"Pendez les blancs" : le rappeur Nick Conrad condamné à 5.000 euros d'amende avec sursis

Justice

JUSTICE - Le tribunal correctionnel de Paris a condamné ce mardi le rappeur Nick Conrad à 5.000 euros d'amende avec sursis.Le rappeur était poursuivi pour "provocation directe à commettre des atteintes à la vie" après la diffusion à l'automne 2018 de son clip "Pendez les Blancs".

Au tribunal correctionnel de Paris le 9 janvier, il était apparu en veste, cravate et chemise blanche et s'était exprimée clairement et calmement. Une image bien loin de celle apparue dans son clip, quelques mois plus tôt, dans lequel il a appelait commettre des exactions à l'égard d'une certaine population... 

Ce mardi 19 mars, le tribunal correctionnel de Paris a rendu son jugement à l'encontre du rappeur Nick Conrad qui a comparu il y a un peu plus de deux mois pour "provocation directe à commettre des atteintes à la vie". En cause ? Un clip diffusé à l'automne sous l'acronyme "PLB" pour "Pendez les Blancs". Le tribunal a condamné le chanteur à 5000 euros d'amende avec sursis.

Lors de l'audience en janvier dernier, le parquet avait requis une amende de 5000 euros avec sursis, estimant que cet artiste noir de 35 ans "a outrepassé les limites autorisées de la liberté d'expression dans ce genre singulier qu'est le rap". 

"Je suis déçu mais le combat va continuer", "on va faire appel", a réagi le rappeur à l'issue du jugement. Pour ces faits, Nick Conrad encourt jusqu'à cinq ans de prison et 45.000 euros d'amende.

Lire aussi

Dénoncer le racisme "à l'envers"

Aux paroles explicites du morceau, Nick Conrad avait ajouté des gestes ultraviolents. On peut par exemple voir sur les images du clip le rappeur enfonçant un revolver dans la bouche d'un Blanc, lui tirant dessus ou lui écrasant la tête sur un trottoir. La victime apparaît également pendue à une corde.

Pour se justifier, Nick Conrad avait défendu à l'audience une œuvre revendicative, certes réaliste mais fictionnelle et truffée de références à des films comme "American History X", qui explore les origines du racisme et de l'extrémisme aux États-Unis. 

Il s'agit d'une dénonciation du racisme à travers l'évocation "à l'envers" de l'esclavage, des lynchages subis par les Noirs, avait expliqué l'artiste, citant pour preuve ces paroles : "Je viens inverser le commerce gulaire-trian (triangulaire en verlan)."

Les avocats du rappeur, qui a perdu son emploi de réceptionniste dans un palace en raison de cette affaire, avaient plaidé la nullité de la procédure avant de demander sa relaxe. Me Apelbaum avait notamment déclaré au cours de sa plaidoirie : "Le clip 'Pendez Les Blancs' est une suite de références. La pendaison renvoie à des événements historiques extrêmement clairs. Comment ne pas voir l'allusion au Ku Klux Klan dans cette scène. Strange Fruit de Billie Holliday... ". 

Le procureur avait, lui, estimé qu'il n'y avait "aucune formulation imagée ou métaphore". "La métaphore est quelque chose qui renvoie à la poésie à la tendresse. Quand j'entends ''Pendez les Blancs' ça ne renvoie pas à la tendresse, à la poésie. Il y a un radicalité du propos, propos répété et vindicatif", avait insisté le procureur dans son réquisitoire. "Je n'ai pas trouvé dans la nature des propos et dans ce qui est dit ensuite par le prévenu la distanciation nécessaire. Monsieur Nick Conrad a outrepassé les limites autorisées de la liberté d'expression." 

Lire et commenter