Murielle Bolle, le personnage central de l'affaire Grégory aux multiples vies judiciaires

Murielle Bolle : l'interview exclusive à TF1 et LCI
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L'affaire Grégory

CHRONOLOGIE - La vie de Murielle Bolle a été bouleversée en 1984 : à 15 ans, elle s'est retrouvée mêlée à un des faits divers les plus connus de France, le meurtre du petit Gregory. LCI revient sur les rebondissements qui ont animé la vie de ce personnage principal de l'enquête, tantôt témoin, tantôt victime, tantôt accusé.

Cheveux roux en bataille, bonnes joues, les yeux fuyant l’objectif. Le visage de Murielle Bolle est étrangement familier pour les Français ayant suivi la terrible affaire du "petit" Gregory Villemin, retrouvé mort dans une rivière des Vosges en 1984. Témoin-clé d’un crime qui n’est toujours pas élucidé à ce jour, figure centrale d’une enquête aux multiples rebondissements, Murielle Bolle est aujourd’hui encore aux prises avec la justice Française.

1984 : témoignage et conséquences

16 octobre 1984. Un enfant de 4 ans est retrouvé pieds et points liés dans la Vologne, dans les Vosges. Décédé. On ne le sait pas encore mais le petit Grégory deviendra une énigme nationale. Ses parents Jean-Marie et Christine Villemin reçoivent une lettre anonyme, la dernière d'une longue série, se réjouissant du crime : "J'espère que tu mourras de chagrin le chef. Ce n'est pas ton argent qui pourra te redonner ton fils. Voilà ma vengeance. Pauvre con." Deux semaines après avoir repêché son corps, les gendarmes continuent d’interroger l'entourage de la famille. Bientôt, c'est le tour de cette jeune fille, 15 ans à l’époque, Murielle Bolle.

Lors de sa garde à vue, elle affirme que le jour du meurtre, au lieu de prendre le car scolaire comme à son habitude, elle est rentrée du lycée en voiture avec Bernard Laroche. Ce dernier est son beau-frère, mais aussi le cousin de Jean-Marie Villemin. Elle explique qu'il se sont arrêtés pour prendre le petit Grégory avant de se diriger vers Docelles, le village où le corps du garçon a été retrouvé. Bernard Laroche aurait alors prétendu déposer l'enfant chez un ami, avant de revenir seul peu de temps après. Une version de "kidnapping" qui laisse peu de place au doute, et qu’elle soutient à la fois lors de sa déposition puis lors de son entretien avec le juge d’instruction Lambert. Avant de se rétracter quelques jours plus tard. Après une soirée en famille, elle convoque la presse pour assurer cette fois ci que les gendarmes lui ont soutiré ce mensonge.

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"J'ai été interrogée deux fois avant d'être encore entendue le 2 novembre 1984 à la gendarmerie de Bruyères. Après deux heures d'audition j'ai craqué. Ils m'ont tellement crié dessus, menacée d'aller en maison de correction", racontait-elle à L’Est Républicain à l’occasion de la sortie de son livre, "Briser le silence", en novembre 2018 . "Ce sont eux qui ont brisé ma vie et celle de Bernard. S'ils ne m'avaient pas forcée à faire ce faux témoignage, si je n'avais pas eu peur d'eux, on n'en serait pas là", avait-elle ajouté. Une seconde version, qu’elle maintient officiellement depuis 36 ans. Pour les enquêteurs en revanche, cela ne faisait - et ne fait encore - aucun doute : l’adolescente avait subi de lourdes pressions familiales pour blanchir le mari de sa sœur.

Or, dans les deux cas, les déclarations de Murielle Bolle ont été lourdes de conséquences. Suite à son premier témoignage, Bernard Laroche est incarcéré par le juge Lambert. Après son changement de version, il est finalement libéré au bout de quelques semaines. Mais Jean-Marie Villemin est persuadé qu'il est coupable et le tue d'un coup de fusil un mois après sa sortie de prison.

1985 à 2017 : mystères et allers-retours judiciaires

Les années suivantes ne sont qu'un long feuilleton judiciaire pour les protagonistes de cette affaire. Successivement, Jean-Marie Villemin est poursuivi pour l'assassinat de Bernard Laroche puis condamné, Christine Villemin est soupçonnée d'avoir tué son propre fils puis entièrement innocentée, et Murielle Bolle est poursuivie par les parents du petit Grégory pour complicité. Ils estiment qu'elle aurait pu jouer un rôle dans l'enlèvement de Gregory en lui injectant une dose d'insuline pour l'endormir, se servant dans la pharmacie de sa mère, Jeanine Bolle, est diabétique. En 1988, la procédure engagée contre cette dernière débouche sur une ordonnance de non-lieu, la cour d'appel de Dijon jugeant qu'il est "en l'état" impossible d'inculper la jeune femme car une "intention criminelle" semblait exclue. En 2002, la cour d'appel de Versailles condamne l'État à verser 15,245 € de dommages et intérêts à Murielle Bolle (ainsi que 30,500 € à sa sœur Marie-Ange Laroche), en réparation d'une "inaptitude à remplir sa mission".

