Ouverture d'une enquête après un prêche aux propos antisémites prononcé par l'imam de Toulouse

Justice

ANTISÉMITISME - Le parquet de Toulouse a diligenté une enquête pour "des faits susceptibles de constituer une incitation à la haine", après la diffusion d'un prêche de l'imam de Toulouse. Mohamed Tataï y cite un hadith antisémite et parle de la fin de l'Etat d'Israël.

L'imam de Toulouse est-il coupable d'incitation à la haine ? C'est ce que doit déterminer le parquet de Toulouse. C'est une vidéo postée par l'institut de recherche des médias du Moyen-Orient Memri qui a mis le feu aux poudres. On y voit Mohamed Tataï prêcher - en gros plan - en arabe. Un discours qui date de décembre 2017. Selon la traduction, il y cite un hadith, soit la retranscription d'actes ou de paroles de Mahomet qui a pour thème "la bataille finale décisive" entre musulmans et juifs. 

"Le Jugement dernier ne viendra pas jusqu'à ce que les musulmans combattent les juifs", récite Mohamed Tataï. "Les Juifs se cacheront derrière les pierres et les arbres, et les pierres et les arbres diront : 'Ô musulman, ô serviteur d’Allah, il y a un Juif qui se cache derrière moi, viens le tuer', à l’exception de l’arbre Gharqad, qui est l’un des arbres des Juifs." Et de conclure, assuré, que "les chrétiens et les juifs croient aussi à ces prophéties".

La vidéo reprend un autre extrait de son prêche, une autre prophétie, juive cette fois, pour le moins étonnante : la mort de l'état d'Israël. L'imam rapporte des prétendus propos du premier ministre israélien Benjamin Netanyahou. "Il a dit qu'il avait peur qu'Israël ne vive pas plus longtemps que 76 ans – comme le rapporte les prophéties (juives)", indique Mohamed Tataï. Évoquant l'enterrement du président israélien Shimon Peres en 2016, le chef religieux assure qu'un journaliste "bien connu" aurait alors dit : "Les gens ne viennent pas aujourd'hui aux funérailles de Peres, mais aux funérailles d'Israël".

Postée le 26 juin par l'Institut Memri, la vidéo s'est rapidement diffusée sur les réseaux sociaux jusqu'à ce que le maire de Toulouse en soit alerté. Jean-Luc Moudenc (LR) s'est alors empressé d'écrire au préfet de la région Occitanie pour demander qu'une enquête soit menée.

Dans un premier temps, le parquet, saisi par le préfet de Haute Garonne, a chargé le service régional de police judiciaire (SRPJ) de Toulouse de "vérifier le contenu" du prêche ainsi que ses modalités de diffusion. "Les propos relayés (en arabe) seront donc traduits dans ce cadre judiciaire par un interprète assermenté", souligne le procureur dans un communiqué. "A l'issue de ces premiers actes d'enquête, il sera possible de vérifier la réalité d'un contenu infractionnel."

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Mais déjà, les réactions ne se sont pas fait attendre. Les élus RN locaux appellent à l'expulsion de l'imam algérien et à la fermeture de la Grande mosquée – pourtant tout juste inaugurée le 23 juin dernier. Tout comme Eric Ciotti (LR), qui a interpellé vendredi le ministre de l'Intérieur à ce sujet.

Les organisations religieuses sont, elles aussi, montées au créneau. L'Union des Etudiants Juifs de France, rapidement rejointe par la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (Licra), ont déjà indiqué qu'elles portaient plainte. Le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) s'est lui, limité à un tweet, condamnant "avec la plus grande fermeté les appels à la haine prononcés par l'Imam de Toulouse Mohamed Tatai". 

Du côté des organisations musulmanes, la grande mosquée de Paris a réagi. Elle "rappelle son combat permanent contre l'antisémitisme et toute forme de racisme" et a convoqué, dès ce lundi, l'imam, pour qu'il donne "des explications au recteur Dalil Boubakeur sur l'utilisation de ce hadith", rapporte l'AFP.

Selon nos confrères de Marianne, qui ont dévoilé l'affaire en premier lieu, Mohamed Tataï n'en serait pas à son coup d'essai. L'hebdomadaire évoque d'autres prêches antisémites, mais aussi misogynes et anti-Occident.

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