Un prévenu accuse un policier de l'avoir frappé au tribunal de Paris : deux enquêtes ouvertes

Justice
JUSTICE - Un jeune prévenu, qui comparaissait lundi 23 juillet au tribunal de Paris, accuse un fonctionnaire de police de l'avoir frappé dans les toilettes. Une photo prise par ses avocats atteste d'une blessure au niveau de l’œil gauche. Deux enquêtes sont désormais ouvertes : l'une, visant le policier pour violence volontaire, est confiée à l'IGPN. L'autre, visant le prévenu, pour violence volontaire et menace de mort sur personne dépositaire de l'autorité publique.

Edit mercredi 25 juillet : la Conférence des Avocats du Barreau de Paris annonce avoir saisi, ce jour, la Contrôleuse des lieux de privation de liberté.


Que s'est-il passé lundi 23 juillet, dans les arrière-salles du tribunal de grande instance de Paris ? Lors d'une comparution de renvoi qui se tenait à la 23e chambre, un jeune prévenu jugé pour vol de portefeuille en réunion est arrivé dans la salle d'audience blessé au niveau de l’œil gauche, l'arcade sourcilière ouverte. Quelques instants plus tôt, pendant une suspension d'audience, ses avocats avaient pu s'entretenir avec lui en attendant que son affaire soit appelée : il ne présentait alors aucune blessure. 


Contacté par LCI, Joris Monin de Flaugergues, l'un de ses avocats et premier secrétaire de la Conférence des Avocats du Barreau de Paris, relate la version des faits telle qu'elle lui a été rapportée par son client. Celui-ci accuse un policier de l'avoir frappé aux toilettes. "Dans une arrière-salle du tribunal, le temps que son affaire soit appelée, mon client a tenté d'interagir avec un prévenu dans une autre cellule, ce qui est interdit. Un fonctionnaire de police lui a demandé de se taire, ce qu'il a fait. Puis, il a demandé à aller aux toilettes. Alors qu'il était en train d'uriner, ce policier lui a fait savoir qu'il n'y avait pas de caméra dans les WC. Il s'est absenté pour mettre des gants puis lui a donné plusieurs coups au visage."

Le fonctionnaire de police a lui aussi porté plainte

A son retour dans la salle, les avocats du jeune homme ont décidé de porter plainte immédiatement auprès du substitut du procureur. Une information confirmée par le parquet de Paris à LCI ce mardi matin : une enquête, confiée à l'IGPN, la police des polices, est donc ouverte pour violence volontaire par personne dépositaire de l'autorité publique. Mais ce n'est pas la seule enquête dans cette histoire, car la version du fonctionnaire de police ne corrobore pas celle du détenu.


En effet, le policier a lui aussi porté plainte. Une seconde enquête est donc également ouverte des chefs de violence volontaire et menace de mort sur personne dépositaire de l'autorité publique. "Il y a eu une altercation", résume Joris Monin de Flaugergues. "On verra la réalité des faits, mais dans tous les cas, on a d'un côté un gamin de 18 ans et de l'autre un fonctionnaire censé être formé à garder son calme dans ce genre de situation. Ce geste est inacceptable."

La Conférence des Avocats du Barreau de Paris se dit "inquiète"

Et c'est bien ce qui interpelle la Conférence des Avocats du Barreau de Paris, qui se dit aujourd'hui "inquiète". En sa qualité de premier secrétaire, l'avocat poursuit : "Dans l'ancien palais de justice, les gendarmes étaient éminemment compétents. Depuis que le tribunal a déménagé, le service a basculé : c'est désormais la police qui gère l'ordre et la sécurité des détenus. Ces policiers sont jeunes, ils sortent d'école et sont moins expérimentés. Nous avons des inquiétudes au sujet de leurs compétences." 

En vidéo

Violence au tribunal de Paris, un policier en garde à vue

Et pour étayer ses propos, la Conférence met en avant un précédent, pas si vieux que ça. Il y a dix jours à peine, une vidéo montrait un policier frapper un détenu dans ce même tribunal. Le fonctionnaire, depuis, a été mis en examen et libéré sous contrôle judiciaire. Quant au jeune prévenu blessé dans cette nouvelle affaire, il sera jugé à la fin du mois de juillet. Son audience a de nouveau été repoussée en raison de cet incident. En attendant, il a été maintenu en détention provisoire. 

Sur le même sujet

Et aussi

Lire et commenter