Le dossier de l'enquête Grégory Villemin est régulièrement réouvert au cours des trois décennies, notamment grâce à l'amélioration des techniques d'ADN, qui permet d'explorer de nouvelles pistes sur les pièces à conviction de l'époque. Les investigations de la police scientifique ne donnent rien dans un premier temps, jusqu'à l'utilisation du logiciel d'analyse criminelle Anacrim par la Gendarmerie nationale, permettant trois nouvelles mises en garde à vue. Ce renouveau médiatique pour l'affaire provoque plusieurs réactions. Une paroissienne alerte sur un (faux) aveu signé du nom de Murielle Bolle, retrouvé dans le registre de son église des Vosges. Pris très au sérieux par les enquêteurs, il sera analysé. Au premier essai, son ADN est bien trouvé sur la page du cahier, mais lors du second test, les résultats ne correspondent plus. Ensuite, le cousin de Murielle, Patrick Faivre, témoigne spontanément contre elle, déclarant aux enquêteurs qu'en 1984, lors d'un séjour chez les Bolle, que la jeune fille lui aurait confié avoir bien assisté au rapt de Grégory Villemin par Bernard Laroche. Il assure aussi avoir personnellement vu sa cousine se faire violenter par plusieurs membres de sa famille, corroborant la thèse des enquêteurs sur les rétractations de Murielle Bolle. 

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Murielle Bolle est interpellée à son domicile le 28 juin 2017 et placée en garde à vue pour "complicité d’assassinat" et "non-dénonciation de crime". Le lendemain, elle est mise en examen par la présidente de la chambre de l'instruction de Dijon pour "enlèvement de mineur de 15 ans suivi de mort", le rapport de gendarmerie indique alors que les éléments du dossier "viennent renforcer l'hypothèse selon laquelle Murielle avait connaissance des intentions de son beau-frère et avait potentiellement participé à la préparation du crime". Après une grève de la faim - de quatre jours - l'action de ses avocats et une confrontation avec Patrick Faivre, le témoignage du cousin est finalement remis en cause et elle, remise en liberté.

2018 : retour devant les caméras

En 2018, Murielle Bolle commence à remonter la pente. En avril, son contrôle judiciaire est allégé, lui permettant enfin de rentrer chez elle. Le mois suivant, sa mise en examen est annulée et Murielle Bolle est déclaré libre et innocente. En novembre, après vingt-cinq ans dans l'ombre, Murielle Bolle publie son livre "Briser le silence" et enchaîne les prises de paroles médiatique pour donner "sa vérité" sur l'affaire du petit Grégory. "On m'a jetée en prison. Je n'ai rien fait de mal. Et maintenant, il y a mes enfants, ma petite-fille, c'est pour ça aussi que je l'ai fait (...) On m'a fait passer pour un monstre, une tueuse d'enfant", insiste notamment la désormais mère de famille.

Puisqu'elle assure dans son récit que son cousin Patrick Faivre a inventé les épisodes de violences infligées par sa famille la veille de sa rétractation, celui-ci l'attaque pour diffamation dans la foulée. Elle est depuis mise en examen pour "diffamation aggravée". Mais Murielle Bolle ne compte plus ses passages dans les tribunaux. Bien décidée à se rétracter définitivement sur ses déclarations d’adolescente, Murielle Bolle s'est elle-même pourvue en justice pour faire annuler sa déposition aux gendarmes. La cour de Cassation lui donne raison le 19 février 2019, reconnaissant que sa garde à vue a été effectuée dans des conditions "inconstitutionnelles", sans la présence d’un avocat ou notification du droit de se taire, notamment. En novembre dernier, Murielle Bolle obtient une seconde victoire devant le Conseil constitutionnel, qui estime à son tour que ses droits fondamentaux de mineure n’ont pas été respectés en 1984.

L'énième rebondissement judiciaire de sa vie nous emmène en 2020 : ce jeudi 16 janvier, la Cour d'appel de Paris doit se prononcer sur la validité de la garde à vue de Murielle Bolle, et donc décider en quelle proportion ses déclarations de 1984 seront annulées. Des conséquences en cascade sont à prévoir suite à cette décision majeure pour l'affaire Grégory, plusieurs actes de procédures basés sur ses déclarations étant susceptibles d'être invalidés à leur tour.

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