"Oui, c'est grave et non, ce n'est pas banal" : huit mois de sursis pour l'homme filmé en train de se masturber dans le métro à Paris

Justice
#BALANCE TON MÉTRO - Ce lundi, un homme a été condamné par le tribunal de Paris à huit mois de prison avec sursis pour s'être masturbé dans le métro de la capitale. Il avait été filmé par sa victime. La vidéo avait fait le tour des réseaux sociaux, permettant à une autre femme de porter plainte.

C'est d'abord main sur son sexe qu'il est apparu sur les réseaux sociaux. C'est désormais bras ballants qu'il est présenté à la 29ème chambre du tribunal correctionnel de Paris. Ce 17 juin, l'homme de 48 ans qui avait été filmé en train de se masturber dans le métro de la capitale a été condamné à huit mois de prison avec sursis et mise à l'épreuve. Une décision aussi bien saluée par l'avocate des parties civiles que par les jeunes femmes, "fières" d'avoir dénoncé les agissements de l'homme sur Twitter.

Sur Twitter, les témoignages affluent

Les faits remontent au 12 décembre, lorsque l'homme se masturbe devant une jeune femme sur la ligne 7 du métro. Assis en face d'elle, il se touche le sexe et le "sort brièvement" à plusieurs reprises de son pantalon. Il la regarde dans les yeux, a plusieurs gestes déplacés et intimidants,  et lui propose même de boire un verre. Il est alors 18h, et personne ne réagit. Mais la jeune femme, Safiétou, a un bon réflexe : elle prend l'homme discrètement en vidéo et diffuse la séquence sur les réseaux sociaux en interpellant la RATP. Contre toute attente, la séquence devient virale. Alors qu'elle porte plainte quelques jours plus tard, une personne alerte sur l'identité de l'homme dont le visage apparaît sur les réseaux sociaux. Il s'appelle Munir et travaille chez McDonald's. Prévenu par son employeur, ce dernier comprend qu’il est recherché et se rend au commissariat. 


Six mois plus tard, l'homme comparait libre devant le tribunal. Originaire du Bangladesh, Munir réfute les accusations. Malgré les vidéos, les photos et les témoignages, il se défend. Cet employé dans une enseigne de restauration rapide des Champs-Elysées dit constamment se toucher les parties génitales à cause de problèmes au sexe. Devant la présidente, il passe de l’excuse de sa maladie, à prétendre qu’il connait les jeunes filles, en passant par "non je regardais le bébé à côté d’elle". Ou encore le très sérieux : "J'avais les lèvres sèches" quand on lui demande s’il est "obligé de se lécher les lèvres en se touchant les testicules" qui lui faisaient supposément mal. Tout ça dans un français plus qu'approximatif qui pousse l'assemblée à tendre l'oreille. Et la magistrate à demander que le prévenu s'exprime dans le micro à sa gauche. 

Sauf qu’à la barre, Safiétou est sûre d'elle. Malgré sa voix qui porte peu, elle parle avec conviction : ces agissements avaient des connotations sexuelles. ''S'il avait vraiment une maladie, il aurait fait ça aussi devant des hommes", note-t-elle, d’un calme olympien. Le menton relevé, aussi fière qu’elle l’était lorsqu’elle publie la séquence afin de montrer "à quel point c’est grave",  elle rappelle que non, elle ne le connait pas et que oui, il l’a bien suivie et la regardait fixement.  Mais alors pourquoi ne fait-elle rien lorsqu’elle est face à l’homme ? "On était dans un lieu public,  je ne voulais pas faire de scène", affirme la jeune femme, répondant en même temps à ces mêmes critiques qui lui ont été faites sur Twitter. Car sur le réseau social, nombreux ont crié au lynchage public, où à sa gentillesse prouvant qu’elle "aime ça".  


Sauf qu'aujourd’hui, la jeune femme aux cheveux frisés n’est pas seule. Car au-delà des injures, la publication de sa vidéo lui a permis aussi de trouver du soutien. À ses côtés, l’une des autres victimes de l’homme. Hortense, a porté plainte après être ''tombée'' sur la vidéo sur Twitter. C’est grâce à cette initiative, qui aura valu un flot d’insultes à la jeune femme, qu’Hortense a pu se constituer, elle aussi, partie civile. Des preuves supplémentaires essentielles face à un prévenu qui persiste à nier en bloc. C’est aussi sur le réseau social que les deux jeunes femmes ont trouvé une avocate, qui a proposé de porter leur cause devant le tribunal à titre gracieux. Une proposition pour que les deux victimes "ressentent que leur parole est entendue". 


