Ex-allié à la barre, villas de luxe et spoliation des juifs : résumé de la deuxième semaine du procès Balkany

Justice
JUSTICE - Le procès des époux Balkany a repris lundi 20 mai pour un mois, consacré aux accusations de blanchiment de fraude fiscale et corruption. Les trois jours d'audience ont été rythmés par de nouvelles déclarations du maire de Levallois, confronté à l'utilisation de sa fortune ces 30 dernières années.

Le procès des époux Balkany, centré la semaine dernière sur la fraude fiscale, a repris lundi 20 mai à Paris pour un mois consacré aux accusations de blanchiment et corruption. Accusations bien plus lourdes et complexes. Patrick Balkany était toujours seul à la barre, son épouse étant hospitalisée depuis une tentative de suicide début mai. Le couple, jugé notamment pour "blanchiment habituel de fraude fiscale aggravée" dans ce second volet, est poursuivi pour avoir dissimulé au fisc plus de 13 millions d'euros d'avoirs entre 2007 et 2014, à l'aide de montage offshores et de sociétés écrans.


La journée de lundi a été consacrée à l'examen des recours de la défense : demandes de renvoi du procès, requête en suspicion légitime, sursis à statuer, demande de saisie de la cour de cassation pour un dépaysement du procès, etc. Au final, toutes les requêtes ont été rejetées par le parquet. Et c'est à partir de mercredi que l'audience est enfin entrée dans le vif du sujet.

Les déclarations d'un ancien allié créent des tensions

Le président de la chambre correctionnelle a lu les déclarations de Didier Schuller, directeur de l'office HLM des Hauts-de-Seine de 1986 à 1994, dont Patrick Balkany était président à cette même époque. C’est cet ancien allié qui, après des années de silence loyal, a lâché que "M. Balkany aurait à sa disposition un palais à Marrakech, une résidence de luxe à Saint-Martin et l'usufruit du Moulin de Giverny". Dans ses déclarations, il ajoute ironiquement : "Je suis heureux de voir que ce que je pensais être du financement politique a pu profiter à d'autres fins et sans doute personnelles". 


Didier Schuller affirme avoir déposé pour Patrick Balkany, de 1987 à 1994, entre 7 et 10 millions de francs sur un compte en Suisse "destinés au RPR (l'ancêtre des Républicains) des Hauts-de-Seine". A la barre, le mis en cause a répliqué que "M. Schuller est un mythomane de la pire espèce. (...) Je ne lui ai jamais rien demandé. Je ne me suis jamais occupé des finances du RPR". Il a ajouté que tous les propos de son ancien bras droit ne sont qu’un "tissu de mensonges éhontés" et a rappelé qu’il a été relaxé dans l'affaire dite des HLM des Hauts-de-Seine, qui visait justement le financement occulte du RPR.

Villa Serena, villa Pamplemousse et sociétés écrans

Après les tensions suscitées par le témoignage de M. Schuller, les deux jours suivants du procès ont été particulièrement centrés sur les propriétés immobilières du couple Balkany, qui soulèvent beaucoup de questions. Une journée entière a été consacré à la villa Serena, premier paradis antillais des Balkany. Elle était entourée de structures offshore avant d’être revendue, finançant les travaux de la fameuse villa Pamplemousse. C’est au terme de l’enquête des juges d’instruction qu'Isabelle Balkany a fini par admettre avoir acheté cette seconde résidence à Saint-Martin en 1997, avec de l'argent familial issu d'un compte suisse. Pour gérer toutes ces transactions, l’argent passait par une société lichtensteinoise, Belec, créée par une autre société suisse qui gérait la fortune des époux.

Devant cet imbroglio, le président a tenté de résumer : "C'est toujours la même société qui change de nom." Mais il a rapidement été interrompu par Patrick Balkany : "Non, c'est le même argent qui change de société. C'est l'esprit suisse ! C'est un jeu de piste !" Lorsque à travers les rires du public, le président a insisté en demandant : "Pourquoi les Suisses voulaient-ils brouiller les pistes ?" Patrick Balkany assure cette fois qu’il l’ignore. L'ancien député assure n'avoir découvert ces savants mécanismes que pendant l'enquête : "C'est quelque chose qui m'a plutôt étonné : je suis quelqu'un de pragmatique, de simple."

