Nouveau procès pour Yoni Palmier, le "tueur de l'Essonne" sans affect et sans remord

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CRIMES - Le tueur en série présumé Yoni Palmier fait son retour devant la justice. Condamné à perpétuité en 2015 devant la cour d'assises d'Evry, le "tueur de l'Essonne" a fait appel. Il est jugé à partir de mardi à Paris. Jusque-là, ni l'enquête, ni le premier procès n'ont permis de comprendre les motivations de ce prédateur solitaire et sans émotion.

Il avait été condamné à la plus lourde peine prévue par le code pénal : la prison à perpétuité avec une période de sûreté de 22 ans, le tout assorti d’une rétention de sûreté. Une mesure rare qui permet de réexaminer la dangerosité d'un criminel en fin de peine et de prolonger son incarcération dans un centre. Le "tueur de l'Essonne" Yoni Palmier a depuis fait appel et sera de nouveau jugé mardi à Paris pour quatre assassinats. Lors de son premier procès en avril 2015, il n’en a reconnu qu’un seul, lâchant au président de la cour d’assises d’Evry qui le cuisinait : "Pour la famille de Nathalie Davids, ne nous prenons pas la tête, considérons que je l'ai fait. Pour le reste, je ne suis pas responsable".  


Des mots désinvoltes et sans émotion difficiles à entendre pour les familles des victimes qui étaient en quête de réponses. Yoni Palmier n’a rien lâché. Il n’a livré aucun mobile aux crimes dont il est accusé entre 2011 et 2012 sur un rayon de six kilomètres. D’abord Nathalie Davids, 35 ans, abattue d’au moins 7 balles dans le parking de son immeuble de Juvisy-sur-Orge, le 27 novembre 2011. Les enquêteurs pensent mettre la main sur le meurtrier en interpellant l’ancien amant de la jeune femme. Fausse route : le 22 février 2012, dans ce même parking, Jean-Yves Bonnerue, 52 ans, est tué d’une balle dans la tête. Le 17 mars de la même année, c’est à Ris-Orangis que Marcel Brunetto, 81 ans, est retrouvé dans un hall d’immeuble gisant dans son sang. Là aussi, il a été atteint d'une balle dans la tête, ne lui laissant aucune chance. Même sort moins d’un mois plus tard pour Nadia Boudjemia, 48 ans, retrouvée morte à Grigny dans son hall. Les victimes n’ont aucun lien  entre elles et toutes sont décrites comme des personnes sans histoires. 

Un homme solitaire et violent

Les crimes portent néanmoins les signes d’une seule et même signature : celle d’un motard aperçu dans les parages par des témoins. La chasse au "tueur à moto" dans l’Essonne débute. Peu de temps après, Yoni Palmier est arrêté. Sans emploi, cet homme de 33 ans est connu de la justice pour des faits de violences. En 2004, il a poignardé sa mère parce qu’elle avait refusé de l’accompagner chez l’assistance sociale. "Car quand Yoni veut quelque chose, je dois immédiatement y répondre favorablement", expliquera-t-elle aux enquêteurs . Ces derniers noteront dans le parcours du jeune homme sa "montée en puissance" dans la gravité des faits. 


Benjamin d’une fratrie recomposée de neuf demi-frères et demi-sœurs, Yoni Palmier évoque une enfance rude : un père froid et absent, une mère détachée et sans tendresse. Les témoignages de ses proches viennent pourtant contredire le portrait d'un gamin délaissé par ses parents. S’il n’a pas d’amis dans la cour de récré, le petit Palmier, surprotégé par sa mère, est même qualifié "d’enfant-roi". Celle qui subira ses sautes d'humeur et sa violence tout au long de sa vie est la seule à encore lui rendre visite en prison. Yoni Palmier passe son adolescence dans sa chambre à jouer à la console et à fumer de la drogue. Il boit aussi beaucoup tout en pratiquant assidûment du sport. On lui connaît peu de relations amicales ou amoureuses. Valérie, la seule ex-petite amie identifiée, décrit un partenaire "bizarre", qui lavait ses mains à l’eau de javel et ne mangeait pas en sa présence. Elle finira par quitter cet homme aux pratiques sexuelles et au comportement de plus en plus "violents". La suite n’est que désert affectif. De toute manière, "le cul, c’est pas mon truc, je préfère ma Suzie, je veux dire ma moto, ma Sukuzi", confiera Yoni Palmier durant l’instruction. Une passion pour les deux-roues pourtant restée confidentielle. Aucun de ses proches ne connaissait l’existence de sa "Suzie" retrouvée dans un box du 91 qu'il louait. 

L'ombre d'un tueur en série

Ni l’enquête, ni le premier procès n’aura permis de percer le mystère Palmier. Les psychiatres ont dépeint le portrait d’"un homme très égocentré", "replié sur lui-même", au "tempérament solitaire" et "dépourvu d’affects". Son implication dans les trois autres crimes qu'il nie laisse peu de doute : de nombreuses preuves matérielles - notamment l'emplacement loué dans le parking où sont mortes deux victimes, la connaissance des lieux... - ont été collectées et l’arme du crime n’est porteuse que de son seul ADN. Yoni Palmier, lui, préfère accuser un ennemi imaginaire du nom de "Niorka" ou attribuer les meurtres à un mystérieux groupement de personnes qui auraient voulu le "venger". En dépit des troubles obsessionnels compulsifs et d'une personnalité "borderline", les experts n'ont relevé aucune "pathologie mentale" qui exclurait l'accusé de sanction pénale. "Si les faits étaient avérés, concluent même les psychiatres, le mode opératoire froid, déterminé, expéditif et sans implication émotionnelle ou pulsionnelle, renverrait à une motivation de type tueur en série". 

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