Pédocriminalité dans l’Eglise : qui est l’ex-père Bernard Preynat ?

Pédocriminalité dans l’Eglise : qui est l’ex-père Bernard Preynat ?
Justice

PÉDOPHILIE - L’ancien prêtre, aujourd’hui âgé de 74 ans, est jugé à partir du mardi 14 janvier au tribunal correctionnel de Lyon, pour agressions sexuelles sur mineurs par personne ayant autorité. Il risque une peine maximale de dix ans d’emprisonnement.

Il agit comme une mauvaise conscience taraudant le diocèse de Lyon et le catholicisme français. Le père Bernard Preynat, ancien aumônier responsable des scouts de Sainte-Foy a officié durant vingt ans à la paroisse du Coteau, près de Roanne (Loire). Il est jugé ce mardi 14 janvier pour "atteintes sexuelles sur mineurs de moins de 15 ans par personne ayant autorité". 

Le protégé du cardinal Barbarin a reconnu des dizaines d’agressions de 1972 à 1991, lorsqu’il était en poste. Sur trente-cinq victimes listées et entendues durant l’instruction judiciaire, dix se sont constituées partie civile au procès, pour des faits qui remontent à plus de trente ans, aux limites de la prescription pénale. 

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Les penchants pédophile du prêtre Preynat étaient connus depuis une cinquantaine d'années. Lors de ses auditions, il a en effet affirmé au juge avoir confié ses problèmes d’attirance envers les enfants "dès sa première année de séminaire". 

Selon ses propres aveux, Bernard Preynat a commencé ses agressions sexuelles dans les années 60, vers l’âge de 16 ou 17 ans, lorsqu'il était moniteur de colonies de vacances. Il a interrompu ses études pour être suivi en 1967-1968 à l’hôpital psychiatrique de Lyon, Le Vinatier puis rencontré un prêtre psy à Paris, le père Bouchot. Une thérapie qui s'est soldée par un échec. De ces zones d'ombre, ses supérieurs n'en tiennent pas rigueur. En 1971, Preynat est ordonné et nommé à la paroisse Saint-Luc de Sainte-Foy-lès-Lyon. 

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VIDÉO Studio - L'Affaire Preynat : Un prêtre devant la Justice

Dans les années 70, l’abbé doué de charisme s’affiche comme un curé respectable, accordé avec l'existence. Le vernis des apparences trompeuses. Bernard Preynat, qui avait alors tous les atouts pour devenir évêque, se promeut instigateur d’une troupe de scouts indépendante des mouvements du scoutisme français ; il en est le seul maître à bord. Des centaines d’enfants d’une dizaine d’années le fréquentent au quotidien et tombent sous sa férule. 

Pour assouvir ses pulsions pédocriminelles, Preynat a profité des camps scouts à l'étranger (à Rome ou en Irlande, notamment), ainsi que ses activités de la paroisse Saint-Luc (dans son bureau, dans la salle des costumes, dans le laboratoire photo). Lors de ses agissements, il a prodigué des caresses "dans le short, sur les fesses, des baisers appuyés" aux jeunes garçons sans défense et intimé le silence à ses victimes, esseulées, démunies. 

La rencontre avec Barbarin

En dépit des témoignages, Preynat reste en poste jusqu’en 1991, année où il affirme avoir stoppé ses agissements. Cette année-là, les parents de François Devaux, l’un des fondateurs de l'association Parole libérée, menacent de porter l’affaire devant la justice. Comme le relate "Libération", l’abbé est suspendu, exfiltré par le cardinal Albert Decourtray, l’archevêque de Lyon de l’époque, à l’autre bout du diocèse, à Neulise, un gros bourg rural de la Loire. Au cours de cet été, l’abbé fait la connaissance de Philippe Barbarin, curé dans le Val-de-Marne à l’époque et qui sera nommé futur archevêque de Lyon en 2002. Preynat poursuit sa carrière, estampillé curé-doyen par Barbarin en 2013.

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C'est en 2014, en rencontrant une victime de Preynat, Alexandre Hezez, que l'archevêque assure avoir appris le détail des abus et l'existence de dizaines de victimes. L'année suivante, après plus d’un an d’échanges infructueux, Alexandre Hezez décide de porter plainte contre l’ancien curé. Suspendu puis mis à la retraite cette année-là, Preynat est exclu en juillet 2019, "renvoyé de l’état clérical" selon la formule du tribunal ecclésiastique de Lyon. Et les enquêteurs de découvrir d’autres victimes. Des lettres et documents retrouvées dans les archives de l’évêché de Lyon démontrent que plusieurs familles et responsables religieux savaient tout, depuis des décennies. Ce volet a valu un procès pour non-dénonciation au cardinal Philippe Barbarin. 

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L’affaire a inspiré le film Grâce à Dieu, œuvre de salubrité publique qui s'intéresse au silence de l'Eglise face aux agressions sexuelles subies par des enfants. Soit le chemin de croix de trois hommes (joués par Melvil Poupaud, Denis Ménochet, et Swann Arlaud), trois victimes du père Preynat qui ont osé parler, trois hommes en colère qui, des années après leur agression, s’aperçoivent que ce prêtre donne encore des cours de catéchisme aux enfants. 

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L’ancien abbé, 74 ans, risque jusqu’à dix ans de prison. Cette procédure est une première en France dans des affaires de pédocriminalité dans l’Église, pour qu’aucun enfant ne subisse à nouveau les attouchements d’un prêtre pédophile : "Si la société maintenant est prête à accueillir cette parole, à l’accepter et la respecter, les choses vont vraiment changer", confiait le réalisateur François Ozon à la sortie de son film. 

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