Non-intervention des soldats Sentinelle : des familles de victimes de l'attentat du Bataclan portent plainte contre X

JUSTICE - Une plainte est déposée dans la matinée du vendredi 8 juin par les victimes ou familles des victimes de l'attentat du 13 novembre 2015. Elles veulent savoir pourquoi la patrouille Sentinelle qui se trouvait devant le Bataclan a reçu l'ordre de ne pas intervenir alors que la tuerie était en cours.

Le dossier Bataclan est encore loin d'être refermé pour les victimes. Une plainte contre X va être déposée ce vendredi 8 juin dans la matinée auprès du Procureur de la République de Paris par une trentaine de ces victimes ou de leurs familles pour "non-assistance à personne en péril", indiquent nos confrères du Parisien. L'enjeu : comprendre pourquoi, le soir du massacre dans la salle de concert, le 13 novembre 2015, ordre a été donné aux militaires de la mission Sentinelle, présents sur les lieux, de ne pas intervenir. 


Contacté par LCI, l'avocat lyonnais Jean Sannier, qui défend dans ce dossier les familles des victimes aux côtés de Me Océane Bimbeau, confirme l'information et détaille la démarche de son cabinet. Pour lui, une intervention des militaires, qui étaient armés, dès les premières minutes de la tuerie aurait pu permettre de sauver de nombreuses vies. "Clairement", nous dit-il, "il leur est reproché de ne pas avoir reçu l'ordre d'intervenir. Tout l'enjeu est donc de mesurer les conséquences de cette non-intervention."

Un commissaire de police a bravé l'interdit

Peu après l'entrée des terroristes dans le Bataclan, vers 21h40 ce soir-là, des fonctionnaires de la BAC arrivent sur place. Ils ne sont pas seuls : huit militaires de la force Sentinelle, munis de Famas, sont aussi sur les lieux, divisés en deux groupes de quatre. "Là, les fonctionnaires de la BAC demandent aux militaires de leur prêter leurs armes, car les leurs sont trop légères par rapport aux armes de guerre des terroristes. Mais ces derniers refusent"  précise maître Sannier. Un peu avant 22 heures, finalement, un commissaire de police arrive. "A deux reprises, cet homme brave l'interdit d'intervenir, il abat un des terroristes. Et nous remarquons que la tuerie prend fin au moment où le premier terroriste est tué. Si le commissaire avait respecté l'ordre de ne pas intervenir, on aurait peut-être eu 300 morts supplémentaires." 


Par voie de communiqué, le cabinet d'avocats ajoute : "D'autres victimes pourraient encore se joindre à cette démarche qui vise à établir clairement toutes les responsabilités, et savoir précisément quelles sont les missions de Sentinelle, s'il ne s'agit pas d'intervenir lorsque des civils sont attaqués à l'arme de guerre."

"Impensable de mettre des soldats en danger dans l'espoir hypothétique de sauver d'autres personnes"

Ce n'est pas la première fois que surgit cette interrogation. En septembre 2016 déjà, des proches de victimes avaient déposé un recours en justice afin d'éclaircir cette exacte zone d'ombre. Georges Fenech, président de la commission d'enquête parlementaire, avait, à l'époque, dit parfaitement comprendre leur démarche. De son propre côté, il avait évoqué auprès de la presse, une "passivité inexplicable, voire insupportable" de la part des militaires.

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Georges Fenech rapporte également ce qui est ressorti des différentes auditions qu'il a menées, dont une auprès du gouverneur militaire de Paris. "Il a eu des réponses assez étonnantes : 'On n'entre pas dans une bouteille d'encre', c'est-à-dire on n'entre pas dans un lieu où on ne sait pas ce qu'il y a derrière. Or, on entendait à ce moment-là les coups de feu", note Georges Fenech. "Il est impensable de mettre des soldats en danger, dans l'espoir hypothétique de sauver d'autres personnes", a également  expliqué lancé le gouverneur militaire, selon le président de la commission d'enquête.

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