Mort du juge Lambert : "Il faut se poser la question d'une anonymisation des magistrats instructeurs"

Justice
INTERVIEW - Pascal Gastineau, président de l'Association française des magistrats instructeurs (Afmi), a réagi sur l'antenne de LCI au lendemain de la mort de Jean-Michel Lambert, premier juge chargé en 1984 d'instruire l'affaire Grégory, relancée le mois dernier. Selon lui, cette disparition pose "des questions graves" sur le fonctionnement de l'information judiciaire.

"Ce n'est pas une situation acceptable." Pascal Gastineau, président de l'Association française des magistrats instructeurs (Afmi), a réagi ce mercredi sur LCI à la disparition de Jean-Michel Lambert, premier juge chargé en 1984 d'instruire l'affaire Grégory, relancée il y a tout juste un mois. "Le fait que ce drame puisse être lié à l'exercice et aux conditions d'exercice de magistrat instructeur pose évidemment des questions graves", a-t-il estimé, alors que la piste du suicide est privilégiée. L'ancien magistrat a été découvert mort mardi à son domicile de la Sarthe. Le parquet du Mans a ouvert une enquête.


Dénoncant notamment le fait que "les conditions d'exercice d'une activité professionnelle puissent à ce point se concentrer ou tourner autour d'un seul homme", il estime que "de ce point de vue, le fonctionnement de l'information judiciaire ne devrait pas être celui-là." 

"La difficulté, c'est quand le nom d'un juge est cité et recité en boucle"

Parmi les pistes d'amélioration évoquées ? "Il faut se poser la question d'une anonymisation des magistrats instructeurs qui travaillent sur ce type de dossiers". Et de détailler : "Lla difficulté, c'est quand le nom d'un juge est cité et recité en boucle et que les uns et les autres commentent la qualité de son travail. Cela créé une pression qu'on peut imaginer difficile."


Tout en rappelant que les circonstances de ce décès restent à éclaircir, Pascal Gastineau souligne que "ce qui est frappant, c'est que c'est quand même trente ans après, et il ressort de certaines interviews que c'est une affaire qui l'a poursuivi". 


Pour rappel, lorsque l'affaire Grégory a éclaté, Jean-Michel Lambert avait 32 ans. Il l'a instruite entre 1984 et 1987 sous une pression médiatique intense, alors qu'il occupait son premier poste, à Epinal, dans les Vosges. Accusé des errements de l'enquête, il en avait été dessaisi et ne s'en est jamais vraiment remis, professionnellement et personnellement, comme il l'avait confié dans un livre. "On a cherché à faire de moi un bouc émissaire", confiait récemment dans une interview celui que l'on avait surnommé "le petit juge".

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