Nolan, 8 ans et lourdement handicapé pour avoir mangé un steak haché : les fabricants devant la justice

Justice

PROCÈS - L'ancien fournisseur de steaks hachés de Lidl, SEB, comparaît à partir de ce mardi devant le tribunal de Douai (Nord) pour avoir vendu de la viande contaminée au discounter allemand. Une quinzaine d'enfants ont été victimes d'intoxication. Nolan, 8 ans, s'en est sorti lourdement handicapé.

À 8 ans, Nolan ne parle plus, ne marche plus. Handicapé à 80%, il a vu sa vie basculer il y a six ans. En avalant un steak haché Lidl que lui avait préparé sa mère, à son domicile de Breteuil, dans l’Oise. Contaminée par la bactérie E. coli, la viande attaque rapidement les organes du petit garçon. Tout comme ceux de sept autres enfants originaires des Hauts-de-France. Ce mardi, les dirigeants du fabricant de ces steaks Country, SEB, comparaissent devant le tribunal de Douai, dans le Nord.

De la constipation à l'intoxication

Conduit à l’hôpital de Montdidier par ses parents, le petit Nolan, qui se tord de douleur, se voit diagnostiquer un "banal cas de constipation", rapporte le Parisien, qui a rencontré la famille. Même constat au centre hospitalier de Beauvais, où la famille se rend par la suite, ne constatant aucune amélioration de l’état de santé de l’enfant. La nuit suivante, l’enfant de 2 ans se tord de douleur. Direction Amiens où il est hospitalisé. Il y fait un arrêt cardiaque, avant d’être transféré en hélicoptère à Lille. Finalement, ce sont des analyses pratiquées sur sept autres enfants dans le cadre d’intoxication qui lèveront le voile sur la dégradation de l’état de santé de Nolan. Il est lui aussi victime d’une intoxication. Sauf que dans son cas, le diagnostic a été réalisé trop tard. Les toxines ont infiltré son sang. "Les radios de son cerveau ont montré de gros blancs. Les médecins disaient que c’était fini", se souvient sa mère, auprès le Parisien.

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Le combat sans fin des parents

Le cas de Nolan se stabilise finalement, avant une violente rechute. Il est transféré à Necker où les médecins décèlent une occlusion intestinale et une appendicite. L’enfant a échappé belle. Aujourd’hui, ses parents sont tous deux au chômage. Priscilla, qui confie avoir fait une dépression l’an dernier, a été licenciée de son poste de caissière. Mickaël, maçon, a presque volontairement cessé son activité pour pouvoir s’occuper de Nolan et de son petit frère, Sullivan. "Quand je le vois, je me dis que c’est pas possible, se désole sa mère. Une maladie rare, un accident de voiture, j’aurais pu comprendre, mais pas ça, pas un simple steak". Pour le moment, le petit garçon est condamné à avaler neuf médicaments le matin et onze le soir. Une sonde gastrique est également branchée à son estomac toute la journée. La nuit, il se réveille toutes les deux heures. Sa mère envisage de poursuivre certains médecins en justice, le retard de la prise en charge de son fils ayant aggravé ses séquelles.

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Une négligence évidente

Les dirigeants de l’entreprise SEB, qui fournissait les steaks Country aux magasins Lidl, comparaissent à partir de ce mardi au tribunal de Douai pour "blessures involontaires", "mise en danger" et "tromperie". Si Nolan est le plus gravement touché, la quinzaine d’autres enfants contaminés a développé "un syndrome qui a de fortes chances de perturber à vie le fonctionnement de leurs reins", explique le Parisien. L’enquête menée au sein de l’entreprise a démontré à quel point celle-ci accordait peu d’importance à ses contrôles d’hygiène, préférant les économies aux respect des obligations. Les autorités avaient fait plusieurs rappels à l’ordre et menacé SEB de suspendre son agrément.

Le 11 mai 2011, jour où ont été fabriqués les steaks contaminés, le responsable de la qualité et de l’hygiène a laissé passer le lot, dont les premières analyses n’auguraient pourtant rien de bon. Aujourd'hui, le patron de l'entreprise, liquidée depuis, et l'ex-responsable qualité et hygiène se rejettent la faute. Lidl, qui s'estime lésé, s’est constitué partie civile dans ce procès. Pour la défense, c'est le consommateur qui est en faute. Elle avance que la chaîne du froid n'aurait pas été respectée. "Il n'y aurait pas eu de problème si effectivement ces steaks hachés surgelés n'avaient pas été décongelés avant d'être cuits", estime Me Arnaud Vauthier auprès de BFMTV. Pour l'avocat , une cuisson plus longue de la viande aurait également pu éviter un tel drame.

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