Sarkozy mis en examen : tout comprendre à l'affaire des soupçons de financement libyen

ARGENT TROUBLE - L’enquête sur un supposé financement libyen de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007 s’est accélérée ce mardi avec le placement en garde à vue de l’ancien président de la République avant sa mise en examen le lendemain. Les juges disposent d’éléments troublants sur de possibles flux financiers impliquant des protagonistes liés au régime de l'ancien dictateur libyen Mouammar Kadhafi et l’entourage de Nicolas Sarkozy. LCI a rembobiné cette affaire sur laquelle la justice enquête depuis cinq ans.

Tout commence en avril 2012 par un article publié par Mediapart accusant Nicolas Sarkozy d’être le bénéficiaire de 50 millions d’euros afin de financer sa campagne présidentielle de 2007. Le site s’appuie notamment sur un document officiel libyen, daté du 10 décembre 2006 et signé par l’ancien chef des services de renseignements extérieurs de la Libye, Moussa Koussa.

Un an plus tard, la justice décide d’ouvrir une information judiciaire afin de faire la lumière sur ces accusations.  Nicolas Sarkozy a toujours affirmé que ce document était un faux. Il a d'ailleurs porté plainte contre Médiapart mais a été débouté à 2 reprises.


Nicolas Sarkozy a-t-il touché des fonds pour financer sa campagne ? La réalité d'un versement de 50 millions n'est à ce jour pas établie, mais de nombreux éléments actuellement entre les mains des juges sont venus accréditer la thèse selon laquelle plusieurs millions d'euros auraient pu transiter entre la France et la Libye, poussant la justice à mettre en examen plusieurs personnes dans l’entourage de Nicolas Sarkozy et à mettre l’ancien chef de l’État pour la première fois en garde à vue dans cette affaire ce mardi avant de le mettre en examen et de le placer sous contrôle judiciaire mercredi.  

Qui sont les protagonistes de cette affaire ?

Outre Nicolas Sarkozy, plusieurs proches de l’ancien président sont également dans le viseur de la justice. L'ancien secrétaire général de l'Élysée, Claude Guéant, a été mis en examen pour faux, usage de faux et blanchiment de fraude fiscale en bande organisée. En cause, un virement suspect de 500.000 euros que l’ex-ministre de l’Intérieur a justifié par la vente de tableaux à un avocat malaisien. Mais ces explications n’ont visiblement pas convaincu la justice.


L’intermédiaire Ziad Takieddine est lui aussi mis en examen dans cette affaire, poursuivi pour complicité de corruption, trafic d'influence et détournement de fonds publics. Le sulfureux homme d’affaires a affirmé fin 2016 à Mediapart avoir versé en 3 fois la somme de 5 millions d’euros à Claude Guéant. Des valises d’argent remises à la demande d'Abdallah Senoussi, l'ex-patron du renseignement libyen sous Mouammar Kadhafi, selon Ziad Takieddine. Entendu par la justice à la suite de ces déclarations, l’intermédiaire franco-libanais a confirmé l’intégralité de ses propos. 


Un autre homme, peu connu du grand public, intéresse également la justice. Il s’agit de l'homme d'affaires Alexandre Djouhri. Arrêté à Londres en janvier, il est depuis placé en détention en attendant son éventuelle extradition en France. Des écoutes téléphoniques ont révélé une proximité toute particulière entre cet homme et Nicolas Sarkozy, ainsi qu’avec certains de ses proches. 


Les juges soupçonnent Alexandre Djouhri d’avoir joué un rôle majeur dans le versement des 500.000 euros à Claude Guéant. Leurs interrogations se portent également sur des soupçons de détournements de fonds derrière la vente en 2008 de sa villa de Mougins à un fonds libyen géré par Bachir Saleh, l’ex-argentier du régime. Actuellement en exil et visé par un mandat d'arrêt international, Bachir Saleh, que la justice française souhaite interroger dans le cadre de cette affaire, a été blessé par balles fin février en Afrique du Sud. 

De quels éléments dispose la justice ?

Les juges disposent tout d‘abord du document révélé par Mediapart en avril 2012. Signé par Moussa Koussa, l’ancien chef des services de renseignements extérieurs de la Libye, il indique que Nicolas Sarkozy est le bénéficiaire d’une somme de 50 millions d’euros afin "d’appuyer la campagne électorale du candidat aux élections présidentielles". Même si Nicolas Sarkozy a immédiatement dénoncé un "faux grossier", un collège d’experts en écriture estime que rien ne permet de douter de l’authenticité du document libyen. Selon eux, cette note présente bien "les apparences caractéristiques d’un document officiel libyen".


Plusieurs témoignages viennent ensuite corroborer la thèse du financement libyen. Outre les accusations lancées par Mouammar Kadhafi lui-même et celles de son fils, Seif al-Islam, l'ancien chef des services secrets, Abdallah Senoussi, a affirmé en septembre 2012 avoir "personnellement supervisé" le transfert de cinq millions d'euros entre 2006 et 2007.

 

En octobre 2013, un avocat de l'ex-Premier ministre Baghdadi al-Mahmoudi a également confirmé aux policiers que ce dernier lui avait parlé d'un financement de 50 millions d'euros. Enfin, d'autres protagonistes ont confirmé cette hypothèse parmi lesquelles un témoin sous X travaillant dans l'entourage du dictateur, l'ex-interprète de Mouammar Kadhafi, Moftah Missouri, l'un de ses cousins, Ahmed Kadhaf Al Dam ainsi que l'ancienne responsable des "amazones", ces femmes qui entouraient Mouammar Kadhafi, Zorah Mansour.


Les juges ont aussi mis la main sur les carnets de Choukri Ghanem, l'ex-ministre libyen du Pétrole, qui mentionne un financement. Or, ce dernier ne pourra pas être interrogé sur ses écrits. Il a été retrouvé noyé dans le Danube, à Vienne, fin avril 2012.


Enfin, les juges disposent d’un rapport de l'office anti-corruption qui pointe une importante circulation d'espèces lors de la campagne de 2007. Des enveloppes contenant de 200 à 2000 euros ont été distribuées à des membres de l'équipe du candidat. Éric Woerth, à l’époque trésorier de la campagne, et l'un de ses adjoints assurent que l'argent provient de dons anonymes, mais d'autres témoignages contredisent cette hypothèse.

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