Affaire Grégory : la décision de la cour d'appel de Paris sur le témoignage de Murielle Bolle pourrait tout changer

Les déclarations de Murielle Bolle annulées ?
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PROCEDURE - Près de 36 ans après la mort du "petit" Grégory Villemin dans les Vosges, la cour d'appel de Paris doit dire jeudi 16 janvier si elle annule les déclarations de Murielle Bolle lors de sa garde à vue en 1984, et dans quelles proportions. Une décision qui pourrait invalider une centaine de pièces du dossier, basées sur ce témoignage.

Tous les protagonistes de l’affaire du petit Gregory sont suspendus à cette décision : jeudi 16 janvier, la cour d'appel de Paris dira si elle confirme ou annule les déclarations faites par Murielle Bolle en garde à vue, en 1984. De ce choix dépend la validité de la quasi totalité du dossier d’enquête monté depuis la mort de Gregory Villemin. Après trente-six années passées sur une des plus grandes énigmes criminelles françaises, les enquêteurs pourraient potentiellement devoir repartir de zéro.

Un témoignage posant problème depuis 1984

Rapide retour en arrière : entre le 2 et 3 novembre 1984, Murielle Bolle, âgée de 15 ans, est en garde à vue dans l’histoire du meurtre de Gregory Villemin. Le garçon âgé de 4 ans a été retrouvé mort, pieds et poings liés, dans les eaux de la Vologne deux semaines plus tôt. Devant les gendarmes, la jeune fille accuse son beau-frère Bernard Laroche d’avoir kidnappé le garçon devant elle. Des propos qu'elle réitère quelques jours plus tard face au juge d'instruction Jean-Michel Lambert.

Bernard Laroche est le cousin du père de Grégory, Jean-Marie Villemin. En parallèle des déclarations de Murielle Bolle, il est confondu par une expertise graphologique sur l’écriture de la lettre de vengeance reçue par les parents du petit. Le juge Jean-Michel Lambert fait écrouer Bernard Laroche pour assassinat. Mais il ne reste en prison que quelques mois : Murielle Bolle s’est depuis rétractée. L'adolescente dit avoir tenu ces propos sous la contrainte des gendarmes. Depuis cette révélation, elle n'a cessé de clamer l'innocence de Bernard Laroche, finalement abattu par Jean-Marie Villemin en mars 1985.

Pourquoi la cour d'appel doit-elle se prononcer ?

Pour revenir définitivement sur ses déclarations d’adolescente, Murielle Bolle s'est pourvue en justice. La cour de Cassation a ainsi reconnu le 19 février 2019 que la garde à vue de l’adolescente avait été effectuée dans des conditions "inconstitutionnelles", sans la présence d’un avocat ou notification du droit de se taire, par exemple. En novembre dernier, Murielle Bolle a obtenu une seconde victoire devant le Conseil constitutionnel, qui avait estimé à son tour que ses droits fondamentaux de mineure n’avaient pas été respectés en 1984.

S'appuyant sur ces décisions judiciaires, la défense de Murielle Bolle a donc demandé l’annulation partielle ou totale de 198 actes ou passages d’actes contenus dans le dossier. Et notamment les six pages de procès-verbal de la garde à vue des 2 et 3 novembre 1984. Ses avocats ont présenté cette demande le 18 décembre, lors de l’audience à huis clos devant la chambre de l’instruction de la cour d'appel de Paris, à qui la cour de Cassation a renvoyé en février ce volet de l'affaire Grégory, et qui rendra sa décision jeudi 16 janvier.

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Quelles conséquences aura cette décision ?

La Cour d'appel de Paris se prononcera plus précisément sur la validité de la garde à vue de Murielle Bolle en 1984, jugée inconstitutionnelle, comme dit plus haut. Si elle est jugée non valide, les magistrats devront également expliquer en quelle proportion les déclarations de Murielle Bolle tenues lors de cette garde à vue, seront annulées. Un jeu de dominos se mettrait alors en place, plusieurs actes de procédures basés sur ses déclarations étant susceptibles d'être invalidés à leur tour.

L’avocat général a requis pour sa part l’annulation de la garde à vue de Murielle Bolle et l'invalidation de certains éléments y faisant référence dans un peu plus d'une centaine de pièces du dossier. Il a cependant aussi demandé la conservation des  déclarations de la jeune fille faites auprès des gendarmes avant le début officiel de cette garde à vue - soit les trois premières pages du procès-verbal - ainsi que son interrogatoire par le juge Lambert, dans le dossier. Jusqu'à demain, toutes les options sont possibles mais cette décision sera un rebond déterminant dans cette enquête de plusieurs décennies.

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