Attentat raté de Notre-Dame : les versions des deux accusées s'opposent

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Attentat manqué aux bonbonnes de gaz à Paris

JUSTICE - L'une des accusées dans l'affaire de l'attentat raté de Notre-Dame de Paris en 2016 affirme avoir volontairement fait échouer l'attaque. Une version qui diverge de celle de sa co-accusée.

Qui dit la vérité et qui ment ? Ornella Gilligmann et Inès Madani, jugées depuis la semaine dernière dans le cadre de l’attentat raté près de la cathédrale de Notre-Dame de Paris en 2016, ont présenté lundi à la cours d’assises des versions divergentes.
Ornella Gilligmann affirme de son côté avoir volontairement fait échouer l’attaque. "Ca me fait rire, j'arrive pas à comprendre. Elle organise tout ça, on y est toutes les deux. Et puis devant la cour d'assises, on devrait presque lui donner une médaille pour sa participation!", a répondu Inès Madani avant d’ajouter en souriant "Chacun sa version. Y a pas de souci."

Les deux accusées se rejettent depuis le début du procès la responsabilité de cette tentative d’attentat. Jeudi 26 septembre, Inès Madani a chargé Ornella Gilligmann en affirmant qu'elle avait pris l'initiative du projet et qu'elle l'avait organisé. Les faits remontent à septembre 2016 lorsque les deux accusées ont laissé une Peugeot 607 remplie de bonbonnes de gaz dans une rue proche de la cathédrale Notre-Dame, devant des restaurants où se trouvaient plusieurs dizaines de personnes. Elles ont tenté de la faire exploser mais un mauvais choix de carburant a fait échouer leur plan.

Ornella Gilligmann explique avoir agi par amour

Ornella Gilligmann, 32 ans, explique avoir agi par amour pour "Abou Junayd", un djihadiste rencontré sur Internet. Problème : il s'agissait en réalité Inès Madani (ce qu'elle a compris seulement lors de l'instruction). Elle se serait mariée avec "Abou", comme elle continue de l'appeler, par téléphone mi-août 2016. Rachid Kassim, propagandiste du groupe Etat islamique (EI), aurait été le "tuteur" du mariage. Ornella Gilligmann, qui habitait alors dans le Loiret avec ses trois enfants et leur père d'avec qui elle venait de divorcer religieusement, affirme être venue à Paris pour "consommer" ce mariage. Mais la rencontre a été une nouvelle fois reportée et elle a dû se contenter de celle qui se présentait comme "sa sœur", Inès Madani. 

"Abou" lui aurait cependant demandé "un service": acheter des bonbonnes de gaz. "Je savais qu'il était dans des trucs terros", admet-elle du bout des lèvres. Elle était bien consciente qu'une action violente devait se produire, lui fait dire son avocat. "Je me suis embourbée", martèle-t-elle. "J'étais piégée. Je ne savais pas quoi faire". Ornella Gilligmann aurait décidé de faire échouer l'attentat d'Inès Madani, en remplaçant l'essence par du gazole, un carburant très difficilement inflammable. 

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Inès Madani, aujourd'hui âgée de 22 ans, "était persuadée que ça allait prendre feu, (...) mais pour moi, il n'y avait aucune chance", affirme l'accusée. Le président de la cour d'assises, qui reproche Ornella Gilligmann d'avoir trop souvent changé de versions, ne cache pas son scepticisme. L'avocate générale va plus loin: "Vos déclarations sont confuses, contradictoires et contredites par certains éléments de la procédure. (...) Vous encourrez la perpétuité. Essayez de dire la vérité!". La magistrate enchaîne: "La version que vous développez devant la cour est ni plus ni moins que vous êtes une héroïne, une personne qui a tout fait pour éviter un attentat. Où est votre responsabilité?". "Avoir embrassé l'idéologie de cet homme, m'être retrouvée dans une histoire d'attentat alors que je savais que j'allais m'y retrouver, ma responsabilité, elle est là", lui répond-elle. 

La jeune femme admet avoir été radicalisée, mais nie avoir rejoint l'EI. Son allégeance? "Une formalité", minimise Ornella Gilligmann, qui avait pourtant tenté de se rendre en Syrie dès septembre 2014. Inès Madani, elle, sourit discrètement à chaque tentative d'explication de sa co-accusée. Sa version était "radicalement opposée", comme l'a rappelé le président. Jeudi 26 septembre, elle a notamment affirmé qu'Ornella Gilligmann avait envoyé la vidéo de revendication à Rachid Kassim. Ornella Gilligmann n'avait pas alors caché son exaspération et sa colère. Le procès, qui se tient devant la cour d'assises spéciale, composée uniquement de magistrats professionnels, devrait se terminer le 11 octobre.

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