Mort de Clément Méric : l'utilisation d'un poing américain au cœur des débats

Mort de Clément Méric : l'utilisation d'un poing américain au cœur des débats

JUSTICE - Après une semaine de débats au procès des skinheads accusés des violences ayant entraîné la mort de Clément Méric en 2013, à Paris, la question de l'utilisation de poings américains est toujours en suspens. Si l'autopsie n'avait décelé aucune fracture, excluant l'emploi d'une arme, une contre-expertise présentée vendredi a conclu à l'existence d'une fracture sur le nez de la victime.

Étaient-ils armés de poing américain ? C’est l’une des questions qui est au cœur du procès des skinheads impliqués dans la rixe qui a coûté la vie à un jeune militant antifasciste, Clément Méric, à Paris en 2013. Les débats de cette première semaine n’ont pas permis d'éclairer avec certitude le déroulé du drame. Une contre-expertise médicale présentée vendredi à la cour d’assises de Paris est en effet venue contredire l’autopsie du premier légiste. Si celui-ci n’avait constaté, "aucune fracture des os propres du nez", écartement l’utilisation d’un poing américain, un autre expert a conclu l’inverse : une fracture "compatible avec l'usage d'un poing américain". 


Ce médecin expert a travaillé sur le dossier médical de Clément Méric, les conclusions de l'autopsie, le rapport du SAMU et a également effectué un scanner. "Clément Méric a été victime de plusieurs traumatismes directs, compatibles autant avec des poings nus qu'avec des bagues et un poing américain", a-t-il expliqué vendredi à la cour.

"Un objet contondant très dense"

Sur l'image du crâne tirée du scanner, projetée sur grand écran à l'audience, on voit très nettement une courbe noire tranchant avec le gris des os du nez. "C'est une fracture, incontestable. Le diagnostic est visible même par un non médecin", a poursuivi le légiste. La présidente de la cour lui fait alors remarquer que le premier légiste n'avait vu, lui, aucune fracture, ni en disséquant l'arrête nasale, ni en analysant la radio.


Selon l’expert, ce n’est pas surprenant : "La radiographie est moins précise. J'ai pratiqué 2.000 autopsies, il m'est arrivé de passer à côté d'une fracture des os propres du nez (...), pourtant visible au scanner". S'il ne privilégie aucune hypothèse concernant la fracture, les lésions "d'une grande régularité, en ligne" sur la joue gauche de Clément Méric lui "évoque un objet contondant très dense".

Témoignages contradictoires

Deux des trois accusés sont jugés pour des coups mortels portés en réunion et avec arme, un crime pour lequel ils encourent jusqu'à 20 ans de prison. Quinze ans si l'usage d'une arme est écarté. Le principal accusé, Esteban Morillo, a reconnu avoir porté deux coups à Clément Méric dont le coup qui l'a fait s'écrouler sur la chaussée. Mais il réfute l'utilisation d'un poing américain. Samuel Dufour a indiqué avoir des bagues mais affirmé n'avoir jamais frappé la victime. 


Les témoignages de ceux qui ont assisté à la rixe mortelle, et rapportés par l'AFP, n’ont pas apporté plus de certitudes. Certains indiquant avoir vu un poing américain à la main d’Esteban Morillo, d’autres non. Patrice H., SDF à l'époque, venait à peine d'arriver de son squat pour prendre place rue Caumartin, lorsqu'il "en voit un (skinhead) sortir un truc tout doré : pour moi c'était un poing américain". Il est formel, il fait "collection".


Antoine G., un cadre, se dirige ce jour-là vers le RER voisin. Il aperçoit un skinhead, qu'il identifie comme Samuel Dufour, armé d'un poing américain et porteur d'un tatouage toile d'araignée. Les trois accusés portent ce tatouage mais ce 5 juin 2013, la vidéo surveillance montre que Morillo est le seul à porter des manches courtes. Mélanie Z., a raconté avoir vu distinctement Morillo donner "deux coups à Méric" et Dufour frapper Matthias Bouchenot, un des antifas qui se tenait juste à côté. mais "aucun poing américain." Les camarades de Clément Méric, Steve Domas et Aurélien Bourdon, n'ont eux non plus pas le souvenir d'un poing américain. En revanche, Matthias Bouchenot est catégorique, Esteban Morillo et Samuel Dufour étaient armés. 


Le procès se poursuit jusqu'au 14 septembre.

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