Si j'avais tué quelqu'un, ce serait prescrit ! Je suis moins bien traité qu'un meurtrierPatrick balkany, maire de Levallois, lors de son procès pour blanchiment de fraude fiscale

Le président Blanchet l'a alors interrogé directement : "Acceptez-vous la qualité de fraudeur fiscal au regard de la loi ?". Patrick Balkany s'est agacé et a répété à plusieurs reprises qu'étant étrangère, la société qui détenait Serena payait l'impôt sur la fortune au taux le plus important de 3%. "Le fraudeur fiscal que vous me dites être a finalement payé plus d'impôt par le biais des sociétés qui détenaient ces maisons que s'il avait été nommément propriétaire", a-t-il clamé, assurant que "le fisc français n'a pas été spolié".

La fortune du paternel et le "procès des juifs"

Mais avec quel argent Patrick Balkany a-t-il acquit et monté tout cela en premier lieu ? Mercredi et jeudi, le maire de Levallois n'a cessé de répéter que sa fortune personnelle lui venait de son père, dont le magasin de prêt-à-porter de luxe “Rety” a été très rentable. Du moins jusqu’à la fin des années 80, où la société devient très endettée. Sa cession pour 31 millions de francs en juillet 1988 est d’ailleurs "suspecte" selon les juges, qui questionnent M. Balkany à ce sujet. "Mais enfin, la boutique était rue du Faubourg Saint-Honoré. Ce n'est pas une société qu'on achète, c'est un emplacement de rêve près des Champs-Elysées", s’est-il indigné en retour.


Pour expliquer le versement en liquide de 200.000 francs en billets de 500 sur son compte à Levallois en 1990, Patrick Balkany était en revanche plus silencieux. "Je ne m'en souviens absolument pas", a-t-il assuré. Même chose pour l'encaissement d'un chèque de 16,3 millions de francs en 1989 de la banque helvète UBS, elle-même provisionnée par des fonds venus du Liechtenstein. Au fur et à mesure des questions sur son héritage et l'usage qu'il en a fait, Patrick Balkany s'est offusqué d'être interrogé "sur des choses qui datent de 25 ans". Dans ses grandes déclarations, il a notamment lâché : "Si j'avais tué quelqu'un, ce serait prescrit ! Je suis moins bien traité qu'un meurtrier".

J'ai surtout l'impression qu'on fait le procès des juifs qui après la Libération ont pris leurs dispositionsPatrick Balkany, maire de Levallois, lors de son procès pour blanchiment de fraude fiscale

Après avoir admis qu’il n'a pas rapatrié en France la totalité des millions suisses de son père, M. Balkany a déclaré que c'était commun à beaucoup de Français et d'entreprises et qu'il "aimerait bien ne pas être l'exemple qui paye pour tout le monde". Après avoir appelé à ne pas juger les actes de son père, résistant et survivant d'Auschwitz qui cacha son argent en Suisse au sortir de la guerre, Patrick Balkany a lâché : "La spoliation, nous et ma communauté, nous savons ce que c'est. (...) J'ai surtout l'impression aujourd'hui qu'on fait le procès des juifs qui après la Libération ont pris leurs dispositions" pour mettre leur argent à l'abri. Des déclarations qui ont agité la salle.

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L'audience reprendra lundi pour s'intéresser plus précisément au cas de la Villa Pamplemousse. Le procès lui, devrait occuper le tribunal correctionnel jusqu'au 20 juin. A l'issue du premier volet du procès, le parquet national financier (PNF) a requis quatre ans de prison pour fraude fiscale, avec incarcération immédiate, contre Patrick Balkany, quatre ans dont deux avec sursis contre son épouse. Et l'inéligibilité maximale, dix ans, contre le maire et sa première adjointe. Dans ce second volet, les époux encourent dix ans de prison supplémentaires.

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