Abdelkader Merah : "J’espère tous les jours que mon petit frère est au paradis"

Abdelkader Merah : "J’espère tous les jours que mon petit frère est au paradis"

JUSTICE – Jugé au côté de Fettah Malki depuis le 2 octobre et jusqu’au 3 novembre prochain, Abdelkader Merah a été longuement interrogé ce vendredi sur la religion. L’accusé déclare être "musulman orthodoxe" mais affirme n’avoir jamais appelé à des actions violentes.

Pendant plus de six heures, il a été questionné sur le sujet. Pourtant, à l’issue de cet interrogatoire axé ce vendredi exclusivement sur la religion, Abdelkader Merah, n’a fait aucune révélation. Devant la cour d’assises spéciale, où il est jugé pour complicité dans les actes terroristes commis par son petit frère Mohamed en mars 2012 à Toulouse et Montauban, il ne reconnaît jamais son islamisme radical. L’accusé se dit "musulman orthodoxe", affirme qu’il rejette toute action violente et conteste le "rôle de tête pensante" dans les crimes du "tueur au scooter", rôle que lui attribuent l’accusation et les parties civiles. 


Debout dans le box, Abdelkader Merah, chemise blanche, catogan, barbe et lunettes, a ainsi expliqué qu’il s’était converti auprès de Sabri Essid, arrivé aux Izards à Toulouse "avec la barbe, les cheveux longs et en cabriolet Mercedes". "Il  m'a donné une nouvelle image de l'islam que les jeunes du quartier considéraient comme moyenâgeuse", dit-il. 

Des PV signés avec des versets

Abdelkader Merah indique être ensuite parti en Egypte, plusieurs fois, pour "étudier l’arabe littéraire dans une école coranique". Comme sa compagne Yasmina, il dit n’avoir rencontré personne là-bas, ou presque, parle essentiellement d’étude et de loisirs.  L’accusé dira plus tard : "L’islam me suit partout : je vis, je mange et je dors musulman. J’applique l’état musulman dans mon cœur. (…) Je considère la démocratie comme une religion. Je ne reconnais pas les lois de l’Homme, je ne reconnais que les lois d’Allah." L’avocate générale lui rappelle qu’il a signé des procès-verbaux d’interrogatoires avec des versets du Coran…

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Procès d’Abdelkader Merah : "Mon frère était un musulman pécheur"

"Jihad" et "recette de cannellonis"

Et quand on lui demande pourquoi "au moins 10%"  des documents retrouvés dans son disque dur étaient "dédiés au jihad", Abdelkader Merah indique récupérer tout de "ses frères musulmans... par curiosité".  Me Dupond-Moretti, avocat d'Abdelkader Merah, rappelle qu’y a été également découverte une "recette de cannellonis au porc"… 


Et parmi les 500 ouvrages de sa bibliothèque ? : "Le Coran made in USA", "Les astuces de Satan pour corrompre les cœurs", la biographie de Ben Laden… "Ce n’est pas parce qu'on lit que l’on adhère,  fait remarquer Me Dupond-Moretti. Aucun document condamnant les attentats n'a été retrouvé" fait remarquer l'avocate générale". 

"Mon frère est un musulman terroriste"

Puis viennent les écoutes de conversations avec sa mère au parloir, où Abdelkader Merah lui a déclaré : "Maman, le cadeau que m'a fait Mohamed, c'est le plus beau". Il lui a aussi confié vouloir appeler son fils "Mohamed Abou Youssouf." Les crimes de son frère, il dit les "avoir pris comme une épreuve". Il ajoute : "Et en islam, les épreuves ont valeur de purification".


Selon lui son frère Mohamed est-il mort en martyr ? "Je ne sais pas répond l’accusé". "Mon frère est un musulman terroriste, concède-t-il. Mais c’est mon petit frère, mon sang (…) J’espère tous les jours qu’il est au paradis". La salle est sous le choc…

"Une secte de criminels"

Parties civiles et accusation ne sont pas dupes... "Soyons clair, l’idéologie d’Abdelkader Merah, c’est celle des frères Clain, de Sabri Essid. C’est une idéologie mortifère et c’est avant tout ce qu’on nous a expliqué comme le jihadisme de l’épée, le jihadisme armé, a réagi Me Korchia, avocat de Samuel Sandler, dont le fils Jonathan 30 ans et les deux petits-fils, Arié et Gabriel (5 et 3 ans) ont été assassinés par Mohamed Merah à l’école Ozar Hatorah. On ne comprend pas ce dossier si on ne comprend pas qu’il y a un monstre à deux têtes composé, d’une part, du jihadisme intellectuel, doctrinaire d’Abdelkader Merah et de celui de son petit frère, qui est le bras armé des attentats". 

Interrogé une fois l’audience suspendue, Naoufal Ibn-Ziaten, frère d’Imad, premier militaire tué par Mohamed Merah en mars 2012, a déclaré que, pour lui, la journée avait été "difficile" et "compliquée". "Je n’arrive pas à m’identifier dans sa religion, je ne sais pas s’il (Abdelkader Merah) s’identifie dans la religion musulmane, en tout cas, c’est pas la mienne. C’est pas une religion musulmane, c’est une secte de criminels. L’accusé est dans la dissimulation, la taqya (l'art de la tromperie, ndlr). Il ne répond pas aux questions. Il dévie systématiquement. (…) Il reste à dire que c’est un ange alors que c’est un personnage assez dangereux". 

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Le procès Merah

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