Prison : le ministre de la Justice annonce la fin des unités de déradicalisation "telles qu'elles existent aujourd'hui"

Prison : le ministre de la Justice annonce la fin des unités de déradicalisation "telles qu'elles existent aujourd'hui"
Justice

ANTITERRORISME - Le ministre de la Justice Jean-Jacques Urvoas s’exprimait ce mardi sur la sécurité pénitentiaire et la lutte contre la radicalisation violente en détention. Il a annoncé la fin des unités dédiées à la radicalisation dans leur forme actuelle au sein des détentions classiques.

Changement de cap, pour la prévention de la radicalisation. Finies les unités dédiées à la prévention de la radicalisation "telles qu'elles existent aujourd'hui". Le ministre de la Justice Jean-Jacques Urvoas tenait ce mardi matin une conférence de presse sur la sécurité pénitentiaire et la lutte contre la radicalisation violente dans les prisons. Et ses annonces ressemblent bien à un petit volte-face.

Le ministre de la Justice a d'abord rappelé les chiffres, en hausse exponentielle : "Nous allons faire face à une déferlante d’affaires de terrorisme." Les chiffres le montrent déjà : 349 personnes ont été incarcérées pour des faits de terrorisme dont 31 femmes et 18 mineurs en 2016, d’après les chiffres officiels. Il y en avait 90 en 2014. "Il y a des détenus radicalisés dans quasiment tous les établissements pénitentiaires", a-t-il précisé.

Pour faire face, l'administration pénitentiaire a créé cinq structures dédiées à la radicalisation dans les prisons : trois pour la prise en charge, deux pour l'évaluation de la dangerosité. "J’ai dans un premier temps voulu suivre ces expérimentations", a indiqué Jean-Jacques Urvoas. "J'ai voulu que mes services y passent beaucoup de temps."

De nouvelles équipes armées à l'extérieur des établissements

Et d'après les premiers retours, ces unités, installées en janvier 2016, ne semblent pas résoudre le problème, loin de là. "En neuf mois à six reprises, nous avons été contraints d’activer la cellule de crise de l'administration pénitentiaire", indique le ministre. "C’est une question de sécurité à l’intérieur des établissements pénitentiaires", a-t-il estimé, en référence notamment à l'attaque d'un surveillant par un détenu islamiste. "La violence augmente en détention. Entre détenus et entre personnels et détenus." Le ministre a donc annoncé la "fin de ces unités dédiéesé au sein des établissements de détention classique telles qu'elles existent aujourd'hui" : "Le principe des unités dédiées n'était pas celui de l'étanchéité mais celui du regroupement", a-t-il reconnu, estimant toutefois que "les unités dédiées ne sont pas un échec". 

La fin de ces unités dédiées au sein des détentions classique était demandée par les syndicats, pour qui elles étaient "extrêmement dangereuses. On continue malheureusement à polluer le reste de la population pénale", indiquait ainsi Emmanuel Gauthrin, secrétaire général de FO Pénitentiaire en septembre dernier, au lendemain de l’agression d’un surveillant à la maison d'arrêt d'Osny.

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     "L’approche pluridisciplinaire est à saluer", estime Jean-Jacques Urvoas, insistant sur la "nécessité d’évaluer les détenus", et "concentrer les moyens sur ceux dont la radicalisation est la moins construite, la moins aboutie". Pour ça, le ministre annonce la création de six quartiers d’"évaluation de la radicalisation" : quatre dans les anciennes unités et deux à Bordeaux et Marseille. Les résultats vont être observés pendant 4 mois. 

    Pour les détenus les plus violents, une centaine de place dans les maisons centrales et 200 en maison d’arrêt seront habilités à les accueillir. Des places "d’isolement", "avec des règles de sécurité plus strictes", a précisé le ministre. Les détenus feront l’objet d’un suivi individualisé. Un autre dispositif sera mis en place dans 27 établissements pénitentiaires, pour les détenus moins dangereux et moins violents. La sécurité y sera renforcée, mais "la fréquentation d’autres détenus peut être bénéfique pour eux". 

    Le ministre a également déroulé d'autres mesures qu’il veut mettre en place : création d'une sous-direction de l'administration pénitentiaire chargée des questions de sécurité, qui regroupera notamment les ERIS (équipes régionales d’intervention et de sécurité) et le bureau central du renseignement pénitentiaire va également rejoindre cette sous-direction. Le garde des Sceaux a aussi annoncé la création d’équipes de sécurité pénitentiaire, aux côtés des ERIS qui existent déjà. Ces nouvelles équipes seront armées lorsqu'elles seront à l’extérieur des établissements. 58 millions d’euros vont être consacrés à la sécurité des prisons. Le ministre a également annoncé son intention d’investir pour que les établissements soient équipés de vidéo, installer des systèmes anti-projection.

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