"On a commencé la politique, nous étions riches, nous la finissons pauvres" : retour sur la 2e journée du procès Balkany

Justice

JUSTICE - La seconde audience du procès des époux Balkany au tribunal correctionnel de Paris a été le lieu de tensions, ce mardi 14 mai après-midi. Suite au refus de jonction des deux volets du procès, Eric Dupont-Moretti et Patrick Balkany ont tous deux fait des interventions remarquées.

L'ambiance était tendue dans le tribunal pour ce second jour de procès des époux Balkany. En premier lieu, les avocats du couple ont tout fait pour retarder le début de l'audience en réitérant leur demande de la veille : faire reporter le procès, en usant de tous les outils juridiques possibles. Eric Dupont-Moretti (EDM) et Pierre-Olivier Sur (POS), qui défendent respectivement Patrick et Isabelle Balkany, ont plaidé la nullité de la procédure. 

Deuxième tentative de report du procès

Ils dénonçaient particulièrement l'organisation du procès en deux parties. Une première sur les accusations de fraude fiscale, examinées cette semaine, et une seconde sur le reste des accusations qui seront examinées à partir de lundi prochain, en présence des quatre autres prévenus de ce procès.

A cause de ce choix, les avocats remettent en cause l'impartialité du président du tribunal, ainsi que celle des juges d'instruction, qui selon eux ont mené une enquête à charge contre leurs clients. Lundi 13 mai, après le rejet des demandes de renvois, Me Eric Dupont-Moretti avait d'ailleurs annoncé saisir le président de la cour d’appel pour obtenir le remplacement du président du tribunal.

EDM et POS ont aussi dénoncé le fait de n'avoir été prévenus que le 7 mai de la tenue des deux procès enchaînés, ce qui posait, expliquait-il, des incompatibilités d’agenda, les deux avocats ayant d’autres procès en cours. Deux heures après le début de la séance, le tribunal s’est retiré pour délibérer, alors que le fond du dossier à savoir la fraude fiscale, n'avait toujours pas été abordé. 

Le volet fraude fiscale examiné jusqu'à vendredi

En milieu d'après-midi, le tribunal a finalement rejeté la demande de jonction des deux dossiers et le procès a débuté. Le président du tribunal a commencé la lecture du rapport des enquêteurs sur le délit de fraude fiscale. Propriété de Giverny sous évaluée, espèces à profusion : l'enquête de deux ans avait passé à la loupe le train de vie du couple, incompatible selon l'administration avec leurs revenus déclarés. Selon le fisc, les accusations portent sur environ quatre millions d'euros éludés : correspondant à l’impôt sur le revenu entre 2009 et 2014 et l'impôt sur la fortune (ISF) entre 2010 et 2015. 

L'audience a continué dans une ambiance très tendue, comme l'a rapporté notre journaliste sur place. Après la lecture de la synthèse des accusations, Patrick Balkany a fait une première déclaration spontanée au cours de laquelle il a lu deux lettres, écrites par son épouse en février 2016 et en février 2017, à destination des enquêteurs judiciaires. Isabelle Balkany y dénonce l’acharnement médiatique dont elle et son époux sont victimes, raconte "la vindicte", les calomnies contre leur couple. Dans les deux lettres, elle évoque également son mal-être et mentionne l'idée de "tirer définitivement sa révérence".

Avant de suspendre la séance, le président a indiqué que la journée du 15 mai serait consacrée à l'interrogatoire de Patrick Balkany. A la question : "Entendez-vous faire prévaloir votre droit au silence ?", le maire de Levallois a répondu du tac au tac "Sûrement pas monsieur le président !"

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A la sortie de l'audience, Eric Dupont-Moretti ne décolérait pas. Dénonçant toujours "l'absurdité" de l'ordre d'audiencement, soit justement le fait d'avoir séparé le procès en deux volets d'accusations, il a déployé son argumentaire devant les journalistes. Le maire de Levallois, lui, s'est également fait remarquer : "J'ai commencé la politique avec ma femme, nous étions riches. On la finit pauvres. [...] " Toute ma vie j'ai loué des maisons. On avait loué des maisons à l'année à Saint-Tropez pendant six ans. Et j'étais locataire. Et quand j'invite quelqu'un, je lui dis : 'Venez chez moi'. Je ne dis pas : 'Venez chez mon propriétaire'."

Pour le Parquet national financier, rassembler les deux volets d'accusations aurait été un véritable "piège". La Suisse et le Liechtenstein - où les époux Balkany sont soupçonnés d'avoir détenu des comptes non-déclarés et des sociétés écran - ayant accepté de communiquer des pièces aux enquêteurs dans le cadre du seul dossier "blanchiment", les utiliser dans le volet "fraude fiscale" serait revenu à "violer les engagements internationaux de la France".

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