenté le milieu d'extrême droite par amitié plus que que par idéologie, affirme aussi qu’il n’était plus skinhead au moment de la bagarre fatale avec Clément Méric. "J’avais arrêté (...). Je ne voulais plus leur ressembler, c'étaient des gros bourrins". Mais l'avocate de la famille de la victime, Cosima Ouhioun, lui fait remarquer qu’il était encore photographié quelques semaines avant les faits dans une manifestation des JNR. "Sortir de l’extrême droite, c’est difficile. La seule chose que je voulais, c’était partir (de ce milieu), la manifestation, c’était peut-être la dernière fois", déroule-t-il. Et lorsque la présidente exhume son ancienne page Facebook sur laquelle il fait référence à Mein Kampf, le skin repenti déclare qu’il ne souvient pas puis jure qu’il ne l’a jamais lu. 


"Vous dites que vous avez changé mais j'ai l'impression que vous avez simplement gommé", assène Me Saint-Palais, l'autre avocat de la famille Méric. Esteban Morillo répète qu'il regrette d'avoir eu ces "fréquentations". "Ça ne m'a apporté que des problèmes. Ça continue de m'en apporter et ça continuera. C'est quelque chose qui me collera à la peau jusqu'à la fin de mes jours". 

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