Plus fortes à deux et épaulées par Me. Akkori, elles déballent, plus difficilement pour l’une que l’autre, avec exactitude, ces quelques minutes où cet homme en a fait des "objets sexuels", comme le décrit la présidente.  Hortense relate les faits d’une voix un peu plus faible. Le 2 septembre 2018, elle est dans le RER C lorsqu’elle doit faire face à l’homme. Si cette fois-ci, il se masturbe dans son pantalon, sans jamais lui montrer son sexe, on retrouve toutes les autres similitudes. Il lui dit qu’elle est "magnifique", "très belle", et la fixe avec insistance avant de lui demander de s'asseoir à côté d'elle. A ce moment-là, la jeune femme se sent très "seule". Et si elle en parle à beaucoup de proches et sa mère en rentrant, elle ne se rend pas au commissariat.  ''Quand ça n'arrive qu'à nous, on se dit que c'est banal, commun", témoigne-t-elle à la barre, yeux baissés. Jusqu’à la vidéo sur Twitter, qui a l’effet d’un "déclic", et lui donne la sensation d'être "obligée" d’agir. Elle reconnaît très rapidement ses mains, et la "manière dont elles bougeaient sur le pantalon", puis le visage. Un souvenir gravé dans sa rétine qui a frappé son avocate. Lors de sa plaidoirie, celle-ci insiste sur le caractère traumatique d’une telle exhibition. "Il suffit de voir des mains pour être replongée, en une seconde, trois mois plus tôt."

Je suivrai ce monsieur jusqu’au boutSafiétou, l'une des plaignantes

Malgré tout, ce père de famille continue de nier en bloc, au plus grand désarroi de la présidente et l’avocate de la partie civile. Car le passé de l’homme parle à sa place. Au-delà des deux témoignages, il a déjà eu un comportement plus que déplacé avec les femmes. S’il a un casier judiciaire vierge, il s’est déjà vu reprocher des faits comparables dans les transports en commun, en 2008 et 2010. A l’époque, il présentait déjà son opération au sexe comme principal alibi. Sauf que, plus récemment, deux autres faits viennent appuyer la thèse du prédateur sexuel. La présidente rappelle qu’il a été mis en cause dans l’établissement dans lequel il travaillait précédemment, à Porte Maillot. Il avait alors tenté d’embrasser une femme, et en avait embrassé une autre de force, en décembre puis février 2016. Face à ces souvenirs du passé, Munir tente une dernière défense, veine : "La porte s’est ouverte et elle est tombée sur moi."


Au moment de ces longues justifications, l’agacement de l’avocate de la partie civile se fait sentir. En prenant la parole, elle permet, d’une voix forte pour "porter" celle de ses clientes, de faire passer le message des réseaux sociaux au tribunal. Bien qu’elle ne soit pas là pour "faire dans le misérabilisme", Me Akkori est consternée. "Ça fait peur, sincèrement, de se dire qu’une personne peut sévir comme ça, régulièrement, puis être confrontée aux vidéos, aux photos, (...) et continuer à dire que c’est de la faute des femmes." Selon elle, le jour où ces faits sont enfin dénoncés hors de la simple toile, la "moindre des choses c’est de les reconnaître". Un discours à moitié entendu par le prévenu. A  la barre, celui-ci ne s’excuse pas, préférant promettre que "la prochaine fois" il ne se "touchera pas" même si son sexe le démange, "par respect pour la femme".


Outre les trois protagonistes présents, Twitter a donc tenu un rôle essentiel dans ce procès. Rôle qui ne passe pas inaperçu auprès du procureur. Alors qu’il requiert neuf mois de prison avec sursis et une amende de 500€, il démarre en ''félicitant'' Safiétou pour son ''courage''. ''Il faut contrer les préjugés sexistes : oui, c'est grave et non, ce n'est pas banal", scande l’homme, ajoutant pour ceux qui ne l’avaient pas compris : "Oui, vous êtes victimes, et oui vous deviez dénoncer ces faits." Il pointe ensuite du doigt l’importance des deux témoignages qui ont permis d’"accréditer et de rendre incontestable " la parole des victimes. Un discours qui émeut Safiétou, heureuse que l’homme ne "reste pas impuni". La jeune femme, dont la vidéo dépasse désormais les 1,9 millions de vues,  estime cependant que personne n’a réellement compris la dangerosité de l’homme, qu’elle décrit comme un "prédateur". Désormais "fière" d’avoir pu porter ce préjudice jusqu’au tribunal de Paris, elle continue à recevoir des témoignages, "par dizaines", dont celui d’une mineure, sur les agissements de l'employé en restauration rapide. Auprès de LCI, elle avertit qu’elle continuera à recevoir ces messages. "Je suivrai ce monsieur jusqu’au bout", prévient-elle. 

Le prévenu a été déclaré coupable et condamné à huit mois de prison avec sursis avec mise à l'épreuve et à verser 500 euros à chaque plaignante pour préjudice moral. Il a en outre une obligation de soins y compris psychologiques. Une obligation qui ne figurait pas dans les réquisitions du procureur et que la présidente justifie par le comportement du prévenu qui "refuse la réalité". Car si l’expertise médico-psychologique corrobore bien une opération des testicules, il y a trois ans, elle a surtout identifié que le patient avait une "addiction fantasmatique sexuelle" très importante. En résumé : "le sexe envahit toute sa  mentalité". Une décision saluée par Me Akorri. En fin d’audience, souriante et embrassant ses clientes, elle nous décrit une condamnation "parfaite".

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